Natation Ian Thorpe
L'Australien Ian Thorpe | AFP - Greg Wood

Les JO font replonger les "vieux"

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A un an des Jeux Olympiques de Londres, à un mois des Championnats du monde à Shanghaï, les annonces des retours à la compétition d'anciens ténors de la natation mondiale se multiplient. De Brendan Hansen, en passant par Janet Evans, sans oublier Ian Thorpe ou Libby Tricket, en attendant l'hypothétique "come-back" de Laure Manaudou, l'échéance olympique attise les appétits.

A eux quatre, ils comptent 14 titres olympiques, 42 sacres mondiaux (en grand et petits bassins) et 25 records du monde. Janet Evans, Libby Trickett, Ian Thorpe et Brendan Hansen pèsent lourd dans l'univers de la natation. En annonçant leur retour à la compétition après une période plus ou mois importante hors des bassins, ils ont forcément fait des remous. Pour tous, l'objectif est de se présenter aux Jeux Olympiques de Londres, en 2012, au mieux de leur forme. Un challenge énorme, que se lancent régulièrement certains retraités à l'approche de l'échéance olympique, comme le confirme Michel Rousseau, consultant France Télévisions: "Les JO, ça a toujours été un truc magique." Si les retours sont réguliers, cette année semble plus marquante à ce niveau: "Ils voient que les nageurs en compétition sont plus vieux qu'à une époque. Tous les sprinteurs ont désormais entre 27 et 32 ans. Beaucoup d'entre eux ont arrêté jeunes, et ils se rendent compte que ceux qui avaient alors une valeur moindre qu'eux, ont continué à progresser." L'exemple de cet arrêt précoce tient dans la carrière de Ian Thorpe qui, après une année sabbatique et une mononucléose interrompant son retour, avait annoncé sa retraite à seulement 24 ans, après cinq titres olympiques et 11 sacres mondiaux (en grand bassin). A désormais 28 ans, la lassitude d'être la cible a quitté "la torpille", sa faim de retrouver les bassins et surtout d'avoir de nouveau un challenge en vue ont repris le pas. "Il m'inspire deux sentiments. C'est un athlète extraordinaire, qui est arrivé très jeune au plus haut niveau", rappelle Michel Rousseau. "Mais ses temps sont à mettre entre parenthèses, car réalisés avec une combinaison non-contrôlée. Quel temps peut-il faire ? Il peut revenir sur 100m, mais je ne pense pas qu'il puisse s'aligner de nouveau sur 400, ou même 200m. Je ne le vois pas gagner aux JO. En revanche, il peut sérieusement renforcer le relais 4x100m australien, ce qui ne ferait pas l'affaire de la France."

Ce constat est d'ailleurs commun à tous ces nageurs sur le retour: "Je ne les vois pas gagner des courses à Londres. Je n'y crois pas", assène notre consultant. "En revanche, faire de belles performances, aller en finale... Mais il ne faut pas oublier qu'aux JO de Pékin, en 2008, Dara Torres, qui était âgée de 40 ans, n'est pas passé loin de la victoire" sur 50m nage libre, récupérant l'argent lors de son deuxième retour à la compétition. Retraitée depuis 1995 après 4 titres olympiques et 5 en championnats du monde, Janet Evans aura également 40 ans à Londres. Cette légende de la natation tente également de retrouver la lumière: "Si elle change sa technique, si elle fait une préparation à sec, si elle change sa façon de récupérer, elle peut le faire, mais pas si elle reste avec ses méthodes", juge Michel Rousseau. "Le sprint a tellement progressé, avec de nouvelles techniques et notamment cette préparation à sec. Grâce à elle, les nageurs sont devenus des athlètes, et ils s'aperçoivent qu'ils peuvent aller plus vite avec cette puissance acquise dans les salles de musculation. Contrairement à l'athlétisme, plus l'âge avance, plus le nageur réduit la distance de ses courses."

S'ils ont pris de l'âge, s'ils ont quitté l'ère de la compétition depuis pas mal de temps (Thorpe 2006, Hansen 2008, Evans 1995, Trickett 2009), les "anciens" conservent des qualités que certains de leurs futurs rivaux n'ont pas forcément: "Ils ont la culture de la gagne. Ils ont l'expérience pour savoir ce qu'il faut faire. Cela ne se perd pas", insiste Michel Rousseau. "Et ils ont certainement fait fructifier cet atout durant leurs années d'absence, en se rappelant ce qu'ils auraient dû faire, pas faire..." Quant à la pression qui accompagnera leurs premiers mouvements en compétition, l'ancien champion d'Europe (1970) et vice-champion du monde (1973) du 100m nage libre estime que "c'est une nécessité pour eux. S'ils n'ont pas ça, ils ne feront pas leur retour. Ce sont des personnes pleines d'orgueil. Le challenge, c'est l'élément très positif de leur retour. Et l'annoncer, c'est s'obliger à faire le travail, s'obliger à se faire mal, à souffrir à l'entraînement."