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Jacques Rogge | STEPHANE DE SAKUTIN / POOL / AFP

Annecy peut-elle le faire ?

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La ville d'Annecy saura aujourd'hui vers 17h si elle obtient du CIO l'organisation des Jeux Olympiques d'hiver 2018. La cité haut-savoyarde n'a pas la faveur des pronostics, ses concurrents (la Sud-Coréenne Pyeongchang et l'Allemande Munich, favorite) bénéficiant d'appuis politiques et financiers plus importants. Mais le vote pourrait s'avérer plus serré que prévu, Annecy ayant misé sur des "Jeux à taille humaine" qui attirent pas mal de monde.

REGARDEZ L'ELECTION DE LA VILLE HÔTE DES JO D'HIVER-2018 (EN DIRECT A PARTIR DE 15H15)

Le vote a lieu à huis clos et à bulletins secrets, grâce à des boîtiers électroniques. A chaque tour, un électeur ne peut se prononcer que pour une seule ville. Si, après le premier tour, aucune ville n'obtient la majorité absolue - les votes blancs ou nuls ne sont pas pris en compte dans le calcul -, celle qui recueille le plus faible nombre de voix est éliminée et on procède à un second tour avec les deux candidates rescapées. Seul le nom de la ville éliminée est rendu public. Il est donc impossible de savoir en temps réel quelle ville a obtenu la majorité lors du premier tour. Au second tour, la ville qui obtient la majorité simple est élue. Plus d'une heure après le vote, le nom de la ville hôte est annoncé par le président du CIO, qui a pu auparavant décider de voter en cas d'égalité au second tour. Les résultats obtenus lors de chaque tour sont alors rendus publics.

La fiche technique d'Annecy

Ville: Annecy , 50.000 habitants (160.000 dans l'agglomération)

Slogan: La neige, la glace et vous

Les sites: deux pôles principaux, Annecy et Chamonix, accueilleraient l'ensemble des épreuves selon un concept original. Contrairement aux autres candidatures ou aux Jeux passés, les deux pôles ne seraient en effet pas dédiés l'un aux sports de neige, l'autre à ceux de glace. La zone d'Annecy abriterait aussi bien les épreuves de patinage que de ski de fond, tandis que celle de Chamonix aurait également des sports de glace avec le hockey, plus le ski alpin et le snowboard. L'ensemble des sites est rassemblé dans un rayon de 33 km. Un village olympique serait installé à Chamonix, un à Annecy et un troisième à Saint-Jean-de-Sixt, à côté de la Clusaz.
Seule installation située hors zone, la piste de bobsleigh de la Plagne, conçue pour les jeux Olympiques d'Albertville en 1992, serait réutilisée afin d'éviter les coûts de construction d'une nouvelle piste qui deviendrait un éléphant blanc, selon la terminologie olympique.
80% des infrastructures existent déjà. Ne restent à construire "que" deux patinoires et un anneau de vitesse.

Budget du comité d'organisation: 1,85 milliard de dollars.
Investissements prévus pour les Jeux: 2,5 milliards de dollars (dont 865 millions pour les transports, essentiellement la ligne ferroviaire olympique reliant Annecy à Chamonix). Seuls 630 millions de ces investissements sont strictement dépendants de l'obtention des Jeux.

Responsables de la candidature: Charles Beigbeder, président. Jean-Pierre Vidal et Pernilla Wiberg (Suède), vice-présidents.

Adhésion au projet de la part de la population: 51% à Annecy , 63% dans la Région Rhône-Alpes, 62% en France.

Atouts de la candidature: l'environnement, grandiose, qui attire chaque saison 7 millions de touristes avec le Mont Blanc en toile de fond et fait dire avec justesse aux partisans de la candidature qu'Annecy est la seule à proposer des Jeux au coeur des montagnes.
L'originalité des deux pôles qui mixent neige et glace.
La pertinence du système de transports existant et des investissements à venir qui privilégient les voies ferroviaires.
L'expérience en matière d'événements internationaux, notamment les Coupes du monde de ski, nordique ou alpin
L'utilisation d'équipements existants qui limite les coûts et l'impact sur l'environnement.

Handicaps de la candidature: une naissance catastrophique pour la candidature, repêchée in extremis par le CIO en juin 2010, suivie de problèmes de gouvernance qui ne se sont apaisés qu'en janvier dernier avec la reprise en mains par Charles Beigbeder et le ministère français des sports.
Du coup, la faible place accordée au CNOSF dans l'appareil décisionnaire, une condition importante pour le CIO.
Le retard considérable pris en terme de relations publiques, sur le terrain national, comme le prouve le faible soutien local, mais surtout international et diplomatique.
La règle non écrite d'alternance des continents qui voudrait qu'après Vancouver (2010) et Sotchi (2014), les JO de 2018 aillent en Asie. Faiblesse qui vaut également pour la candidature de Munich.

Fiche technique de Munich

Nombre d'habitants: 1,4 millions d'habitants vivent à Munich, au sud de l'Allemagne, ce qui en fait la candidate la plus importante en taille.

Slogan de la candidature: "Un festival de l'amitié"

Histoire de la candidature: c'est la première candidature hivernale de Munich qui a déjà organisé les JO d'été, en 1972, alors que Garmisch-Partenkirchen avait abrité les JO d'hiver de 1936. En cas de victoire, Munich deviendrait la première ville à accueillir JO d'été et d'hiver.

