Coronavirus : "On est un peu inquiet de la cohérence des mesures" sur les annulations, assure le médecin Bruno Grandbastien

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Auteur·e : Théo Dorangeon
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Des officiels lors du marathon de Tokyo le 1er mars. | AFP

Semi-marathon de Paris annulé, matches du championnat de basket reportés mais rencontres de football maintenues : le coronavirus a pris une grande place dans la vie sportive actuelle en France. Mais les différentes décisions quant à la tenue des événements sportifs interrogent. Pourquoi certains sont maintenus, d'autres non. A la veille d'une réunion au Ministère des sports présidée par Roxana Maracineanu, le médecin Bruno Grandbastien, président de la Société française d'hygiène hospitalière (SF2H), apporte des précisions et évoque l'éventuel passage au stade 3 de l'épidémie.

On a vu le semi-marathon de Paris annulé, mais pas des matches de football qui regroupent des milliers de personnes. Y a-t-il une logique dans l'annulation des événements sportifs en France actuellement ?
Bruno Grandbastien
: "Il y a une vraie logique à se poser la question de la pertinence de maintenir le rassemblement d'un grand nombre de personnes, et dans des endroits confinés, comme des salles, où les personnes sont serrées. On sait que le coronavirus se transmet assez facilement par des gouttelettes, lorsque quelqu'un tousse ou éternue. On est dans la volonté de maîtriser la diffusion."

Pourquoi ne pas annuler toutes les manifestations sportives alors ?
B.G. :
"C'est une bonne question. Il y a des manifestations qui vont rassembler moins de personnes, avec une proximité moindre. C'est un élément d'évaluation. En revanche, le semi-marathon de Paris, c'est un nombre extrêmement important de personnes qui gravitent autour. Le risque était très important même en milieu ouvert."

Mais alors quelle différence avec un match de football qui réunit plus 40 000 personnes ?
B.G. :
"C'est vrai que ça interpelle. Rassembler 45 000 personnes autour d'un match de foot est une situation qui porte un certain risque. L’impact d'annuler un tel match, ça fait partie des éléments qui ont été pris en compte. On est un peu inquiet de la cohérence des ces mesures. Je pense qu'il y a des questions à se poser sur le maintien de matches de foot qui vont réunir un grand nombre de personnes, et l'interdiction du semi-marathon."

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Sommes-nous trop en réaction et pas assez en action ?
B.G. : "
Il me semble que la position des autorités sanitaires dans la prévention autour des événements sportifs est bien mesurée. On peut s'interroger sur certains maintiens. Mais je ne crois pas que l'on soit en surréaction. On vient de passer un cap dans le contrôle en passant en stade 2. Il y a une vraie volonté de prendre en compte ce risque, on le voit à travers les annulations. Certains restent programmés, peut-être parce que l'annulation serait trop forte symboliquement. On peut s'interroger sur la pertinence scientifique et sanitaire de ne pas les annuler, comme les matches de foot."

"Si la situation devient plus incontrôlée, il y aura la nécessité d'être plus strict."

Justement, en cas de passage au stade 3 de l'épidémie, cela signifierait l'annulation de tous les événements sportifs sur le territoire ?
B.G. :
"Le stade 3 implique la mise en place de mesures assez drastiques sur le regroupement de personnes. Beaucoup de manifestations sportives seraient annulées, ou à minima à huis clos. Ce qui pourrait conduire à annuler les grands événements, c'est une diffusion épidémique plus large. Aujourd'hui, nous avons un nombre de cas certes relativement important, mais on est dans des chaînes de transmission qui sont en grande partie expliquées, comme des voyages en Italie. On sait ce qui s'est passé et qui a été le contact. Sur les événements sportifs, il n'y a pas eu encore de chaîne de transmission identifiée. Si la situation devient plus incontrôlée, il y aura la nécessité d'être plus strict."

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Actuellement, des équipes cyclistes sont confinées aux Emirats Arabes Unis. Est-ce qu'une course comme le Paris - Nice (8 au 15 mars) doit être annulée ?
B.G.
: "Il faut regarder ce qui se passe dans les pays ou les régions où se déroulent les manifestations. On sait que la Chine est l'épicentre. Il n'y a pas de message d'alerte inquiétant sur les Emirats Arabes Unis. On peut comprendre que des mesures soient prises au nom de la précaution. Il faut intégrer le lieu et regarder les conditions. Les courses cyclistes sont très ouvertes, le risque de transmission est moins important. C'est certainement un événement qui n'est pas dénué de risques mais qui est moins à risque que le semi-marathon par exemple. Cela me paraissait très cohérent d'annuler le semi. Une course cycliste me gênerait moins à condition de bien gérer les regroupements de personnes à l'arrivée."

"L'évolution dans les trois à quatre semaines suivantes sera déterminante pour se projeter. Si on parle des JO, de l'Euro, c'est dans plusieurs mois. Il est difficile d'être devin et de pronostiquer."

Faut-il être inquiet pour la tenue des grands événements sportifs de l'été (Jeux Olympiques, Euro de football) ?
B.G.
: "Ça fait longtemps qu'on n'a pas vécu une telle crise sanitaire en Europe. Se projeter dans l'avenir est toujours un pari. Ce que l'on sait, c'est que la transmission de ces coronavirus est assez saisonnière. L'évolution dans les trois à quatre semaines suivantes sera déterminante pour se projeter. Si on parle des Jeux Olympiques, de l'Euro, c'est dans plusieurs mois. Il est difficile d'être devin et de pronostiquer."

Mais vous paraissez plutôt rassurant...
B.G.
: "Disons que je ne suis pas fataliste et très défaitiste aujourd'hui. On sait que la transmission de ces coronavirus est liée à la saison. Et le retour d'une météo plus favorable devrait baisser la transmission du virus. On est dans quelque chose qui est de nature à s'améliorer dans les mois qui viennent. Mais quelle sera l'ampleur de l'épidémie d'ici là, c'est difficile à savoir."

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