Marie Wattel aux championnats de France 2019
Marie Wattel aux championnats de France 2019 | AFP

Marie Wattel : "L'équipe de France peut surprendre à Tokyo"

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Une médaille de bronze en relais, deux finales individuelles et autant de records personnels battus. À tout juste 22 ans, Marie Wattel s’est imposée comme l’un des éléments forts de l’Equipe de France de natation. Ses performances aux Mondiaux de Gwangju ont marqué les esprits et laissent présager un avenir radieux pour celle qui devra emmener avec David Aubry la génération émergente vers les Jeux Olympiques de Tokyo. Entretien.

Avec trois finales disputées, une cinquième place sur le 50m papillon (record de France) et une médaille de bronze en relais, quel bilan faites-vous de ces Mondiaux ?
Marie Wattel : "C’est un bilan très positif pour moi. Largement au-dessus de mes espérances. Même s’il y a quelques petites choses qui auraient pu être mieux faites, je ne retiens que du bon de ces championnats du monde. Je suis globalement très satisfaite de mes performances".

Vous aviez à peine 16 ans lorsque vous avez disputé vos premiers championnats du monde à Barcelone, en 2013. Depuis, vous n’étiez jamais parvenue à passer le cap des séries et cette année, vous faites trois finales. Peut-on parler d’un déclic ?
MW : "Je pense que tout cela est arrivé au bon moment. Il y a des nageurs qui ont besoin de plus de temps que d’autres pour vraiment performer. Dans mon cas, il faut croire que ça devait arriver maintenant. C’est vrai que je me suis qualifiée assez jeune pour les Mondiaux, je pensais gravir les échelons beaucoup plus vite mais finalement, j’ai souvent raté mes championnats d’été. Il a fallu être patiente. J’ai énormément travaillé pendant 6 ans et avant d’arriver à Gwangju je m’étais dit "Si cette année ça ne marche pas, je ne sais pas ce que je pourrai faire de plus, de mieux". 

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Qu’est-ce qui a changé cette année ? Vous avez modifié votre façon de travailler à l’entrainement ?
MW : "Je dirais que j’ai surtout évolué dans ma gestion de course. On a mis des choses en place d’un point de vue stratégique avec mon coach, dans ma manière d’aborder la course. J’ai aussi beaucoup travaillé le relâchement sur le premier 50 mètres afin d’être plus efficace sur le deuxième, celui qui me faisait un peu défaut. Je crois que c’est vraiment la manière dont j’ai travaillé cette stratégie qui m’a permis de faire de belles performances". 

En se replongeant dans le contexte, qu’est-ce que vous ressentez au moment où vous passez en finale du 100m papillon, votre première finale mondiale ? Un soulagement ?
MW : "J’étais tellement concentrée sur la course qu’à aucun moment je n’ai été soulagée, ou je n’ai pu relâcher la pression. J’étais vraiment très concentrée. J’en voulais plus. Sur le moment, je n’ai pas eu le temps de profiter de la course, du chrono ou de la qualification. Dans ma tête, je voulais faire quelque chose en finale. En fait, c’est seulement maintenant que je commence à réaliser, à être satisfaite de ce que j’ai pu accomplir. Avec le recul, je me dis aussi que j’aurais pu faire un peu mieux en finale du 100m papillon (8e). Il y a toujours des choses à améliorer".

Vous terminez huitième de la finale du 100m papillon mais vous battez ensuite le record de France du 50 dès les demi-finales, puis à nouveau en finale ? Est-ce que vous pensiez cela possible ?
MW : "Je m’étais vraiment concentrée sur le 100 mètres au cours de ma préparation. De base, je ne suis pas la nageuse type de 50. Je m’entraîne beaucoup plus sur 100 et 200 mètres que sur 50, donc je ne m’attendais vraiment pas à faire une telle performance. J’étais vraiment surprise. Au départ, je m’étais dit que j’allais essayer de battre mon record personnel mais de là à faire 25’50, c’est assez incroyable. Faire tomber le record de France en plus, c’était inespéré. Une grosse surprise. J’ai pu laisser éclater ma joie".

On vous a senti très proche de la médaille sur le 50. Selon-vous, qu’est-ce qui vous manque pour être au niveau des toutes meilleures nageuses de la discipline, comme Sarah Sjöström par exemple ?
MW : "Sur le 50, il ne me manque pas grand-chose. Je suis à trois centièmes du podium. En l’occurrence, il m’aurait fallu faire la course parfaite pour y arriver, et comme je l’avais moins préparé, certainement que la différence se fait là-dessus. Sur des petits détails. En revanche, c’est différent sur le 100m. Là, j’ai encore du travail à faire sur le deuxième 50 pour faire mieux qu’une huitième place en finale. Je compte vraiment mettre l’accent sur cette deuxième partie de course à l’entraînement. Je me rends aussi compte que je ne suis pas si loin que ça des toutes meilleures. Ces Mondiaux m’ont permis de réaliser que personne n’était imbattable. On a bien vu que même Sjöström n’était pas intouchable, puisqu’elle a été battue en finale par une jeune canadienne (Margaret Macneil). Je me suis surprise moi-même et à mes yeux, on est toutes égales. Bien sûr il faudra que je hausse encore mon niveau si je veux faire descendre mon chrono mais je ne suis pas si loin que cela".

