Billetterie, partenariats et iniquité... le sport français au bord du gouffre après l'annonce du couvre-feu

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Auteur·e : AFP
Des tribunes désespérément vides
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Le sport français, déjà durement éprouvé par la Covid-19, plonge un peu plus dans la crise avec le couvre-feu institué dans neuf métropoles. Les responsables de clubs amateurs, comme professionnels, pointent du doigt une possible iniquité dans les championnats, la perspective d'une saison blanche et de gros trous dans le budget.

Déjà nettes, les pertes vont s'amplifier pour les sports collectifs, en particulier ceux de salle (basket, hand, volley, hockey sur glace) majoritairement non diffusés et pour lesquels le public est vital. "Économiquement, c'est une catastrophe", explique ainsi Jean Azema, président des Spacer's de Toulouse, club de volley d'élite (Ligue A masculine) forcé de disputer ses matches à domicile à huis clos pendant au moins deux semaines.

"On va perdre toutes les recettes de match", déplore le dirigeant toulousain. "On va surtout perdre des partenariats vu l'absence de visibilité: un match ou deux, ça peut passer, mais là ils vont nous dire 'écoutez, vu les conditions, on va revoir les contrats et faire ça au prorata des rencontres disputées devant du public' ".

Si le Fenix, autre club d'élite (handball) de Toulouse, n'a pas opté pour le report de ses premiers matches pour échapper au huis clos, possibilité saisie par Aix-en-Provence également concerné par le couvre-feu, c'est par "besoin de rythme", explique son président Philippe Dallard. "C'est un choix sportif mais l'économie va vite nous dicter sa loi. Sur les deux prochains matches je rentre zéro euro, ce n'est pas possible d'imaginer ça jusqu'en décembre", dit le dirigeant qui réclame une aide de l'État.

Les buvettes fermées, c'est presque un cinquième du budget du FC Chassieu-Décines, club amateur (R1) de la banlieue lyonnaise, qui disparaît, explique son dirigeant Jean Cons. "C'est un déficit en prévision de 35.000 euros sur un budget de fonctionnement d'environ 200.000 euros".

Les responsables d'associations sportives soulignent une iniquité sportive

Le début de saison de nombreux championnats est complètement chamboulé par les fermetures de gymnase dans les zones où la Covid-19 circule fortement. Balma et Tournefeuille, clubs de handball de l'agglomération toulousaine (N3), se sont fâchés quand on leur a proposé d'inverser les matches et d'aller jouer à l'extérieur sans avoir pu s'entraîner... "En plus de l'iniquité sportive, c'est très dangereux pour des joueurs qui ne sont pas professionnels" mais évoluent à un bon niveau (5e division), peste Sébastien Gandais, l'entraîneur de Balma.

Le couvre-feu à 21h est "la goutte d'eau" qui laisse planer un vrai doute sur la tenue de leur championnat. "Les gens qui travaillent ne peuvent pas être disponibles à 19h", résume Guillaume Dupont, l'entraîneur de Tournefeuille. "On va se retrouver en décembre sans avoir joué le moindre match: c'est impossible de continuer comme ça", estime Gandais. "Les joueurs sont totalement démobilisés, ils vivent très mal l'absence de perspective et l'impossibilité de se projeter", renchérit Dupont.

En rugby, l'AC Boulogne-Billancourt (Fédérale 2) est dans une position identique. "Il ne peut y avoir d'équité sportive dans notre poule: on a Le Creusot, Pontarlier ou Bourges par exemple, ils ne vont pas subir le couvre-feu, ils vont continuer de s'entraîner", pointe le manager Hervé Gachen. Il s'inquiète aussi de ne pas pouvoir rentrer pour 21h00 de ces longs déplacements, avec un coup d'envoi traditionnellement donné le dimanche à 15h00. Quant aux entraînements en semaine... "Il faudrait débuter les entraînements à 18h15, ce qui n'est pas vraiment possible pour qui connaît la vie en région parisienne."

Décaler les matchs comme à Nanterre ?

Avec deux entraînements obligatoires avant un match, le protocole Covid de la Fédération française de hockey sur glace (FFHG) met à l'arrêt le club de Lyon (4e division), qui occupe la patinoire à 22h00 d'ordinaire. Devra-t-il déclarer forfait ? Hervé Gachen, le manager de l'ACBB rugby, penche lui pour l'arrêt des championnats. "Ou alors, qu'on donne au sport amateur une dérogation, comme on l'a fait pour le sport pro".

Depuis l'annonce du couvre-feu mercredi soir, le sport pro mise tout sur l'après-midi. "Nous avons des matches en soirée et nous voulons les déplacer", explique Jacques Reboh, président des Brûleurs de Loups de Grenoble (hockey) qui entend ainsi faire "gagner du temps" à sa trésorerie. En Pro A de basket, Nanterre a avancé la réception de Strasbourg samedi à 16h00, et espère faire de même avec ses futurs adversaires.

Engagé en Ligue des champions et régulièrement devant les caméras en Starligue, le PSG Handball aura moins de marges de manoeuvre dans ses demandes de décalage en C1.
L'automne s'annonce très long pour le sport français.

AFP

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