Confinement : L'antidopage prend des gants... et des masques

Publié le , modifié le

Auteur·e : Thierry Vildary
Le brassard d'un contrôleur anti-dopage
Le brassard d'un contrôleur anti-dopage | AFP

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L’épidémie de Covid-19 pose des problèmes d’équité aux sportifs concernant l’accès à l’entraînement selon les pays mais pas seulement. Les difficultés d’organiser une lutte antidopage et des contrôles efficaces changent aussi la donne selon les pays. Ainsi, l’annulation des compétitions en cascade règle en partie le problème.

"De fait, le nombre de contrôles est fortement réduit". L’AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage) aura sans doute du mal à franchir le cap de ses 8000 contrôles annuels car si elle n’est pas à l’arrêt, elle roule au pas. "Nous suivons la ligne directrice de l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) qui dit que nous pouvons continuer notre mission sauf consignes contraignantes", reconnait Mathieu Téoran, secrétaire général de l’agence. Et en France "les consignes contraignantes" portent un nom : confinement stricte. Ainsi les préleveurs de l’AFLD doivent "prendre toutes les précautions concernant les lieux, les gestes barrières, la distanciation et limiter les déplacements".

Les contrôles urinaires suffisent à détecter 90% des produits interdits

En clair, plus de contrôles en compétitions car elles sont actuellement suspendues en France et une grande partie des autres est repoussée à plus tard. Reste ceux qu’il est possible et/ou urgent de réaliser. Des tests urinaires uniquement. Hors de question de manipuler des prélèvements sanguins en ce moment mais, l'urine de nos champions suffit à détecter plus de 90% des produits interdits, dont l’EPO.

Pour effectuer un contrôle antidopage actuellement, il faut plusieurs conditions. La première est d’avoir l'un des 200 contrôleurs de l’agence de disponible car une partie (médecins, infirmiers, infirmières ou kinés) sont mobilisés sur le front du Covid-19. Ensuite il faut que ce contrôle soit considéré comme important, c’est-à-dire principalement, un athlète de haut-niveau du groupe cible suivi à l’année ou un sportif qui "présente un intérêt à être suivi", pour employer une formule consacrée. Et même dans ce cas, rien n’indique que le contrôle puisse s’effectuer, le domicile du sportif où le prélèvement a lieu, doit offrir les garanties d’espace nécessaire entre les occupants et le préleveur. Enfin il y a le matériel de protection : "Nous avions un stock de masques qui nous restait de l’épidémie de grippe H1N1, mais nous en avons fait don aux hôpitaux, ce qui est la moindre des choses. Reste au domicile des préleveurs, quelques unités de masques mais qui doivent suffire à remplir les quelques missions qui se présenteraient", précise Mathieu Téoran. On a ainsi une idée plus précise du rayon d’action de l’AFLD en période de confinement. Très réduit.

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World Athlétics face aux soubresauts du monde

Situation plus tendue pour les agences internationales comme l’AIU. A l’Unité Intégrité de la Fédération internationale d’athlétisme (World Athletics - ex IAAF), "nous gérons la situation au jour le jour", reconnait Aditya Kumar, son directeur de la communication. Créée il y a juste 3 ans sur les décombres de l’IAAF et des affaires de corruption russe, cette task force d’une trentaine de personnes dotée de 8 millions d'euros de budget, projette des contrôleurs sur les 4 continents athlétiques. Elle les projette où et comme elle peut en ce moment... "Du jour au lendemain, un test peut être annulé à cause d’une mesure des autorités du pays ou parce qu’un contrôleur vient d’être placé en quatorzaine." Malgré tout, l’AIU annonce que, jusqu’à début mars, son nombre de contrôles avait peu baissé, même si la Chine était devenue presque inaccessible. Mais depuis les camps d’entrainement au Kenya et en Ethiopie, deux "spots" privilégiés pour les contrôles réguliers et inopinés, ont fermé. "Les athlètes sont rentrés chez eux et sont localisés par le système dédié ADAMS et donc théoriquement contrôlables. Pour les États-Unis, la situation se complique chaque heure car le pays entre dans la pandémie et d’un état à l’autre la situation est différente et changeante". D’une heure à l’autre pourrait ajouter Aditya Kumar, au gré des conférences de presse de Donald Trump ou de l’appréciation du gouverneur de chaque état.

Pour l’IAU, poursuivre sa mission de lutte contre le dopage devient un sac de nœuds de plus en plus inextricable, au point qu’on peut réellement se demander : à quoi bon maintenant que les Jeux sont reportés ? "Mais des compétitions d’athlétisme sont toujours programmées au calendrier, comme certains meetings Diamond League". Vrai, Entre le 7 juin à Eugene (USA) et la finale le 11 septembre à Zurich (Suisse), une dizaine de meetings Diamond League survivent pour l'heure dans ce calendrier sportif dévasté, tout comme les championnats d'Europe du 25 au 30 août au stade Charléty. D’où l’importance, pour l’instant, de poursuivre les contrôles où c’est encore possible. Notamment dans certains pays de l’est, gros pourvoyeurs de cas positifs pour l’IAU, comme encore en février dernier, l’Ukrainienne Natalia Prischepa, championne d’Europe du 800m, pincée pour des résidus de diurétique (produit masquant) dans ses urines. 

"Le report des JO nous a soulagés"

Il est évident que, si tout ce calendrier, qui chaque jour perd un peu plus de son sens, était débroussaillé, la tâche des combattants de l’antidopage en serait facilitée et surtout plus cohérente. À quoi bon se doper quand on n'a plus rien à courir et donc à gagner et par conséquent à quoi bon dépenser de l’argent pour chasser des potentiels tricheurs qui n’espèrent plus de gains ? Ce que Mathieu Téoran résume ainsi : "Le report des JO nous a soulagés et enlevé une partie des injonctions contradictoires auxquelles nous étions soumis". Et replacé sur le podium de l’humanité, les priorités dans le bon ordre.

Thierry Vildary thierryvildary

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