Clubs et associations : le casse-tête des compensations des cours et cotisations après deux mois de confinement

Publié le , modifié le

Auteur·e : Apolline Merle
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Depuis le début du confinement, clubs et associations sportives sont totalement à l’arrêt. Et les cours collectifs n’ont, pour l’heure, pas encore l’autorisation de reprendre. Après deux mois d’interruption, les clubs réfléchissent à la manière de dédommager leurs adhérents, tout en essayant de préserver leur fragile équilibre budgétaire.

Tous l’affirment, leur trésorerie est au plus mal. Depuis mi-mars, et le confinement du pays provoqué par la crise sanitaire du coronavirus, les clubs et associations sportives ont fermé leurs portes, les cours se sont arrêtés et la reprise s’aperçoit vaguement dans un horizon encore flou. Surtout, ils n’ont eu aucune entrée d’argent depuis deux mois. Une perte sèche difficile à gérer pour le sport amateur.

Mais du côté des licenciés et des adhérents, qu’en sera-t-il ? Pourront-ils se faire rembourser d’une partie de leur cotisation annuelle ? Ce qui est certain, c'est que seule la règle du cas par cas va s'appliquer. Autre certitude, tous les clubs et associations sportives interrogés ont un point commun : il leur est tout simplement impossible de rembourser les adhérents sans mettre la clé sous la porte. “Si on effectue des remboursements, il n'y a plus de clubs”, souffle José Fernandez, trésorier du club de la Voulte rugby club Ardeche. 

Les avoirs privilégiés 

En revanche, ils sont nombreux à réfléchir à d’autres compensations, notamment à délivrer des avoirs pour la saison prochaine. A Marseille, le Studio 2000, qui propose des cours de danse en couple, a déjà opté pour cette solution. “Nous avons décidé de faire des avoirs à nos 120 adhérents qui souhaiteront se réinscrire. Imaginez, sur dix mois, cinq ont été suspendus. Ainsi, l’avoir accordé pour l’année prochaine, sera donc un geste vers nos adhérents mais aura des conséquences financières sur la saison prochaine”, indique un des professeurs du Studio 2000, Michel Egea

Si la danse en couple ne peut reprendre dans l’immédiat, à cause de l'impossible distanciation physique, Michel Egea espère que les mesures sanitaires permettront de réaliser des cours de rattrapage cet été. “Si on a l'autorisation, cela nous éviterait les demi-recettes l'année prochaine, puisque l'on pourrait rattraper les cours manqués.” Une solution que préconise d’ailleurs l’Union des grandes écoles de danse de France. Dans un communiqué envoyé à toutes les structures adhérentes enseignant la danse de salon, le groupement professionnel se montre clair sur le sujet : "Si la reprise peut se faire en juin ou en juillet nous assurerons les cours en juillet et en août. Quitte à doubler les cadences, à assurer des cours très tardifs, des cours le week-end, etc. A situation exceptionnelle solutions exceptionnelles."

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“On a vraiment cumulé cette année, entre les travaux de la piscine, les grèves et le covid. On a vraiment subi tout cela.”

L’avoir a aussi été décidé au Club de plongée Molitor, à Paris. “Pour les réinscriptions, nos licenciés bénéficieront de 50 % de remise sur leur adhésion 2020/2021, indique Laurence Fournier, secrétaire du club. On a vraiment cumulé cette année, entre les travaux de la piscine, les grèves et le covid. On a vraiment subi tout cela.”

Fidéliser les adhérents malgré la crise

Du côté de Sèvres (Haut-de-Seine), l’association sportive Dynamic Sèvres est en pleine réflexion et mesure les impacts du coronavirus sur son budget. Forte de ses 3 000 adhérents, l’association compte sur sa diversité d’offres  —  sept sections sportives, une salle de sport et une école de sport pour les enfants — pour faire un geste vers ses adhérents. “Notre force est que l'on peut basculer des compensations entre nos trois blocs d’activités. Par exemple, si une personne pratiquait l'athlétisme, on peut lui proposer un accès à la salle de sport gratuit sur une durée correspondant à celle de l'interruption”, détaille Anne-Sophie Le Paranthoën, responsable communication de l’association. 