Vous finissez ces Mondiaux en beauté avec une médaille sur le relais 4x100m mixte. C’est une belle récompense collective après avoir échoué tout près du podium en individuel…
MW : "Oui, clairement. Avant les Mondiaux, je ne pensais vraiment pas être capable de ramener une médaille. Ensuite, avec ma demi-finale sur 50m papillon, je me suis mise à y croire. J’espérais faire quelque chose. Quand j’ai vu que j’étais passée à côté pour trois centièmes, ça m’a dégoûté. J’étais très déçue et ça m’a donné la rage pour le relais. Je n’ai certes pas fait la meilleure course tactiquement mais j’y suis allée avec mes tripes. Je suis très heureuse d’avoir gagné cette médaille de bronze et je crois que c’est aussi bénéfique pour l’équipe de France. Mehdy (Metella) et Charlotte (Bonnet) étaient très déçus de leurs championnats et c’était quand même bien plus sympa de finir sur cette bonne note". 

Avant les séries, on vous annonce que vous ne disputerez pas le relais. Que s’est-il passé exactement ? Comment avez-vous appris que vous étiez finalement retenue pour la finale ?
MW : "Avant de faire le 50 mètres, j’ai demandé à être alignée lors des séries du relais, car je voulais faire une course en crawl. On m’a répondu qu’il ne valait mieux pas, que ce serait trop risqué pour aller en finale et c’est vrai que sur le coup, ça m’a blessé. J’étais déçue. Je me suis dit qu’on ne me faisait pas confiance. On ne m’a même pas fait travailler les passages de relais avec les autres donc je savais que c’était mort. Ensuite Béryl (Gastaldello) fait 53’9 le matin de son 100m alors on vient me confirmer que je ne ferai pas le 4x100. Il y a eu une petite engueulade avec Olivier (Nicolas) mais ce n’était rien de bien méchant. Au final, Béryl a moins bien nagé en demi-finale et ils ont finalement choisi de me laisser ma chance. Je me sentais en forme donc je pense qu’ils ont fait le bon choix. Et j’avais dit à Béryl :"T’inquiète, on va faire un podium!"." 

Pourtant, on aurait pu penser que vos deux titres européens de l’an dernier en relais (4x100 féminin et mixte) vous donnaient davantage de crédit pour être sélectionnée directement...
MW : "Je le pensais aussi mais finalement, quand on m’a dit que c’était trop risqué de me mettre dans les séries, je me suis dit que je n’avais pas vraiment de crédibilité. C’est quand ils ont vu que Béryl ne ferait pas mieux qu’ils se sont dit qu’ils allaient essayer avec moi. Je ne sais pas s’ils ont cru en moi du coup, je l’espère (rires)".

Marie Wattel (Gwangju)
Marie Wattel (Gwangju) © AFP

Vous n’avez que 22 ans, votre carrière est encore longue. Quelles sont vos ambitions pour la suite ? La médaille olympique est-elle envisageable dès 2020, à Tokyo ?
MW : "Faire une médaille aux JO, honnêtement, je pense que ce sera un peu juste. La finale olympique est un premier objectif et ce ne sera déjà pas facile à aller chercher. Une fois que je connaîtrai ma ligne, j’aurai mes chances. Je l’ai bien vu en finale des Mondiaux, j'étais ligne d’eau numéro 3 et au final je termine dernière. Donc tout peut se passer. L’ambition, ce sera d’aller chercher une belle finale sur 100m papillon. Pourquoi pas aussi viser une finale sur le 100m nage libre. On a le droit de rêver après tout. Je me projette aussi plus loin. Je pense à 2024 et je me dis que dans tous les cas, il y aura de belles choses à tirer de cette expérience". 

Avec deux médailles aux Mondiaux, on se dit que la route est encore longue pour l’Equipe de France. Mais une nouvelle génération émerge. Vous en faites partie. Quel regard portez-vous sur cette équipe et ses ambitions ?
MW : "L’équipe de France se reconstruit petit à petit. Il faut du temps, même si on a encore du travail pour rivaliser avec les meilleures nations. Si on compare les temps qu’il faut faire pour rentrer en finale des championnats de France avec les temps qu’il faut faire en Angleterre ou aux Etats-Unis, on voit bien qu’on est assez loin. Mais je suis persuadé qu’on peut surprendre l’année prochaine. Nous avons une équipe qui se construit, qui devient de plus en plus forte, et qui croit en elle. Si nous les nageurs, commençons à vraiment croire en nous, on peut faire quelque chose. Je ne pense pas que nous serons 30 nageurs aux Jeux Olympiques, mais le peu qu’on sera, ce sera de très bons nageurs. C’est vrai que le niveau est extrêmement relevé. Faire une finale, c’est déjà compliqué, mais j’y crois. Une nouvelle génération arrive et je suis sûre qu’il y a de belles choses à faire".

On a beaucoup dit qu’il manquait un leader à cette équipe. Un rôle que pourrait endosser le revenant, Florent Manaudou, dans la perspective des Jeux. Vous en pensez quoi ?
MW : "Dans mes souvenirs, Florent n’était pas un leader quand il était en équipe de France. Il restait beaucoup avec ses potes, les Marseillais, comme on les appelait (rires). Et puis, Fabien (Gilot) assumait très bien ce rôle. Mais sans eux, sans les anciens comme on dit, ce serait bien que Florent reprenne le flambeau, puisse devenir un ancien à son tour et montrer la voix. J’aimerais vraiment. Je ne l’ai jamais vu en tant que leader mais ça pourrait être hyper intéressant qu’il le soit, qu’il prenne cette responsabilité-là, car c’est vraiment ce qui nous manque aujourd'hui".