John McEnroe
L'Américaine John McEnroe, au tournoi des Légendes | AFP - JACQUES DEMARTHON

McEnroe: tour d'horizon des demi-finalistes

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Jamais vainqueur à Roland-Garros, John McEnroe, présent à Paris pour participer au tournoi des Légendes, évoque les quatre demi-finalistes du tableau masculin. Admiratif de Novak Djokovic qui peut réaliser un Grand Chelem sur deux saisons, il juge que "battre (Rafael Nadal) va être sacrément difficile".

- On a vu Novak Djokovic sauver beaucoup de balles de match, ici ou à l'US Open. Quelle était votre approche dans les grands matches ?
John McEnroe:
"Je ne faisais pas les choses aussi bien que lui. Quand on a une balle de match contre soi, c'est plutôt déprimant, pour dire les choses gentiment. Être en mesure de jouer comme il l'a fait, de jouer des balles aussi fortes, dans le match contre Tsonga… C'était le match où Tsonga a le mieux joué. Quand il est arrivé à ce point, il a touché la ligne deux fois sur cette balle de match. Puis, il a fait une volée, ce qui est assez extraordinaire quand on considère qu'il ne monte pas très souvent au filet. Le passing-shot n'était pas mauvais du tout. C'était un très bon passing-shot de la part de Tsonga. A l'US Open, le coup droit contre Federer… Il était exaspéré. La foule était derrière Roger. Il a sorti ce coup comme si c'était : c'est cela ou rien. Il était sur la défensive. On peut dire la même chose sur les premières des balles de match ici.
Quand vous réussissez à sortir des points comme cela, que vous réussissez à jouer des matches comme cela, vous réussissez à inscrire votre nom dans l'histoire. On parlera de lui comme de l'un des plus grands joueurs à avoir existé. Je respecte les capacités d'un type comme Novak qui réussit à trouver un moyen de s'en sortir, à trouver les moyens de sortir des coups comme celui-là. Évidemment, je suis très triste pour Jo. Il a mis sa serviette sur sa tête. Cela m'a rappelé ce qui m'est arrivé en certaines occasions. La vie est belle, ma vie est belle, mais il y a des moments que l'on ne réussit pas à oublier. Il ne réussira pas à l'oublier, j'en suis sûr."

Djokovic et Federer condamnés à mieux jouer

- Que pouvez-vous dire du match entre Federer et Djokovic ?
J.McE:
"Ces deux joueurs ont énormément de confiance. Les deux n'ont pas encore réussi à déployer tout leur jeu. Il est difficile de dire ce qui va se produire. Il se peut que l'un d'entre eux réussisse à sortir son meilleur tennis. Évidemment, tout le monde les attend sur ce match. Si l'un d'entre eux sort son meilleur jeu, il n'y a aucune raison de penser que Roger ne va pas réussir à mieux jouer. Il faut qu'il joue mieux s'il veut gagner. Quant à Novak, je pense qu'il ressent la pression, un peu comme l'année dernière. Il est impossible de ne pas ressentir cette pression parce qu'il est très, très proche de son objectif. Ils ont déjà gagné trois tournois du Grand Chelem tous les deux et essayé de gagner le quatrième. C'est ce que vit Novak actuellement. Il a joué Seppi, il a bataillé contre Jo-Wilfried. Il n'était pas aussi affûté qu'on s'y attendait. Maintenant qu'il est arrivé à ce stade de la compétition, je m'attends à ce qu'il joue mieux. Même s'il a perdu contre Roger ici, l'année dernière, il va falloir que ce soit Roger cette année qui améliore son jeu et qui sorte tout ce qu'il a pour pouvoir gagner. De toute façon, les deux vont devoir jouer mieux s'ils veulent gagner la finale."

- Certaines pensent que Novak Dojokovic n'est pas aussi fort que l'an passé. Qu'en dites-vous ?
J.Mc.E:
"Je ne dirais pas que son niveau a baissé. Il a montré plus de cœur. Il a été puisé plus profondément dans ses ressources cette année que l'année dernière. Il est dur de penser que ce match de 5 heures dans les demi-finales contre Murray, contre Jo-Wilfried… Il a montré énormément de force de caractère. Il est difficile de maintenir un si haut niveau pendant longtemps. Pour moi, d'une certaine manière, il s'est endurci, il est devenu plus dur, plus costaud. C'est impossible de dire qu'il n'est pas aussi bon.
Il n'y a rien de mieux que d'avoir la possibilité de faire quelque chose qui n'a pas été réalisé en 33 ans: gagner quatre Grands Chelems d'affilée. Cela fait qu'il est impossible de jouer à son meilleur niveau parce que la pression elle-même, les attentes, être capable de gérer tout cela, et de livrer son meilleur tennis, c'est pratiquement impossible."

