Alain Bernard portrait
Alain Bernard | CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Alain Bernard : "Envie de rentrer"

Publié le , modifié le

Alain Bernard, champion olympique du 100 m nage libre en 2008, a expliqué dans un entretien à l'AFP qu'il avait "envie d'apporter (s)on témoignage pour l'enquête et basta, envie de rentrer et d'aller voir les parents de Camille" Muffat, décédée comme la navigatrice Florence Arthaud et le boxeur Alexis Vastine dans le crash de deux hélicoptères, qui a fait dix morts lundi en Argentine.

Comment vous sentez-vous?
Alain Bernard : "C'est compliqué. Par moments, on essaie d'aller de l'avant et  d'affronter la réalité cruelle qui est devant nous. Aujourd'hui (mercredi) avec  Philippe (Candeloro), on a décidé de prendre les devants pour exprimer nos  ressentis et apporter nos témoignages sur ce qui s'est passé, par compassion et  pour apporter des bribes de compréhension aux familles des victimes. Tout le  monde était vraiment content de participer à cette aventure. Qu'on parle de  sécurité ou pas... C'est un accident aussi con et tragique qu'un autre. La  sécurité a été anticipée par la production comme on ne peut même pas  l'imaginer. Il y a bien des facteurs qu'on ne peut pas anticiper et ça, ça en  faisait partie".

Quelles images sont encore dans votre esprit?
AB : "Les images des fous rires, des trois (Muffat, Arthaud, Vastine) qui se  chamaillent avant de monter dans l'hélicoptère, le bruit qu'on entend au loin,  le silence total... Tu entends l'hélicoptère s'éloigner et puis d'un coup tu  entends un bruit et ensuite tu n'entends plus d'hélicoptère. Tu arrives sur  place, tu vois les hélicoptères en feu. Tout ça, c'est marqué et ça le sera à  vie. C'est violent".
   
Avez-vous tout de suite pensé au drame?
AB : "Moi égoïstement, j'ai pensé que c'était peut-être l'hélicoptère du  caméraman qui avait eu un problème vu qu'il avait décollé en premier. Je me  suis dit que, peut-être, il était tombé et que les nôtres étaient encore en vol  ou posés en urgence. Et là, tu te dis: +Je vais porter assistance, il y a  peut-être des gens blessés, choqués. On va récupérer nos trois concurrents et  les sortir de là+. Et quand on arrive sur place, on réalise vite fait que c'est  dramatique et que personne n'a pu en réchapper. Je me suis dit tout de suite:  +C'est pas possible, on va rentrer dès demain, on aura fait un mauvais  cauchemar et tout va rentrer dans l'ordre+. Et quand tu rentres à l'hôtel, que  tout le monde est là, abasourdi, c'est un truc de fous. Tu réalises vraiment".
   
Comment arrivez-vous à tenir le coup ?
AB : "Comment on tient le coup...? On se tient à disposition de l'enquête et  voilà, on n'a pas d'autres choix. On essaie de reparler de tout et de rien. On  a l'impression d'appartenir à la même famille, alors qu'il y a une semaine on  ne se connaissait même pas. Avec Camille (Muffat), on avait appris à se  connaître davantage dans cette aventure. On se voyait vraiment dans un contexte  différent, c'est pour ça que c'est encore plus touchant".
   
Avez-vous jamais douté de la sécurité?
AB : "On se sentait vraiment en sécurité. Tu ne peux pas partir dans la  montagne tout seul. On savait que derrière il y avait une super équipe, des  médecins, des guides, tout était en place pour pouvoir profiter pleinement de  l'aventure. Ce genre de trucs arrive très peu de fois dans une vie, on a envie  de le vivre à fond. Les pilotes, je ne les voyais qu'atterrir et repartir. Mais  déjà on a été retardé de plusieurs heures, parce que la météo n'était pas  favorable. C'est un paramètre rassurant".
   
De quoi avez-vous envie à cet instant ?
AB : "Il y a des techniciens qui sont en train de ranger, j'ai envie de les  aider, qu'on empaquette tout. J'ai envie d'apporter mon témoignage pour  l'enquête et basta. Envie de rentrer. Et j'ai envie d'aller voir les parents de  Camille..."

Propos recueillis par Sabine COLPART

AFP