Coronavirus : entre remboursements, diversification et rattrapages, les clubs sportifs tentent de rassurer leurs adhérents

Publié le , modifié le

Auteur·e : Apolline Merle
Athlétisme mineurs covid
Reprise de l'entraînement dans un club d'athlétisme de Morlaix (Finistère), le 2 décembre 2020, après plusieurs semaines d'arrêt suite au deuxième confinement. | PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/Nicolas Creach/MAXPPP

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Après une saison 2019/2020 qui a dû composer avec un premier confinement, la saison actuelle n’est pas plus simple à gérer. Pour certaines disciplines ou tranches d’âges, la pratique sportive est à l’arrêt depuis plus de six mois. Pour espérer conserver leur socle d’adhérents, les associations et clubs sportifs imaginent des solutions pour que ces sportifs amateurs ne soient pas trop lésés.

Perte de licenciés, trésoreries à sec, et absence de visibilité. Depuis un an, les associations et clubs sportifs vivotent. Et l'horizon ne s'éclaircit guère. Le 18 mars dernier, le gouvernement a décidé de reconfiner 16 départements, tout en maintenant un couvre-feu généralisé sur l’Hexagone. A cela s'ajoutent encore la fermeture prolongée des piscines et des gymnases fermés depuis plus de six mois. Le 24 mars, c'était au tour de la Fédération française de football d'annoncer l'arrêt définitif de la saison chez les amateurs.

Malgré une saison 2019/2020 compliquée, tant sur le plan financier que sur celui du maintien des adhérents, les clubs et associations sportifs avaient réussi à sortir la tête de l’eau, tant bien que mal. Pour beaucoup, l’option d’un avoir pour les réinscriptions en septembre dernier leur a permis de conserver leur socle de membres. Même si cela n’a pas empêché une forte chute. En novembre 2020, une enquête réalisée par le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) auprès de 44 414 clubs, relevait une baisse moyenne de 26% des adhésions dans les clubs et associations sportives. Face à ce constat, le monde amateur s'inquiète de subir une année blanche aux répercussions catastrophiques, y compris pour la saison prochaine. 

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En constante adaptation  

Alors pour tenter de survivre, les clubs et associations ont opté pour le système D afin de maintenir un lien avec leurs adhérents. À l’ASPTT Dijon football, les entraînements ont été maintenus pour tous les niveaux, de l’école de foot aux seniors. "Nous avons réorganisé les horaires des séances afin que le plus grand nombre puisse revenir. 95% de nos licenciés ont répondu présents", se félicite Guillaume Carlot, entraîneur. 

Une option également choisie par le club de Dreux AC Athlétisme qui a rabattu une grande partie de ses cours le mercredi et le samedi pour continuer à pratiquer malgré le couvre-feu. Si l’option fonctionne plutôt bien pour les enfants, elle est en revanche moins pratique pour les adultes, soumis aux horaires de travail. "Pour ceux qui ne peuvent pas venir sur ces créneaux adaptés, ils ont la possibilité de venir s’entraîner seuls au stade, notamment pour ceux qui pratiquent la course. Leur entraîneur leur a fourni le programme à suivre", précise l’entraîneur Hervé Bouffinier. Avec l’allongement d’une heure du couvre-feu le soir, le club a également remis depuis lundi 22 mars de nouvelles séances jusqu’à 18h45. Une petite bouffée d’air. "On espère que ce nouveau créneau permettra à des adultes de revenir", note-t-il. Le club drouais prévoit par ailleurs pour les enfants de moins de 10 ans, faisant partie de l’école d’athlétisme et dont les entraînements s’effectuent en salle, de rattraper les séances manquées jusqu’en juillet. 

"Pour nous, c’est une année blanche" 

À Marseille, l’école de danse Studio 2000 est, elle, à l’arrêt total depuis octobre 2020. Si le rattrapage des cours a été possible l’été dernier après le premier confinement, le nombre de séances ratées cette saison est beaucoup plus important. "Aujourd’hui, on table sur une reprise en octobre prochain. Nous serons les derniers à reprendre étant donné que la danse en couple est une pratique avec contacts physiques. Pour nous, c’est une année blanche", tranche le professeur de danse. "Ainsi, nous reporterons tous les cours manqués de nos adhérents l’année prochaine".  