- Les trois derniers sets de Roger Federer contre Juan Martin Del Potro vont-ils lui donner confiance pour cette demi-finale ?
JMcE:
"Je n'ai pas le sentiment qu'il manque de confiance, car il a quand même des résultats qui parlent d'eux-mêmes. Il a fait des quarts de finale, des demi-finales, des finales. Novak et Rafa sont plus difficiles pour lui à battre au meilleur des 5 sets. C'est un type qui a 30 ans. A un moment, j'ai le sentiment que Juan-Martin a arrêté de bouger. Etait-ce son genou ? Tout d'un coup, on a eu le sentiment qu'il n'était plus dans le match, ni mentalement ni physiquement. Cela a complètement inversé le match, immédiatement. Maintenant, pour demain, il sait qu'il va falloir qu'il se batte. Nous le savons tous. Il n'a toujours pas sorti son meilleur tennis, ni à l'entraînement ni dans les matches précédents. C'est la parfaite occasion pour lui de le sortir. Il va certainement être beaucoup plus affûté."

"Décourageant de jouer Nadal sur cette surface"

- Que trouvez-vous de plus extraordinaire chez Nadal ?
JMcE:
"Oh, mon Dieu ! Je l'ai vu des milliers de fois. Je regarde ce joueur et, quand je le vois, je n'arrive même pas à pouvoir choisir une chose. Il a amélioré son jeu, son service, il monte à la volée, il a également une capacité de défense extraordinaire. Il court sur toutes les balles. Il réussit à glisser sur la balle, à trouver un moyen de la jouer. Il sort des coups qui ont l'air d'être impossibles, en tout cas pour moi, quand je jouais. C'étaient des balles qu'on n'aurait jamais jouées. Il ne prend jamais rien pour acquis. Ce sont des choses qu'on ne voyait pas il y a 10 ans. Ce sont des choses dont on n'aurait jamais parlé, auxquelles on n'aurait jamais rêvé. Cela doit être décourageant de jouer Nadal sur cette surface.
Quand Borg jouait, à mon époque, il était plus en forme, plus affûté que tout le monde. C'était comme David Ferrer, on avait des crampes contre Borg. C'est la même chose quand on joue contre Nadal. On se rend compte combien Soderling jouait bien. Ce n'est dommage qu'il ne soit pas là, cette année. C'est comme Panetta, qui a réussi à battre Borg. Battre ce type va être sacrément difficile."

- Que pensez-vous de ce match entre David Ferrer et Rafael Nadal? Ferrer disait que, même à Barcelone, il n'avait pas pu gagner un seul set. Faut-il qu'il aille au-delà de ses limites ?
JMcE: "Oui, c'est une bonne question. J'ai vu David Ferrer une fois, il a réussi à fatiguer Nadal qui donnait l'impression d'être physiquement épuisé. Si j'étais lui, je ne changerais rien à mon jeu, demain, tout en sachant que cela ne fonctionnera peut-être pas. Réfléchissez à ce qu'il a fait, c'est un poids moyen qui joue contre un poids lourd. Je respecte et j'admire énormément David Ferrer. C'est un grand compétiteur, un des rares types que j'aie jamais vu qui soit meilleur à 30 ans qu'il ne l'était à 25. C'est incroyable ! Je n'arrive pas à croire aux progrès qu'il a faits.
Maintenant, le fait qu'il ait bousculé Murray comme il l'a fait, après avoir perdu un set… Quand vous regardez comment le type bouge sur la ligne de fond… Il est tout le temps en train de se déplacer et trouver la meilleure position sur le court. Il va falloir qu'ils trouvent une stratégie. Si les deux jouent leur meilleur tennis, on sait très bien ce qu'il va se passer."

- Si Djokovic gagne deux matches ici, comment le qualifieriez-vous ?
JMcE:
"Pour moi, c'est déjà un exploit extraordinaire. C'est très, très dur. Maintenant, c'est vrai que l'entraînement et la diététique sont beaucoup plus rigoureux qu'à mon époque. Du coup, les joueurs ont beaucoup amélioré leur jeu. Cela étant, il est de plus en plus difficile de remporter ces parties à ce niveau de tournoi au meilleur des 5 sets, même s'ils sont en parfaite forme physique et mentale parce que ce sont des athlètes qui sont en bien meilleure forme que tous les athlètes que j'ai jamais vus. Des gars comme Laver étaient en super forme à mon époque, bien entendu. Aujourd'hui, si ce type est capable de gagner quatre Grand Chelem d'affilée, je trouve cela génial. Même si ce n'est pas un Grand Chelem officiellement, cela donne un statut. Si j’avais eu ces quatre titres d'affilée, j'en serai extrêmement fière et je les afficherais dans ma maison pour le restant de ma vie. Alors, oui, ce n'est pas sur une année calendaire, mais moi, cela me suffirait !"