Coronavirus : Youtube, applications, plateformes privées… les chiffres mirobolants du sport à la maison

Publié le , modifié le

Auteur·e : Leo Anselmetti
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Les méthodes de sport à la maison ne se sont jamais si bien portées. |

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Confinée chez elle, la population française est contrainte de faire appel à des méthodes numériques pour faire du sport sans bouger de son salon. Chaînes Youtube, applications de Smartphone, plateformes en ligne de salles de sport... un business parfois lucratif pour des entreprises qui voient les chiffres s'affoler.

Profiter du confinement pour lancer une carrière de Youtubeur ? "Quasiment impossible" selon Vincent Manilève, auteur du livre YouTube derrière les écrans : ses artistes, ses héros, ses escrocs, "aujourd’hui, lancer sa chaîne et gagner en popularité rapidement est un vrai fantasme". Pourtant, depuis le début des restrictions de sorties dû à la pandémie de coronavirus, les chaînes de sport à la maison fleurissent sur la plateforme de vidéos de Google. Ennui, appât du gain ou simple élan de solidarité, les raisons sont nombreuses. Quasiment autant que la demande des Français, qui veulent profiter de ce temps bloqué chez soi pour s’entretenir physiquement et dont les recherches sur Youtube contenant les mots clés "cours de gym" ou "entraînement de musculation" ont littéralement explosé depuis l’annonce du Président de la République, lundi 16 mars.

Coronavirus : Youtube, applications, plateformes privées… les chiffres mirobolants du sport à la maison
© Google Trend

"Dans le monde entier, le nombre de vidéos mises en ligne sur Youtube avec "Faire des exercices à la maison" dans le titre a augmenté de 55% par rapport à la moyenne quotidienne", confirme Charles Savreux, le responsable communication de Google et Youtube. Alors, si l’offre et la demande explosent autant, comment se fait-il qu’il soit impossible de gagner de l’argent ?

Tout simplement parce que "le système de rémunération de Youtube est très compliqué et long à mettre en place", explique Vincent Manilève. Ce journaliste qui avait fait de ce sujet sa spécialité raconte les coulisses de la monétisation sur Youtube : "La manière basique d’y accéder est qu’à partir du moment où un youtubeur commence à avoir de nombreux abonnés et heures de vidéos vues, peut demander à activer des publicités avant, pendant ou après ses vidéos. Mais elles ne rapportent pas grand-chose à moins d’avoir des centaines de milliers d’abonnés. Il est très difficile de donner un tarif en fonction des vues, d’autant que c’est fluctuant : en décembre, lorsque la période de Noël approche, les marques payent beaucoup plus de publicités qu’en été". Selon une estimation datant de 2017, un Youtubeur dont les vidéos sont monétisées gagnerait entre 80 centimes et un euro toutes les 1000 vues. Bien loin des clichés.

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© Chaîne Youtube de Tibo inShape

"Ce qui rapporte réellement de l’argent sont les partenariats avec les marques", conclut Vincent Manilève. Mais, très peu de Youtubeurs arrivent à un tel résultat. Lorsque l’on pense au fitness sur internet, un nom résonne inévitablement : Tibo inShape. Produits dérivés, véritable salle de sport, placements de produits… ce vidéaste de 28 ans aux presque 7 millions de followers a fait de son compte Youtube un véritable business avec une communauté toujours plus importante et fidèle qui est une véritable vitrine d’appel aux marques. Nos bébé-youtubeurs de confinement n’arriveront certainement jamais à son niveau, malgré les grandes audiences qui pourraient découler de leur nouvelle activité.

"Un moyen de remercier mes adhérents"

Complètement opposé à cette notion de youtube-business, Cédric Davin, coach sportif de métier, a lui aussi monté sa chaîne de vidéos pour faire bouger les Français. Alors qu’il "n’aurait jamais pensé le faire" avant l’annonce du confinement, "Covid19 Training" est sorti de terre au lendemain du discours d’Emmanuel Macron. La raison ? "Beaucoup de mes clients travaillent dans le domaine hospitalier et voulaient continuer à se dépenser en gardant leurs habitudes, c’est un moyen pour moi de les remercier de tout le travail qu’ils vont fournir pendant cette épidémie".

Ce gérant d’une salle de sport à Saint-Raphaël, qui adopte dans ses vidéos un ton décalé, s’est vite pris au jeu du Youtubeur. "Loin d’être à l’aise sur les réseaux sociaux", il a "regardé plein de tutos pour voir comment ça marchait". Résultat ? Cédric Davin a vu sa chaîne gagner 1000 abonnés en 24 heures. "J’ai vite reçu une centaine de messages par jour pour m’encourager et me remercier, c’est super motivant !". Depuis, ce père de deux enfants poste une vidéo tous les matins, à huit heures, ce qui lui demande "à peu près cinq heures de travail quotidien, entre l’écriture, l’enregistrement et le montage".

