"Si on continue de montrer du doigt les sports de combat, ça posera problème", l'incompréhension du président de la Fédération de lutte

Publié le , modifié le

Auteur·e : Jules Boscherini
Alain Bertholom
Alain Bertholom, président de la FFLDA | JACQUES DEMARTHON / AFP

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Si le gouvernement a autorisé la reprise pour les professionnels, la pratique des sports de combat demeure interdite. Pour le président de la Fédération française de lutte, Alain Bertholom, également président de la confédération des arts martiaux et des sports de combat, cette annonce est incompréhensible. "Quelles différences y a-t-il entre une défense en zone, une mêlée au rugby avec un match de lutte ou un match de judo ?", interroge-t-il. Pour France tv sport, il ne cache pas sa frustration face à cette situation.

Comment avez-vous réagi aux nouvelles annonces gouvernementales permettant aux sportifs de haut niveau de reprendre totalement la pratique de leur sport ?
Alain Bertholom
: "Pour les sportifs de haut niveau, c’est plutôt une bonne chose puisqu’à l’étranger, beaucoup de pays permettaient aux lutteurs de s’entraîner normalement. On avait vraiment un sentiment de déséquilibre par rapport à ce qu’il se faisait à l’étranger. Ça commence à rentrer dans l’ordre et c’est bien."

"On avait proposé au Ministère une reprise progressive. On n'a pas eu de réponse"

Il n’en est rien pour au niveau amateur pour les sports de combat et de contacts… La lutte en fait partie, comment avez-vous vécu cette annonce ?
AB 
: "On a été surpris, c’est du domaine de l’incompréhension… On avait proposé au Ministère une reprise progressive étalée sur 3 semaines, on n'a pas eu de réponse à ces propositions donc on nous dit qu’on ne peut pas reprendre, mais sans explication ! On ne sait donc pas pourquoi les clubs ne sont pas autorisés à reprendre leurs activités…"

Comprenez-vous que la situation sanitaire et la particularité de votre sport obligent les autorités à prendre des mesures exceptionnelles ?
AB
 : "Justement, quelles différences y a-t-il entre une défense en zone, une mêlée au rugby avec un match de lutte ou un match de judo ? On reste dans l’incompréhension car nous avions demandé une équité de traitement au niveau de tous les sports."

"Un combattant a forcément envie de combattre !"

Tout cela va-t-il avoir un impact financier sur votre Fédération ?
AB 
: "Tout dépendra de la date de reprise. Si au mois de septembre, lors de la rentrée, nous pouvons reprendre une activité normale, ça devrait pouvoir aller, mais si on continue de montrer du doigt les sports de combat, ça risque de poser de sérieux problèmes. Il est encore difficile de se prononcer quant au montant d’éventuelles pertes… C’est d’ailleurs pour cela que nous avions proposé cette reprise progressive. Notre but était de rassurer nos licenciés, les parents des plus jeunes et arriver au mois de septembre à une pratique tout à fait normale."

Comment allez-vous vous adapter en attendant le feu vert ?
AB 
: "Jusqu’à la prochaine phase de déconfinement, qui est le 11 juillet, nous allons continuer une pratique alternative avec les clubs qui le souhaitent. Il y a quand même des clubs qui proposent de l’entretien physique en plein air et qui vivent avec. Pour nous l’idéal aurait été de pouvoir remonter sur un tapis, commencer à refaire de la lutte au moins debout, que de la projection, pas de lutte au sol. C’est ce que l’on avait proposé mais nous n'avons pas été entendus."

Justement, vous annoncez vouloir continuer de dynamiser les activités alternatives, quelles sont-elles et comment mettez-vous en place ses activités tout en respectant les consignes de sécurité ?
AB 
: "On a une préparation qui s’appelle « wrestling training » et qui est adapté à la lutte. Elle se présente sous forme de fitness et les clubs ont l’habitude de la pratiquer à longueur d’années. Ça se passe bien et ils arrivent à l’adapter à la pratique en extérieur donc il n’y a pas trop de problème… Après il y a toujours de l’entraînement physique, de la musculation… Mais un combattant, qu’il soit judoka, lutteur ou boxeur, à un moment donné, il a forcément envie de combattre !"

"Nous avons sollicité un rendez-vous avec le Premier ministre"

Avez-vous eu des retours du ministère des Sports ? Un espoir pour la prochaine annonce ?
AB 
: "Rien du tout ! Aucune nouvelle du cabinet de la Ministre ! Et ça ne concerne pas que la lutte, c’est un problème qui enveloppe dans sa globalité les sports de combat… Nous nous sommes mobilisés au niveau de la confédération des arts martiaux et des sports de combat, ce qui représente quand même près d’1,5 million de licenciés et même réunis, nous n’avons pas d’explication, c’est bien ça le problème ! Pour ne rien vous cacher, nous avons sollicité un rendez-vous avec le Premier ministre, j’espère que le retour sera positif. Si ça n’a pas lieu, on serait forcément déçu et notre incompréhension n’en serait que plus grande."

Vous avez des échéances sportives, comme le Beach Wrestling, comment allez-vous vous organiser si le 11 juillet le gouvernement estime qu’il n’est pas possible de reprendre de manière totale ?
AB
: "Normalement, notre tournée de beach devrait démarrer le 23 juillet en Nouvelle-Aquitaine. On espère pouvoir la maintenir puisque c’est essentiellement de la lutte debout et sur projection donc on minimise les risques. Puis nous sommes tout à fait capable de respecter les gestes barrières, il n’y a aucun problème à ce niveau là… J’espère juste que l’on pourra reprendre après le 11 juillet et qu’on ne sera pas obligé d’annuler cette tournée ce qui serait embêtant pour nous."

Jules Boscherini @julesboscherini

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