Covid-19 : le cri d'alarme des médecins, politiques et sportifs en faveur de l'activité physique

Publié le , modifié le

Auteur·e : Clément Pons
Des joggeurs masqués durant le confinement

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Tribune du mouvement sportif, enquête inquiétante sur les méfaits de la sédentarité, lettres de sénateurs adressées à l’exécutif pour autoriser l'activité physique après le couvre-feu… Ces derniers jours les initiatives se sont multipliées afin d’alerter sur l’importance du sport en pleine épidémie. Aujourd’hui médecins, politiques et mouvement sportif parlent d’une même voix et tirent la sonnette d'alarme face à certaines barrières qui nuisent à notre santé.

"Il faut sauver le mouvement sportif, l'unité de notre nation en dépend". Le message adressé par 145 présidents de fédérations sportives, de ligues, de comités régionaux et sportifs de haut niveau a le mérite d’être clair. Publiée vendredi dernier dans le JDD, leur tribune symbolise toute l’inquiétude qui habite le mouvement sportif, à un moment où la considération de l’exécutif pour le maintien d’une activité physique régulière semble faiblir. 

Les conséquences de l’épidémie ne sont pas encore toutes connues mais des premiers indicateurs montrent bien l’ampleur des dégâts, notamment dans le monde amateur : licences en chute libre (de l’ordre de 20 à 30% pour la saison 2020-2021 au niveau national), clubs à l’arrêt, trésoreries dans le rouge… 

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Ce cri d’alarme, qui n'est pas le premier, veut remettre sur la table la place centrale du sport dans notre société. Et celui-ci trouve aujourd’hui écho auprès des médecins comme des politiques.

Combattre le spectre de la sédentarité

Début décembre, l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps) était l’un des premiers à dégainer avec une étude sur les comportements liés à l’activité physique pendant le confinement (mars-mai 2020). Sans grande surprise, elle rendait compte d’une augmentation significative du temps passé devant l’écran et d’une diminution tout aussi nette de la pratique sportive - au sens large - chez les enfants et adolescents interrogés. Nul doute que le deuxième confinement et les couvre-feux successifs n’ont pas inversé la tendance, au grand dam des professeurs d'éducation physique et sportive (EPS) qui sont nombreux à ne pas avoir compris l'interdiction du sport en intérieur prononcée à la mi-janvier.

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“Ce sont des chiffres préliminaires mais ils sont catastrophiques”, explique le professeur François Carré, cardiologue au service de médecine du sport du CHU de Rennes. Pour lui, il faut communiquer davantage sur les bienfaits du maintien d’une activité physique régulière pour tous les publics, enfants comme adultes. “Cela permet de diminuer les risques de développer une pathologie chronique de 20 à 30%” précise-t-il, sans parler d’une meilleure défense du système immunitaire face au virus ou de l’impact du sport sur le mental et le sommeil. Problème : cette communication n’existe pas. “Le message des pouvoirs publics est un peu brouillé dans le sens où ils autorisent les sportifs de haut niveau à pratiquer parce que c'est leur métier alors qu'ils devraient dire à tout le monde d'augmenter cette activité physique.”

Les politiques prennent le relais

La semaine dernière, la sphère politique s’est faite le relais de cette inquiétude médicale. Le sénateur de l’Isère Michel Savin (LR), accompagné de 73 de ses collègues de la chambre haute, a adressé une lettre à l’attention du Premier ministre Jean Castex dans laquelle il demande un assouplissement du couvre-feu afin de favoriser la pratique sportive individuelle après 18h.

“Pendant cette période que nous vivons les Français(es) n’ont pas toujours la possibilité de faire une activité physique”, précise-t-il. "On voit qu’il y a une dérogation pour aller promener son chien, je pense que l’on peut faire en sorte d’assouplir les choses pour faire du sport. C’est une question de santé physique et psychologique, notamment pour les étudiants qui suivent leurs cours toute la journée et ne peuvent pas aller se dépenser.”

Le président du groupe “pratiques sportives et grands évènements sportifs” au Sénat a également envoyé une missive à la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, afin d’obtenir une dérogation après 18 heures pour les publics prioritaires, notamment ceux disposant d'une prescription médicale (activité physique adaptée).

Reste une autre problématique pour le sport sur ordonnance : son non-remboursement par la Sécurité sociale… “La seule réponse aujourd’hui est budgétaire alors que tout le monde s’accorde pour souligner l’intérêt d’une telle mesure”, regrette-t-il. “Or on sait les bienfaits de l’activité physique pour notre santé et on sait aussi que cela permet de diminuer la consommation de médicaments et permet de faire des économies à la Sécu.”

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Cette “fronde” généralisée en faveur du sport s’organise alors que le spectre d’un troisième confinement se précise de jour en jour. Elle doit cependant permettre de poser les jalons qui détermineront l’importance accordée à l’activité physique dans les prochaines semaines. En fonction du champ des possibilités laissé ouvert par l’exécutif, il sera ensuite plus facile de dire si, oui ou non, le sport a encore sa place en temps de Covid. 

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