Ecologie, développement durable, où en est la révolution verte dans le monde du sport ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Apolline Merle
Pelouse Monaco
La pelouse innovante et plus respectueuse de l'environnement du Stade Louis II de Monaco permet au club de réduire sa consommation d’eau et l’utilisation de produits phytosanitaires. | ERIC DULIERE/PHOTOPQR/NICE MATIN

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Après la nette percée des maires écologistes dimanche dans quelques grandes villes françaises, la protection de l’environnement apparaît de plus en plus au centre des préoccupations des Français. Mais dans le sport, la révolution verte a-t-elle eu lieu ? Si la prise de conscience est bien présente, beaucoup reste à faire.

Une pelouse innovante à Monaco moins gourmande en eau et qui demande une utilisation moindre de produits phytosanitaires, des cuves de récupération d’eau de pluie aux abords l’Allianz Riviera de Nice ou encore les panneaux photovoltaïques sur le toit du stade Geoffroy-Guichard à Saint-Etienne. Ces exemples (non exhaustifs) font partie des quelques initiatives écologiques qui ont été mises en place dans le sport ces dernières années. Aujourd’hui, de plus en plus, le monde du sport prend doucement le train de cette révolution verte. “De manière générale, il y a une prise de conscience chez les acteurs du sport en France, le sujet devient incontournable. La réduction de son impact, que ce soit en matière de gaz à effet de serre, de déforestation, ou de perte de la biodiversité, est un sujet que chaque acteur a désormais en tête", constate Mael Besson, responsable sport au WWF France. "De plus en plus d’acteurs avancent en ce sens et mettent en place des actions pour réduire leur impact, mais c’est assez disparate. Certains travaillent sur la réduction de leur empreinte sur un poste précis, alors que d'autres ont instauré une stratégie plus globale.”

En guise d’exemple, le représentant de l’ONG environnementale cite celui du golf de Saint-Quentin-en-Yveline, où un “gros travail sur la réduction de leur consommation d’eau et de leur gestion en équipement a été réalisé pour devenir un équipement qui a un intérêt en terme de biodiversité. Il s’agit d’un exemple d'acteur qui a poussé le sujet, un seul sujet certes mais qu’il a mené assez loin”. D’autres, comme Roland-Garros, mènent une stratégie plus globale avec des sensibilisations des spectateurs aux enjeux environnementaux, une alimentation responsable, des opérations de lutte contre le gaspillage, la réduction des déchets etc. Mais si ces initiatives sont louables, elles ne vont pas au cœur du sujet. “De manière générale, on observe qu’il y a une non-remise en question du modèle de leur activité. On ne repense pas le modèle. On a un mode de fonctionnement et on essaie de voir les alternatives possibles qui réduisent notre empreinte sur la planète.” 

"Nous ne sommes pas à la hauteur des enjeux environnementaux"

Et c’est peut-être là où le bât blesse. “En Europe, nous ne sommes pas les plus en retard, mais nous ne sommes pas à la hauteur des enjeux environnementaux. Nous sommes dans une logique de réduction de notre empreinte.” Si Roland-Garros est plutôt actif sur la question environnementale, il faut toutefois relativiser car le niveau d’éco-responsabilité que le tournoi du Grand Chelem parisien se fixe, n’est pas forcément à la hauteur des enjeux environnementaux.

Si les prises de conscience sont de plus en plus importantes dans le monde du sport, c’est aussi parce que de manière générale, il y a de moins en moins d’acceptabilité à ce qu'une performance sportive se fasse au détriment de l’environnement. "La victoire sportive n’a de valeur que si elle se fait dans le respect de l’adversaire, du règlement et aussi de l’environnement. Il est d’ailleurs de moins en moins acceptable de voir une équipe de foot faire un trajet de 2h en avion, ou voir un athlète jeter une bouteille plastique par terre", indique Mael Besson.

Entre écologie et marketing

Plus qu’une prise de conscience, la question de l'écologie est aussi devenue du marketing. "En communication, l’écologie dans le sport est devenue centrale. En revanche, l'idée n'a pas été de travailler sur les problèmes écologiques du sport, mais plutôt de se dire :’grâce aux valeurs du sport, on va envoyer un message pour dire que notre entreprise fait attention. Ça a été le cas de Total. Anne Hidalgo n’était pas favorable d'ailleurs à ce que le géant pétrolier soit sponsor de Paris 2024. Si Total ne peut pas dire qu’elle est une entreprise verte, elle voulait surtout montrer à l'occasion des JO qu'elle faisait des efforts et voulait se mettre en scène", analyse Mathieu Djaballah, maître de conférences à l'Université Paris Saclay, à la faculté des sciences du sport, et dont les recherches abordent les impacts sociaux et environnementaux des évènements sportifs. 

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En France, un déclic récent

L’évolution des mentalités sur la question écologique s’est faite progressivement mais a réellement pris un tournant en France à l’aube des années 2010. "En 2009, le ministère des Sports s'est emparé de la question et a créé une première stratégie nationale, qui a marqué une volonté politique d'emmener l'ensemble du sport vers plus d’éco-responsabilités", rappelle Mael Besson de WWF. Avant cela, au niveau international, à la fin des années 1990, "le CIO intégrait pour la première fois la protection environnementale dans la charte olympique", ajoute Mathieu Djaballah.

Mais le chemin vers plus d’éco-responsabilités est encore long.  Concrètement, quels gestes simples pourraient être appliqués par les acteurs du sport ? “Les alternatives sont nombreuses. Mais par exemple, une chose très simple : les sodas vendus dans les stades pourraient être uniquement vendus à travers des fontaines à boissons, comme on le voit dans les fast-foods, et cela permettrait ainsi de réduire le nombre de bouteilles plastiques à usage unique”, propose Mael Besson. Autre solution simple : la récupération des eaux de pluie. Si la solution est techniquement simple, "elle reste coûteuse, mais permet d’économiser une quantité non négligeable d’eau". Justement la question financière reste un point bloquant dans la transition écologique du sport. "Il y a évidemment tous les facteurs économiques, des coûts de mise en œuvre qui peuvent être plus ou moins décourageants", souligne le responsable WWF. "Mais il y a aussi les changements d'habitudes. Que ce soit le spectateur, le pratiquant, le gestionnaire ou l’organisateur, des habitudes ont été prises et les transformer n’est pas si simple. C’est un frein au changement assez fort."

"Le sport a un vrai rôle à jouer dans cette transition écologique"

Pour Mael Besson, si on parle beaucoup de l’impact environnemental du sport, ce dernier a aussi une responsabilité en matière d'accélération de la transformation écologique de notre société. "Au regard des enjeux environnementaux, on pense que le sport a un vrai rôle à jouer pour instituer des normes de pratique et de consommation et accélérer la transition écologique. C'est l'une des raisons pour lesquelles le WWF s'est engagé sur le sport, car on pense qu’il a tout intérêt à devenir un des premiers défenseurs de l’environnement et qu'il a un vrai rôle à jouer dans cette transition écologique."

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