Benoît Hubert : "En EPS, il n'y a pas eu de continuité pédagogique"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Apolline Merle
EPS Collège
Depuis le 16 mars, le collège Notre-Dame Jean-Paul II de Ploemeur (Morbihan) accueille des élèves dont l'implication des parents est essentielle dans la gestion de l'épidémie de covid-19. | Manon Caveribère / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

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Ce lundi, tous les élèves de primaires et de collèges doivent retrouver les bancs de l'école, "de manière obligatoire et selon les règles de présence normales" a annoncé le président de la République, dimanche 14 juin. A deux semaines de la fin d’année, Benoît Hubert, secrétaire général du syndicat national de l'éducation physique (SNEP-FSU) fait le point sur la reprise des cours enclenchée il y a un mois. Le bilan pour l'EPS n'est pas "satisfaisant" pour le représentant syndical.

Les collèges ont pu rouvrir le 18 mai, en zone verte, afin que l'enseignement reprenne progressivement. Un mois après, quel bilan tirez-vous de cette reprise ?
Benoît Hubert :
"La situation est très éclatée, et tout dépend des politiques des établissements. Pour les cours d’EPS, ce qui est sûr, c’est que ce n’étaient pas des cours d'EPS. Dans quelques endroits, ils ont réussi à faire des cours d'activité physique et sportive mais ils sont une minorité, avec de petits effectifs et dans des conditions telles que, de toute manière, cela ressemblait à ce qui était proposé à distance pendant le confinement. C'était plutôt de l'entretien de soi, de la musculation et du renforcement musculaire. Ce n'était pas satisfaisant. Dans certains collèges, l'activité physique a même été interdite par les chefs d'établissement parce qu'ils ont ouvert le parapluie. Ils avaient un peu peur d'une transmission du virus plus facile à partir du moment où on faisait de l'activité physique.
 
Par ailleurs, au début, il y avait de grandes contraintes sanitaires à mettre en place. Les préconisations données par l'Education nationale et le ministère des Sports étaient contradictoires les unes avec les autres, donc il était assez délicat de jongler avec tout ça. En effet, au départ, le Ministère des sports préconisait entre 10 et 5 mètres de distance physique en fonction des activités. Initialement, l’Education nationale recommandait une distance d'un mètre. Ils ont fini par s'harmoniser. 

Mais c'était ubuesque, il fallait mesurer les espaces entre les élèves et en fonction de l'intensité de l'effort, les distances changeaient. C'était infernal. En ce qui concerne le port du masque, on a eu aucune indication sur la nécessité de le porter ou non. Au ministère des Sports, ils ont bien compris qu'il était plus dangereux qu'autre chose que de porter un masque sur le nez pendant la pratique. Finalement, tout cela s'est assoupli. Mais cela a créé pas mal de questions au sein des collègues."

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Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education nationale, a prôné la continuité pédagogique pendant le confinement et même après. Pour l’EPS, ce n’est donc pas le cas ?
BH :
"Non, cela ne l’a jamais été pour nous. Même pour les autres matières, la continuité pédagogique n'a pas existé en tant que telle. On a maintenu un lien entre les élèves, les familles et les enseignants. On a proposé des exercices pour le maintenir mais cela n'avait aucun rapport avec les cours traditionnels et la continuité des apprentissages. De toute façon, cela générait tellement d'inégalités entre ceux qui était présents en classe et ceux qui étaient à distance. On aurait creusé encore plus les écarts si nous étions entrés dans ce jeu-là."

La nouvelle phase du déconfinement débute aujourd’hui. Cela vous-a-t-il surpris que le président annonce le retour obligatoire des collégiens, deux semaines avant la fin d’année ? 
BH :
"D’après le sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et Le Figaro publié jeudi dernier, plus de 50% des Français estiment que cette reprise est une mauvaise décision. Le président et le premier ministre ont joué sur une ambiguïté en disant que l’école était obligatoire. Mais les parents vont faire comme ils le veulent, et c'est l'instruction qui est obligatoire. Donc le travail à distance et le télétravail peuvent bien continuer. Les élèves seront en enseignement. En plus, c'est la fin d'année, les conseils de classe sont passés et les élèves connaissent déjà leurs résultats. Ceux qui vont revenir sont ceux dont les parents travaillent et qui n'ont pas d'autres solutions de garde. Cela n'a pas changé la nature de la problématique.
 
Au niveau de l'EPS, avec le nouveau protocole, on pourra avoir une forme de reprise, qui aura à peu près la même nature que dans les autres disciplines. On va essayer de rattraper celles et ceux qui auraient coupé complètement avec l'école et qu'il va falloir réhabituer au collectif, c'est important pour eux. Nous allons reprendre par des activités collectives. Vendredi, j'avais un entretien téléphonique avec le ministère et j'ai demandé si toutes les activités étaient autorisées, les jeux de ballons, les collectifs, à l'exception des sports de contacts et de combat. Je n'ai pas été démenti donc je pars du principe que nous pouvons reprendre les jeux collectifs. 

D'ailleurs, les élèves sont dans l'attente de retrouver des activités collectives, on le sent. En terme de reprise des apprentissages en revanche, c'est foutu pour cette année. Il reste 15 jours, ce n'est pas la peine. Nous ferons des activités ludiques, pour que les jeunes se fassent plaisir et retrouvent goût à la pratique. L’idée est principalement de leur permettre de retrouver une forme de rythme, celui de retourner à l'école."

Avez-vous déjà des indications pour la rentrée en septembre ?
BH :
 "La rentrée m’inquiète. J'ai l'impression qu’au niveau des conditions de la rentrée, cela n'avance pas beaucoup du point de vue ministériel. Ça rame un peu. Bien sûr, il y a des inconnues. On ne sait pas dans quelle situation sanitaire nous serons en septembre. Mais il y a des choses qui doivent quand même se travailler en amont comme l'aménagement des programmes par exemple pour essayer de rattraper et remettre à niveau. On a eu une petite réunion sur la rentrée, mais on s'est dit peu de chose. Donc, on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé."

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