Diversifier les activités 

D’autres clubs ont, quant à eux, organisé de nouvelles activités. Fort de sa diversité de disciplines pratiquées en son sein, le club des Coqs rouges à Bordeaux propose à ses membres inscrits dans la filière natation des cours de fitness et de renforcement musculaire en plein air. Une petite consolation pour les nageurs, contraints eux aussi à l’arrêt depuis octobre. Et les licenciés peuvent également avoir accès à des cours de préparation physique en visioconférences et ont même la possibilité de les (re)voir en différé. "Nous procéderons malgré tout à des remboursements partiels des cotisations. Nous proposons aussi aux adhérents qui le souhaitent de transformer leur cotisation en dons déductibles d’impôt", précise Jean-Noël Désirée, chargé de communication du club bordelais. 

Au tennis club de Courcelles dans le 17e arrondissement de Paris, le remboursement est aussi une option à l’étude. "Si on peut reprendre après les vacances d’avril et rattraper des cours jusqu’en juillet, on le fera. Mais j’ai 200 élèves à l’arrêt, pour certains depuis octobre. Donc il est difficile de dire à nos adhérents qu’on ne remboursera pas à côté", reconnaît son président, Christophe Régis. "Je veux repartir sur une saison normale en septembre, donc je proposerai soit un avoir important ou remboursement à hauteur de 10 euros par cours manqués", imagine-t-il. De son côté, le club de plongée Molitor à Paris, n’envisage aucun remboursement, faute de trésorerie suffisante. "En revanche, pour encourager la réinscription de nos adhérents, nous leur proposerons de ne payer que la licence, qui s’élève à 60 euros", souligne Laurence Fournier, la secrétaire de l’association, dont les cours ont été arrêtés depuis fin septembre. 

Reprise des entraînements de football pour les enfants dans un strict respect des règles sanitaires au stade Antoine Eghikian, à Marseille, le 2 décembre 2020.
Reprise des entraînements de football pour les enfants dans un strict respect des règles sanitaires au stade Antoine Eghikian, à Marseille, le 2 décembre 2020. © PHOTOPQR/LA PROVENCE/GEORGES ROBERT/MAXPPP

En Bourgogne, la section judo de l'US Moulinoise, à Moulins en Gilbert (Nièvre) a, quant à elle, décidé tout simplement de ne pas encaisser les chèques de ses licenciés à la rentrée. "Nous attendons toujours un peu pour récupérer les cotisations. Cette année, comme nous n’avons pu faire que trois ou quatre séances avant une nouvelle fermeture, nous avons décidé de ne pas de les encaisser", précise Cécile Perceau, trésorière du club. Malgré ce manque de rentrées d'argent, l'absence de dépenses et le reste des subventions de la mairie permettent au club de se maintenir à flot, mais pour combien de temps ?

Un équilibre fragile et beaucoup d’inquiétudes 

En effet, si tous ces représentants du milieu sportif amateur ont assuré pouvoir encore tenir notamment grâce aux aides de l’État et aux subventions de leur mairie, les inquiétudes pour les prochains mois sont nombreuses. Les trésoreries suffiront-elles ? Les adhérents seront-ils au rendez-vous en septembre prochain pour une nouvelle saison ? La saison ira-t-elle cette fois à son terme ? "L’arrêt des compétitions (chez les) amateurs a découragé beaucoup de gens, surtout les adultes. Et de ce que j’entends, ils sont nombreux à apprécier d’avoir leur week-end libre, sans compétitions", s’inquiète Guillaume Carlot de l’ASPTT Dijon football, qui craint une perte de licenciés à la saison prochaine. 

Une inquiétude partagée par l’ensemble des clubs et associations sportifs comme le club multisports des Coqs rouges à Bordeaux. Cette année, il a enregistré 1500 licenciés. Un chiffre bien en-dessous des 2500 cotisations sur une année normale. "Beaucoup étaient déjà hésitants en septembre dernier, et ils sont nombreux à ne pas avoir repris de licence, donc oui, nous craignons une nouvelle baisse l’année prochaine", redoute Jean-Noël Désirée, chargé de communication du club. Pour Laurence Fournier du club Molitor à Paris, l’inquiétude porte davantage sur les nouveaux inscrits. "Nous avons un noyau dur d’adhérents qui nous soutiennent et avec qui nous gardons un lien à travers WhatsApp ou des apéros réguliers en visio. Ces fidèles seront au rendez-vous l’année prochaine. Mais les nouveaux, c’est beaucoup moins sûr", s’inquiète-t-elle.  

Pour d’autres clubs, la crainte est celle d’une fermeture. "On a perdu plus d’un quart de nos licenciés. Actuellement, on réfléchit à mettre le club en veille", constate Cécile Perceau, trésorière de la section judo de l'US Moulinoise, à Moulins-Engilbert. Face à cette perte d’effectif et au possible manque d’enseignants l’an prochain, le club nivernais est sur un fil et les prochains mois sont trop incertains pour y voir plus clair.  

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