Mort de George Floyd : Quel rôle jouent les stars du sport lorsqu'elles s'engagent publiquement lors d'événements raciaux ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Apolline Merle
LeBron James porte le t-shirt fait en hommage à Eric Garner, mort étouffé
LeBron James porte le t-shirt fait en hommage à Eric Garner, mort étouffé | AFP - GETTY IMAGES

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Alors que les manifestations se poursuivent aux Etats-Unis après la mort de George Floyd, un homme noir tué pendant une interpellation à Minneapolis, la colère ne retombe pas. De nombreux sportifs se sont indignés publiquement de cette injustice et d’un racisme encore "enraciné" aux Etats-Unis. Mais leur parole peut-elle avoir un effet sur ces événements qui divisent le pays ? Si s’engager fait partie de la tradition américaine, la portée de leur voix ne s'élève pas au-delà de l’opinion publique.

Depuis près d’une semaine, les Etats-Unis s’embrasent. Le 25 mai dernier, George Floyd, un homme noir de 46 ans, est mort après une interpellation par un policier blanc, Derek Chauvin, à Minneapolis. L’affaire a vite pris une ampleur mondiale et George Floyd est devenu un symbole, tragique, du combat contre les violences policières aux Etats-Unis. 

Face à ce drame qui divise encore les Etats-Unis, de nombreux sportifs américains et étrangers ont pris position à l’image de l’ancienne superstar du basket NBA Michael Jordan, qui a dénoncé le "racisme enraciné" aux Etats-Unis, se disant "profondément attristé, véritablement en souffrance et totalement en colère". Sa voix s’est ajoutée à celles de Lebron James, Serena Williams, Coco Gauff, ou encore celle de Colin Kaepernick. En France, Kylian Mbappé, Tony Yoka et Yannick Noah ont eux aussi donné de la voix en condamnant ce nouvel exemple de violences policières contre la communauté noire. 

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Un impact sur l'opinion publique

Ces voix retentissent bien au-delà du milieu sportif. Mais quel impact ont-elles réellement ? Ces sportifs peuvent-ils devenir des leaders d’opinion ? Cette question est difficile à jauger d’après les spécialistes. "Il y a deux choses à souligner", explique François Durpaire, historien spécialiste des Etats-Unis. "D’un coté, on pourrait penser que leur parole n’aura pas d’effet car ils vont convaincre une population qui est déjà convaincue par leur cause. Mais d’un autre côté, on sait que le sport est très fédérateur aux Etats-Unis. Le football américain, le baseball ou la NBA sont très populaires. On peut donc penser que des amateurs de ces sports, qui ont l’habitude de suivre ces sportifs par amour de la discipline, peuvent réfléchir à ces questions alors qu’ils ne sont pas engagés politiquement. C’est ce qu'il s’est passé avec Mohamed Ali notamment, qui est d'ailleurs peut-être le père de l'engagement politique. Des fans de boxe l’ont écouté quand il prenait position car ils aimaient ce sport et respectaient le sportif."

"Les prises de position donnent une sorte de légitimité aux événements"

Une idée également défendue par Nicole Bacharan, historienne et politologue, spécialiste de la politique et de la société américaine : "L’engagement public de ces sportifs a un impact sur l’opinion, il n’y a pas de doute. Ce sont des personnalités très populaires, et bien au-delà de la communauté noire, qui sont admirées par plusieurs générations. Ainsi, oui, leur parole porte, d'autant plus quand ils disent ‘ca aurait pu être moi’". Si leur prise de position "contribue à la révolte morale", les répercussions de celle-ci pourraient bien être limitées à cela. A une nuance près. "Les prises de position donnent une sorte de légitimité aux événements. Quand vous avez une révolte de type raciale aux Etats-Unis, il y a une entreprise de dépolitisation qui consiste à dire qu’il s’agit simplement de délinquance, d’émeutes, de pillages ou de sauvagerie. Alors que si vous avez des gens qui s'engagent, des sportifs connus de tous, leurs prises de position redonnent un sens politique car eux tiennent un discours politique", affirme l'historien François Durpaire.

"Ce qui apporterait plus de poids à cette démarche, c’est que ce mouvement ne se limite pas aux sportifs de couleurs"

Toutefois, estime Yannick Mireur, politologue et spécialiste des Etats-Unis, "ce qui apporterait plus de poids à cette démarche, c’est que ce mouvement soit plus large, et qu’il ne se limite pas aux sportifs de couleurs". Car en effet, parmi les athlètes qui se sont exprimés, la grande majorité sont des sportifs noirs. "Ce n'est pas étonnant qu'ils se mobilisent car ils viennent du même milieu socio-culturel ou ont les mêmes origines ethniques. Ces sportifs se mobilisent parce qu'ils sont touchés par cette cause, surtout aux Etats-Unis où les cas de bavures policières sont très importantes sur la communauté noire", analyse Stanislas Frenkiel, historien du sport à l'université du sport d'Artois. "Les sportifs noirs n'ont pas toujours été admis et ceux qui sont un peu cultivés savent bien qu'il y a quelques décennies, ils n'auraient pas été des champions comme ils le sont devenus aujourd’hui. Par leur engagement, il y a à la fois le sens de l'histoire des Noirs et la révolte individuelle contre l’injustice", précise encore Nicole Bacharan

L'engagement, tradition américaine

Leur engagement n’est pas nouveau. A la différence de la France, la prise de position des sportifs sur des événements anti-raciaux ou sociaux est davantage ancrée dans l’histoire. "Traditionnellement, aux Etats-Unis, les sportifs Afro-américains sont extrêmement engagés pour la plupart dans ce combat, contrairement à ce qui peut se passer en France et plus généralement en Europe, où l'engagement est beaucoup plus limité sur le plan historique. En France, la tradition est davantage celle du non-engagement politique", explique François Durpaire.

Une prise de distance d’autant plus vraie pendant la carrière des athlètes, soit tout le contraire des Américains. "Le sportif est écouté et sa parole a du poids quand il est au sommet de sa carrière sportive. Quand il est sur le terrain, l'engagement est plus puissant car il y a un risque sur sa carrière. Une fois en retraite, la valeur de sa parole n’est pas la même car il peut être moins populaire, et il ne risque plus grand-chose", conclut François Durpaire. 

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