Manaudou, Duboscq et Bernard
Laure Manaudou, Hugues Duboscq et Alain Bernard, retraités de la natation tricolore | AFP

Natation française, une page se tourne

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Londres a été le théâtre des dernières longueurs de certains Français au plus haut niveau. Alain Bernard, Laure Manaudou, Hugues Duboscq ont notamment tiré leur révérence sur une dernière échéance olympique, et sont donc absents à Barcelone. Mais la succession avait été préparée, en douceur.

L'image était poignante, marquante. Alain Bernard, ce grand colosse, effondré, en larmes, après avoir assisté au sacre du relais 4x100m français depuis les tribunes. Cette couronne olympique qu'il avait touchée sur le plan individuel à Pékin, mais qu'il avait à chaque fois raté en relais, malgré son statut de leader du sprint tricolore. S'il n'était pas dans l'eau, c'est que l'Antibois n'avait eu que les séries à nager, dépassé qu'il était par la concurrence, celle habituelle de Fabien Gilot et Amaury Leveaux, celle plus jeune de Clément Lefert et Yannick Agnel. Il savait qu'il ne faisait plus partie des meilleurs, sélectionné uniquement pour le relais, mais ses larmes étaient un mélange de joie et de tristesse. Celles d'un homme de 29 ans qui venait de tourner la page de sa carrière sportive, conclue sur un deuxième sacre olympique, en plus du bronze et de l'argent acquis à Pékin, deux médailles d'argent mondiales et trois de bronze, sans oublier quatre sacres européens, le tout pour se limiter aux épreuves de grand bassin.

Véritable détonateur de l'avènement de la natation tricolore au plus haut niveau dans le sillage de Laure Manaudou, Alain Bernard ratera ses premiers Mondiaux depuis 2007. Hugues Duboscq se trouve dans le même cas. A la différence près qu'il a fait ses premiers pas dans des championnats du monde... à Barcelone, en 2003. Plus de dix années parmi les meilleurs de la planète, accumulant un titre de vice-champion du monde en 2009 sur 100m, du bronze à Montréal en 2005, et la bagatelle de dix médailles européennes en grand bassin, dont une d'or (Budapest 2010 avec le relais). A Londres, le brasseur n'avait plus que le relais 4x100m 4 nages à se mettre sous la dent, avec le statut de remplaçant. Présent à Londres, il n'y a pas disputé la moindre épreuve, lui qui avait ramené du bronze d'Athènes et de Pékin (3 médailles). Nageur extrêmement constant, le Havrais a fermé la page, pour devenir gendarme, corps qui l'abritait depuis 2000 en lui laissant pratiquer le sport de haut niveau.

La nouvelle vague bleue

Pour la deuxième fois, Laure Manaudou a également pris sa retraite. Et c'est également l'une des images poignantes de Londres, l'un des symboles de cette passation de pouvoir entre deux générations: l'ancienne reine de la nage tricolore enlaçant son petit frère, Florent, de quatre ans son benjamin, devenu quelques secondes avant champion olympique du 50m nage libre. Elle qui avait atteint l'objectif d'être présente à Londres après deux ans de retraite, était aux anges. Pourtant, elle n'a pas franchi le cap des séries. Mais elle a prouvé qu'elle était redevenue une athlète de haut niveau, devenant championne d'Europe du 50m dos et vice-championne d'Europe du 100m dos en petit bassin, quelques semaines après à Chartres. Le dernier acte avant une deuxième retraite. Elle n'était plus le phare de la natation française. Car désormais, ils sont nombreux à incarner la réussite tricolore.

Avec un total de 15 médailles mondiales et olympiques en grand bassin au compteur, Yannick Agnel, Camille Muffat, Jérémy Stravius, et Florent Manaudou ne sont plus qu'à 8 médailles du total réalisé par leurs trois prédécesseurs. Et ils ont tous moins de 25 ans. Eux et les autres ont surfé sur la vague initiée notamment par ces trois nageurs. A Barcelone, l'équipe de France ne sera pas orpheline. Elle écrira juste une nouvelle page de son Histoire, sans eux, pour la première fois.

Vidéo : la nouvelle vague a confirmé après Londres