Laure Manaudou
Laure Manaudou | AFP - PIERRE-PHILIPPE MARCOU

Manaudou, le pas décisif

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Cela faisait tellement longtemps qu'elle attendait. Depuis le 27 septembre dernier, plus de 5 mois après avoir mis au monde sa fille, Laure Manaudou nageait. Entre rumeurs, questions sans réponse, le flou entourait son retour dans les bassins. Mais à l'image de Ian Thorpe, Janet Evans, Libby Trickett ou Brendan Hansen, elle a enfin décidé d'officialiser son retour à la compétition, en vue des Jeux Olympiques. Une annonce explosive, qui va générer beaucoup d'attente.

"L'annoncer, c'est s'obliger à faire le travail". Michel Rousseau, consultant pour France Télévisions, nous confiait qu'un retour à la compétition se devait d'être officialisé pour que de réelles ambitions puissent renaître. Cela concernait les retours de Ian Thorpe, Brendan Hansen, Janet Evans et Libby Trickett, et voici quelques jours, c'était la grande distinction avec le retour hypothétique de Laure Manaudou. Mais ce week-end, la situation a changé, la nageuse s'est placée dans la même ligne d'eau que les autres. "Il y a nécessité d'avoir la pression. S'ils ne l'avaient pas, ils ne reviendraient pas", ajoutait-il. Désormais volontairement au pied d'une nouvelle montagne, la Française n'a plus le choix. Peut-elle relever ce défi ?

Comme les autres retraités sur le retour, elle dispose de quelques avantages pour y parvenir: elle sait gagner, elle sait souffrir pour progresser, elle sait gérer les grands événements, et par dessus tout, c'est une championne exceptionnelle. Et avec ce genre d'athlètes, tout est possible, rien n'est rationnel. Après deux années complètes sans nager, sans faire de sport, avec une grossesse, elle avoue avoir "pris 20kg" qu'elle a fait disparaître en nageant depuis le mois de septembre dernier. Et si le début n'a pas été d'une intensité extrême, son arrivée à l'université d'Auburn, où nage son ami Frédérick Bousquet, a tout changé. Car c'est avec l'entraîneur australien Brett Hawke qu'elle a repris la route du haut niveau, celui-là même qui a mené Cesar Cielo au titre de champion olympique du 50m et au double titre mondial du sprint en 2009, sans oublier les podiums du Français également sur courte distance. Ce n'est d'ailleurs pas innocent si Laure Manadou privilégie désormais le 100 et le 200m, à défaut du 400 et du 800m dont elle était l'une des reines. Et Michel Rousseau ajoute un élément pour justifier ce choix: "Contrairement à l'athlétisme, dans la natation, on réduit la distance avec l'âge". Si elle n'a que 24 ans, la Marseillaise n'a peut-être pas envie de revivre des entraînements très longs, de l'ordre de 6h par jour pour s'aligner sur le demi-fond, ce qui l'avait notamment poussé en son temps à quitter Philippe Lucas pour rejoindre l'Italie, lieu de vie de son compagnon de l'époque, avant de passer entre les mains de son frère Nicolas, puis de Lionel Horter.

A-telle retrouvé l'envie de nager ? Elle le dit ? A-t-elle toujours envie de souffrir à l'entraînement ? Elle l'affirme. A-t-elle les moyens de jouer un podium à Londres en 2012 ? C'est possible. Il faudra qu'elle le démontre lors de ses sorties officielles, seules capables de situer son niveau par rapport à ses rivales. La pression qui va accompagner désormais tous ses gestes va-telle de nouveau l'étouffer ? C'est encore la grande question

