Le président de l'AMA Craig Reedie
Le président de l'AMA Craig Reedie | AFP

EDITO. L'AMA, la poudre aux yeux

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Vingt bougies qui ressemblent à un feu de paille. Après deux décennies d'existence, l'Agence Mondiale Antidopage (AMA) laisse perplexe quant à sa capacité à maîtriser un mal qui, chaque jour, continue de se propager telle une transfusion dans le monde du sport.

En 1998, lorsque Willy Voet, méticuleux soigneur de l'équipe cycliste Festina, entasse -à l'insu de son plein gré- des ampoules d'EPO et de drôles de liquides fluos dans le coffre de sa 406 break, il n'imagine pas qu'au-delà du premier grand scandale de dopage sur le Tour de France, il va provoquer la création de l'AMA. Fruit d'une réflexion menée par les autorités publiques de nombreux pays au premier rang duquel se trouvait la France, ainsi que par un mouvement olympique jusqu'alors peu regardant sur les diverses et très variées potions magiques, l'Agence Mondiale Antidopage a poussé son premier cri en novembre 1999.

Tout juste 20 ans après sa création, l'AMA ressemble déjà à une vieille institution, empruntée dans ses décisions, avec ses rouages administratifs oxydés et une direction bicéphale d'un mouvement olympique et de gouvernements qui n'accordent que très rarement leurs… flûtes de Pan. Tout va très bien Madame l'AMA, pourtant il faut que l'on vous dise que l'on ne croit pas vraiment à votre efficacité.

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L'ONU du sport

En 2019, le taux de contrôles positifs dans le monde serait donc inférieur à 2% (sur 300 000 contrôles). Royal au bar ! Ce monde est parfait, à moins que l'on nous jette de la poudre aux yeux… L'AMA est comme "une espèce d'ONU" comme l'avait décrit l'ancien patron du Tour de France Jean-Marie Leblanc. Une organisation louable, évidemment nécessaire, mais sujette à des lobbys et ne bénéficiant que de trop faibles moyens pour exister. Ses 36 millions d'euros de budget en 2019 peuvent pourtant sembler importants, mais cela reste quatre millions de moins que la seule équipe cycliste Ineos ! Cherchez l'erreur.

Bien sûr, on aurait tort de jeter l'opprobre sur une instance qui a le grand mérite d'exister. Son code mondial antidopage adopté en 2004, ses enquêtes, mais aussi plus récemment son passeport biologique, ou encore l'obligation de localisation des sportifs contribuent évidemment à lutter contre ce fléau du dopage. Mais ces mesures ont montré leurs limites. L'exemple le plus flagrant est celui du dopage d'Etat organisé par la Russie, un système grâce auquel des centaines de tests positifs ont été blanchis. Le manque d'autorité et de moyens de l'AMA l'a par exemple empêchée d'obtenir la mise au ban de la Russie pour les JO de Rio en 2016.

Sans compter qu'il reste malgré tout, des petits arrangements entre amis. Regardons du côté du ballon rond où les enjeux financiers restent colossaux. Un footeux pris par la patrouille, vous en entendez souvent parler ? Réfléchissons… Ah oui, je me rappelle de Bernard Lama (sans le moindre jeu de mots), pris pour du cannabis… Après 20 ans de fonctionnement, l'AMA est donc encore loin d'être parfaite. Bon, allez, joyeux anniversaire quand même !

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