Les sites: Munich propose deux zones principales de compétition situées à 100 km l'une de l'autre et reliées par une autoroute et un système ferroviaire existants. A ces deux pôles viendrait s'ajouter le site de Königssee (190 km à l'est de Garmisch et 153 km au sud de Munich) où se tiendraient les épreuves de bobsleigh, luge et skeleton.
Le pôle de Munich ou "Ice Park", situé, c'est l'originalité du concept, dans l'ancien Parc olympique des JO de 1972, regrouperait les épreuves de glace, patinage artistique, de vitesse, hockey et curling, un village olympique, un centre des médias, et abriterait les cérémonies d'ouverture et de clôture dans le stade Olympique de 70.000 places.
Le pôle de Garmisch-Partenkirchen ou "Snow Park" accueillerait les épreuves de ski alpin, nordique, acrobatique, snowboard et biathlon, ainsi qu'un second village et un centre des médias.
Selon le dossier de candidature, plus de 80% des installations sportives sont déjà existantes.

Budget du comité d'organisation: 1,52 milliard de dollars
Investissements prévus pour les Jeux: 1,86 milliard de dollars (dont 1,2 milliard déjà planifié, indépendamment de l'obtention des Jeux)

Patronne de la candidature: Katarina Witt, double championne olympique de patinage artistique (1984, 1988)

Adhésion au projet de la part de la population: 60% à Munich, 53% en Bavière, 56% en Allemagne

Atouts de la candidature: le savoir-faire allemand n'est plus à démontrer. Chaque hiver des centaines de compétitions de sports d'hiver sont organisées en Bavière où se sont tenus avec succès les Mondiaux de ski alpin et de bobsleigh en 2011.
L'existence de la plupart des installations sportives (80%) et des infrastructures routières et hôtelières, ce qui allège considérablement le budget.
La puissance du réseau allemand en terme de lobbying et la puissance économique de ses sponsors nationaux qui représentent 50% des partenaires des fédérations de sports d'hiver.

Handicaps de la candidature: la règle non écrite de l'alternance des continents qui voudrait qu'après Sotchi (2014) les JO d'hiver ne soient pas tenus en Europe. Faiblesse qui vaut également pour la candidature d'Annecy (France).
L'opposition d'une partie des Verts allemands et de la population locale qui a obtenu, et perdu, un référendum à Garmisch-Partenkirchen.

La fiche technique de Pyeongchang

Nombre d'habitants et localisation: 50.000 habitants vivent à Pyeongchang , à environ 180 km de la capitale Séoul. La ville est située à 700 m d'altitude avec certains sommets de la chaîne des Monts Taebaek culminant à 1000 m.

Slogan de la candidature: "New horizons" (de nouveaux horizons)

Les sites: Pyeongchang propose deux zones principales de compétition situées à 37 km l'une de l'autre et reliées par une autoroute existante:
Le pôle d'Alpensia, situé à 700 m d'altitude, regroupera les activités neige et glisse ainsi que le village olympique principal, le village et le centre des médias, l'hôtel du Comité international olympique (CIO), le stade olympique. A 30 minutes, les épreuves de vitesse de ski alpin seront accueillies par Jungbong et celles de ski acrobatique et de snowboard à Bokwang Phoenix Park.
Le pôle côtier de Gangneung, à l'Est de Pyeongchang , accueillera les épreuves de glace: patinage, curling et hockey, ainsi qu'un village olympique annexe.

Budget du comité d'organisation: 1,53 milliard de dollars
Investissements prévus pour les Jeux: 6,3 milliards de dollars (dont 3,4 pour la ligne ferroviaire à grande vitesse, 697 millions pour les routes, 470 millions pour les infrastructures sportives des 13 sites de compétition dont sept sont déjà construits. Seuls 594 millions de ces investissements sont dépendants de l'obtention des Jeux.

Patron de la candidature: Yang Ho-cho, président du comité de candidature est également PDG de Korean Air.

Adhésion au projet de la part de la population: Pyeongchang 92%, Province de Gangwon 87%, Corée du sud 87%

Atouts de la candidature: la qualité du dossier technique de Pyeongchang n'est plus à démontrer. Apprécié par la commission d'évaluation pour les JO-2010 (décernés à Vancouver), il fut le mieux noté pour l'attribution des JO-2014, finalement attribués à Sotchi, et n'a connu que quelques changements depuis.
Le budget de campagne estimé à plus de 100 millions d'euros est révélateur de la puissance de la candidature soutenue par de grandes entreprises nationales, l'ensemble de la classe politique et de la population.
La règle non écrite de l'alternance des continents qui voudrait qu'après deux éditions en Europe (Turin 2006, Sotchi 2014), deux en Amérique du Nord (Salt Lake City 2002, Vancouver 2010), les JO d'hiver retournent en Asie pour la première fois depuis 1998 et Nagano.

Handicaps de la candidature: les aléas climatiques de la région, déjà stigmatisés par les jeux Olympiques de Nagano (Japon) en 1998 et les problèmes organisationnels rencontrés lors des différentes épreuves de ski alpin, de fond ou de biathlon organisées en Corée et souvent critiquées par les athlètes participants.
L'absence d'ambassadeur sportif de premier plan et la gestion de la candidature par la classe politique et les milieux économiques.
L'insécurité que font peser sur le climat politique et militaire les tensions récurrentes avec la Corée du Nord.

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