Pour les clubs, ces avoirs sont un moyen de fidéliser leur clientèle dans ce contexte de crise. “Le but est d’essayer de garder les clients l’année prochaine”, assure Christophe Régis, responsable de l’enseignement au tennis club de Courcelles situé dans le 17e arrondissement de Paris. Lui aussi proposera des avoirs à ses licenciés. Et pour ceux qui ne souhaiteraient pas reprendre une adhésion en septembre ? “Dans ce cas-là, pour le moment, je ne sais pas ce quel'on fera. Nous avons très peu de visibilité”, constate-t-il. 

Match de rugby amateur, à Torreilles (Pyrénées-Orientales), en février.
Match de rugby amateur, à Torreilles (Pyrénées-Orientales), en février. © MICHEL CLEMENTZ/PHOTOPQR/L'INDEPENDANT/MAXPPP

Des fédérations présentes, mais sans consignes 

De leur côté, les Fédérations n’ont pas donné de consignes particulières et laissent les clubs gérer à leur manière. En revanche, elles ont été nombreuses à soutenir financièrement leurs clubs. La Fédération française de tennis (FFT) a mobilisé un plan de soutien et de relance au bénéfice des clubs, des joueurs et joueuses professionnelles, des arbitres, des enseignants et des tournois à hauteur de 35 millions d’euros. La Fédération française de football (FFF) devrait, elle, annoncer dans les prochains jours une aide financière pour soutenir le football amateur.

Pour les clubs de rugby, la situation est un peu différente. Si la crise du coronavirus n’a pas épargné les clubs, ni leur budget, la Fédération française de rugby a décidé d'apporter un soutien plus spécifique aux clubs, qui se répercutera directement sur les licenciés. En effet, pour relancer le rugby amateur, la FFR a décidé d'interrompre tous ses prélèvements aux clubs à compter du 16 mars ainsi que sur l’intégralité de la saison prochaine. Les cotisations liées aux licences que les clubs devaient d’ordinaire verser à leur ligue et à la FFR ont aussi été suspendues. Une mesure qui donne un peu d’air aux clubs du ballon ovale. “Jusqu'en 2021, les clubs ne paieront pas les licences. Ainsi, les prochaines cotisations de tous les adhérents seront allégées du prix des licences, qui sont à hauteur de 35 euros”, explique José Fernandez, trésorier du club de la Voulte rugby club Ardèche. Pour la suite, une réunion est prévue ce jeudi entre les membres dirigeants du clubs pour décider de la marche à suivre.

“Rembourser remet en cause le principe même de l’association”

Si clubs et associations sportives sont tous deux en difficultés financières, les associations peinent encore plus à imaginer l’avenir. De fait, la Fédération sportive ASPTT rappelle que lorsque l’on est adhérent dans une association, la cotisation payée n’est pas en échange d’une prestation de service. “Il s’agit d’une adhésion à l'association avec un principe de solidarité. Rembourser remet en cause le principe même de l’association”, explique son président général Alain Valentin. Si les remboursements ne sont donc pas envisagés au sein des clubs ASPTT, “les clubs, selon leurs activités et leurs situations financières pourront mettre en place un système d’avoirs, ou de prestations de type cadeaux par exemple. Ce sont eux qui décident. On a autant de situations que de clubs”, ajoute le président général de la Fédération sportive ASPTT.

En Côte-d’Or, Guillaume Carlot, entraîneur au ASPTT Dijon football et responsable jeunes, a bien reçu les consignes de l'ASPTT au niveau national, mais indique que son club ne pourra pas fournir des avoirs aux élèves. “Au niveau associatif, on ne se fait pas de marges sur les licences donc il n’est pas possible pour nous de rembourser ou de faire des avoirs”, regrette-t-il. Toutefois, l'entraîneur rappelle qu’il n’est pas resté inactif pendant le confinement et qu’il a continué à proposer des activités à distance. “Nous avons gardé le lien avec les jeunes, en mettant en place des défis entre les jeunes. Ce travail demandait un suivi quotidien. Et on continue encore aujourd'hui.”

Dans l'impossibilité d'effectuer des remboursements, les clubs et associations se retrouvent face à un enjeu de taille : maintenir malgré tout le lien avec leurs adhérents et les rassurer pour qu'ils se réinscrivent à la rentrée. Car l’autre crainte de ces clubs est bien une perte de licenciés en septembre.

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