Réactions

Frédérick Bousquet(champion d'Europe du 50 m libre et compagnon de Laure Manaudou ): "C'est vrai ? Non ? Laure Manaudou ? Elle ne me l'a pas dit ! Elle a bien mûri sa décision, elle a mis du temps à réfléchir. Elle a pris le temps de réfléchir surtout. Elle n'a pas été dans la hâte. Je la sens heureuse, c'est l'essentiel. Il y a l'entraînement et une étape importante de repasser derrière les plots et de retrouver toute cette attention médiatique qui l'effrayait à une époque. J'espère juste qu'il n'y aura pas trop d'attente sur elle et qu'elle pourra refaire son petit chemin tranquillement comme elle a fait ces derniers mois. Tout de suite on attend d'elle trop de choses. C'est ça qui l'effraie. Laure n'est pas une machine, ce n'est pas un robot. A chaque fois qu'elle nage, elle ne va pas battre un record. Elle a donné une certaine habitude de faire des choses exceptionnelles mais ça ne peut pas être tout le temps."
Florent Manaudou
(qualifié pour les Mondiaux-2011 et frère de Laure Manaudou ): "Ca fait plaisir. Je le savais depuis longtemps. Beaucoup attendait son retour donc les gens vont enfin voir ce dont elle est capable. Ca fait un an qu'elle s'entraîne. On verra où et quand elle reprendra mais je pense qu'elle peut encore faire de bonnes choses. Je l'ai vue à l'entraînement il y a une semaine. Je l'ai sentie bien dans l'eau. Après entre l'entraînement et la +compét+, il y a beaucoup de choses qui changent. Elle a fait un petit break, c'était bien pour elle parce qu'elle a eu des moments durs en fin de première partie de carrière. Je suis content qu'elle revienne."
Philippe Lucas (ancien mentor de Laure Manaudou ): "Je vais vous dire les choses honnêtement, je m'en fous qu'elle revienne. C'est pas mon problème. J'en ai rien à branler. Maintenant si elle revient, je sais qu'elle peut être très forte. Si elle fait les choses correctement, elle peut faire des belles choses. Elle est aux Etats-Unis avec un grand entraîneur, Brett Hawke. Pour moi l'absence est depuis plus de 2008. C'est vraiment un contre-la-montre mais elle en est capable. La sélection des Jeux va être mi-mars. Ca arrive très vite. Juillet, août, faut bosser. Nous on a divorcé, on a signé les papiers, l'histoire est finie."
Christian Donzé (directeur technique national de la Fédération française de natation): "C'est une bonne nouvelle pour la natation française. Après, on attendra pour savoir si c'est une bonne nouvelle pour l'équipe de France car les exigences sont fortes. Laure le sait, le haut niveau a des exigences très fortes, c'est un apprentissage permanent. Ce sont des paliers à franchir. Il n'y a aucun scepticisme de ma part, juste du réalisme. Je la crois beaucoup plus capable que Janet Evans, auquel je ne crois pas du tout. Pour Laure, il faut attendre de connaître son programme de course, son premier pas en compétition officielle. Il faut la laisser travailler, faire son propre programme, la laisser s'exprimer par rapport à ses propres ambitions."
Lionel Horter (directeur des équipes de France et ancien entraîneur de Laure Manaudou ): "C'est une bonne surprise, car c'est une surprise même si depuis quelques mois elle se préparait dans son coin. Ca veut dire que dans l'entraînement elle a retrouvé des repères, a retrouvé du plaisir. Si elle franchit le cap de reprendre la compétition, c'est qu'elle sait ou elle en est. On dit qu'il faut autant de temps pour revenir au haut niveau que la durée du stop qu'on a fait dans la préparation. Donc vous imaginez que le challenge est très difficile. Elle a 6 mois, c'est jouable. Mais de savoir si elle est capable d'être la nageuse qu'elle a été, en écrasant la concurrence mondiale, c'est une grand inconnue. Personne ne peut le savoir, pas même son entraîneur. Compte tenu des chronos qu'elle a déjà fait dans sa carrière, et avec une préparation bien pensée, se qualifier dans le 4x200 ou au 100 dos, ça paraît tout à fait abordable."
Yannick Agnel (champion d'Europe du 400 m libre): "C'est super cool. On l'attend avec plaisir en équipe de France. Maintenant on va voir ce qu'elle fait en compétitions. Wait and see ! C'est un peu comme Ian Thorpe et Janet Evans, ce sont des gens que moi je n'ai pas côtoyés. Je les regardais nager en étant petit et je me disais: "moi je vais faire ça, je veux être comme ça !". Le fait qu'il y ait plusieurs générations qui se côtoient sur un même bassin, c'est pas plus mal pour la nouvelle génération. Son retour ne me gêne pas, c'est une fille ! Mais ce n'est pas parce qu'il y a plein d'anciens champions qui reviennent que je vais céder ma place. voilà, bon courage !"
Hugues Duboscq (triple médaillé olympique en brasse): "C'était un peu dans les tuyaux. Elle n'était pas revenue à l'entraînement pour ne rien faire. Elle a une saison pour revenir au top, se qualifier et faire partie du voyage pour Londres. C'est elle qui a tout fait commencer dans la nouvelle natation française. Je me rappelle surtout d'elle à Melbourne (Mondiaux-2007) où c'est elle qui est 4e nation mondiale à elle toute seule. Ca m'a vraiment marqué. Ca ne va pas être facile pour elle mais si elle veut, elle peut. Moi quand je prends la décision d'arrêter, j'arrête ! Après les Jeux je raccroche."