"La mairie m’a contacté pour organiser un événement caritatif"

Complètement "désintéressé par l’optique de gagner de l’argent" avec son nouveau passe-temps de confinement, ce coach sportif ne jure que par un mot : la solidarité. Très "heureux d’avoir reçu des commentaires d’autres coaches sportifs qui ont repris goût à l’entraînement après avoir été mis au chômage technique", Cédric Davin se réjouit d’avoir été "contacté par un professeur d’EPS de la région qui a fait passer le compte Youtube à ses élèves pour qu’ils s’entraînent de façon ludique".

Cerise sur le gâteau : après avoir été mise au courant de l’existence de sa chaîne grâce à un article de Var-Matin, la mairie de Saint-Raphaël l’a même contacté pour monter un événement caritatif à la fin du confinement dans le but de récolter des fonds pour une association venant en aide au personnel hospitalier. "Ce sera sûrement un cours géant dont les bénéfices seront reversés, je pense même à floquer des t-shirts avec le nom de ma chaîne pour essayer de récolter plus d’argent", se réjouit l'intéressé. Une belle manière de concrétiser son projet de confinement pour celui "qui fait toujours un clin d’œil aux personnes qui aident les malades au quotidien".

Le virage numérique des salles de sport

Loin de l’ambiance de Youtube, les salles de sport physiques ont elles-aussi dû s’adapter pour continuer de proposer à leurs adhérents, qui continuent de payer chaque mois plusieurs dizaines d'euros, un suivi sportif efficace et régulier. Obligées de fermer leurs salles pendant toute la période de confinement, les grandes chaînes telles que Club Med Gym, Forest Hill, Fitness Park, Keep Cool ou encore l’Orange Bleue, ont vite réagi pour tenter de combler leurs clients.

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© Site internet L'Orange Bleue.

C’est ainsi que, dans un communiqué envoyé à tous ses adhérents, l’entreprise L’Orange Bleue a tenu a rassuré que les abonnements ne seraient pas perdus : "Pendant cette période, les coaches ne lâchent rien et entendent bien vous maintenir au top de votre forme ! Afin que tu puisses continuer ton activité sportive, le groupe l'Orange bleue met à ta disposition une plateforme digitale qui t'est spécialement dédiée". Dans les faits, le service est bien moins clinquant que celui proposé dans les salles de sport physiques. Aucune machine, moins de motivation, pas de suivi personnalisé et des cours vidéo qui ne diffèrent pas tellement de ce que l’on peut trouver sur internet, même si le prix reste le même.

Un partenariat avec l’Institut Pasteur

Alors que les directions de l’ensemble des chaînes de salles de sport de France se sont réunies afin d’essayer de s’entendre sur une politique commune, elles n’ont jamais réussi à la déterminer. Du coup, l’entreprise Keep Cool a décidé de miser sur une toute autre stratégie que celle de L’Orange Bleue pour tenter de satisfaire ses 375 000 adhérents disséminés partout en France. Ce lundi, les clients ont été prévenus que leur mensualité d’avril ne serait pas prélevée. Thomas Monnier, le directeur-adjoint de Keep Cool, a ajouté "qu’un partenariat de solidarité avec l’institut pasteur pour les adhérents qui souhaitent soutenir l'enseigne sur la base du volontariat avait été signé, engageant 10 euros par abonnement pour cette fondation française".

En plus de cette politique de solidarité envers la recherche, la pandémie de Covid-19 a "accéléré le virage numérique" de Keep Cool, selon son directeur général adjoint. Leurs vidéos d’entraînement ont été publiées gratuitement et pour tous sur Youtube. Signe d’une stratégie payante, "le nombre d’abonné à la chaîne a été multiplié par quatre depuis le début du confinement, et celui de téléchargements de notre application, par dix".

Le smartphone au service du sport à la maison

Outre Youtube et les salles de sports, un autre objet du quotidien voit son utilisation pour faire du sport grimper en flèche lors de cette période de confinement : le Smartphone. Les téléchargements d’applications sportives proposées par les deux plateformes Google Play et Apple Store ont fait un bond mirobolant. Une étude d’App Annie commandée par Francetvsport a mis ces chiffres en exergue : les téléchargements d’applications dans la catégorie "Santé et Fitness" ont grimpé de 15% entre la semaine du 2 février et celle du 15 mars, date du début du confinement.

Applications les plus téléchargées sur Google Play et Apple Store.
Applications les plus téléchargées sur Google Play et Apple Store. © AppAnnie

Des multinationales surfent également sur la vague, comme Adidas, qui a mis ses athlètes à contribution pour booster ses téléchargements, donc ses revenus, en proposant de courtes vidéos de motivation et d’entraînement faites par ses stars sous contrat. Les champions du monde Paul Pogba, Benjamain Pavard et Thomas Lemar, ou encore Zinédine Zidane, ont tous joué le jeu d’Adidas, au point de booster les utilisations et téléchargements de l’application "en multipliant tous les chiffres par trois". Le sport à la maison, un nouveau business ?

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