Tony Parker

L'héritage

Dans le couloir des San Antonio Spurs, ils ont une citation à propos d’un tailleur de pierres qui taille sa pierre et qui sait que ce n’est pas le 100e coup qui l’a cassée, mais les 99 précédents.”, se souvient Livio Jean-CharlesLivio Jean-Charles

Drafté par les Spurs en 2013
Joueur de l’ASVEL.
, actuel joueur de l’ASVEL et sélectionné par la franchise du Texas en 2013. Construire un édifice majestueux, pierre après pierre, c’est ce qu’a réussi Tony Parker depuis ses débuts, en 1999. D’une première pierre, rugueuse et brute, à un monument immense, abouti, conclu vingt ans plus tard, le 17 mars 2019 face au Miami Heat.

Tony Parker (9 Septembre 2001)

C’est l’histoire d’un gamin doué, héritier d’un patronyme de basketteur et d’une mère qui a beaucoup sacrifié pour ses trois fils. C’est surtout l’histoire du plus grand basketteur français de tous les temps, des paniers de l’INSEP à ceux des San Antonio Spurs. Celle d’un pionnier d’un monde obscur en France à ses débuts et acteur majeur de la mondialisation du basket. L’héritage de Tony Parker est si grand qu’il irrigue toutes les rainures de la balle orange, aux Etats-Unis, en Europe et en France. Est-il quantifiable, est-il qualifiable ? Anciens coéquipiers, coachs, proches ou encore ceux qu’il dirige aujourd’hui : ils racontent l’héritage, aussi immense que son talent, que Tony Parker laisse au basket.

Le conquérant

Parker & la NBA

Pour le grand public, les patronymes balkaniques de Drazen PetrovicDrazen Petrovic

Ancien joueur NBA
(1989-1993)
, Vlade DivacVlade Divac

Ancien joueur NBA
(1989-2005)
ou Toni KukocToni Kukoc

Ancien joueur NBA
(1993-2006)
n’évoquent au mieux que de talentueux joueurs européens d’une époque révolue. Ils figurent pourtant parmi les premiers Européens à avoir franchi l’Atlantique, attirés par les lumières d’une ligue fantasque et riche, et dont le talent naturel les aurait fatalement menés à jouer en NBA. Ceux de Tariq Abdul-WahadTariq Abdul-Wahad

Premier Français drafté en NBA en 1997
et Jérôme MoïsoJérôme Moïso

Deuxième Français drafté en NBA, en 2000
sont plus connus en France, mais ils se sont vite évaporés dans la fourmilière de noms qui ont gravité autour du monde de la NBA. Les deux précités sont les premiers joueurs Français à avoir joué en NBA : Abdul-Wahad a été drafté en 1997, Moïso en 2000. Mais, au contraire de Tony Parker, ils ont fait leur cursus universitaire outre-Atlantique avant de faire le grand saut.

Tariq Abdul-Wahad
Drafté par les Sacramento Kings, Abdul-Wahad a joué huit ans en NBA, y finissant sa carrière aux Dallas Mavericks. (© David Leah)
Jérôme Moïso
Arrivé en NBA en 2000, Jérôme Moïso a passé sept saisons en NBA avant de continuer sa carrière en Europe. (© Paul Buck)

Avant le grand saut

Avant le passage au troisième millénaire, la NBA n’était encore qu’une ligue presque imaginaire en Europe, idéalisée par les brèves retransmissions TV qui parsemaient les programmes de la nuit. Fantasmée, la grande ligue ne laissait que quelques étrangers s’y insérer, pour la plupart du temps dans un rôle mineur tant la culture et les mentalités créaient une barrière étanche entre eux et la NBA.

Pau Gasol & Dirk Nowitzki
Dirk Nowitzki (à droite) en extension face à Pau Gasol lors des demi-finales de conférence 2011 entre les Mavericks et les Lakers. (© Harry How)

Cette barrière a aujourd’hui volé en éclats. Les Européens affluent en NBA, et la NBA chérit de plus en plus l’Europe. Ses futures stars, auparavant boudées par les recruteurs, sont désormais estimées et scrutées autant que leurs homologues américaines. Grâce à Tony Parker, mais aussi Pau Gasol ou Dirk Nowitzki, le Vieux Continent est devenu crédible. “Avant 1995, il ne serait jamais venu à l’idée de venir voir en Europe. Depuis vingt ans, les scouts sont tout le temps là.”, se félicite Vincent Collet, son coach en équipe de France pendant sept ans. S’ouvrir au monde pour ne pas rater le prochain Tony Parker, voilà ce que recherchent les franchises NBA, dévoile Jérémy MedjanaJérémy Medjana

Agent de joueurs
, agent de nombreux joueurs français en NBA. “Ça correspond aussi au début de la globalisation de la NBA. Les clubs se sont organisés, ils ont recrutés pour scouter en Europe.

Si cet état de fait est réel en 2019, il a mis du temps à s’installer. Il a fallu que des explorateurs débroussaillent le mystérieux monde de la NBA pour la rendre mondialisée. Remontons en 1997. Quand il intègre l’INSEP (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance), Tony n’a que 15 ans. Le centre fédéral (nom du pôle basket) prépare les carrières des meilleurs espoirs tricolores. L’ambition, déjà à l’époque, est d’aller en NBA. La détermination, elle, transpire de tout son être. Celle qui l’a toujours animé et lui a permis de parvenir aussi haut. Tony passe deux ans au centre fédéral en compagnie de deux joueurs qui deviendront ses frères d’armes : Boris DiawBoris Diaw

Ancien joueur NBA
Ami proche de Parker
et Ronny TuriafRonny Turiaf

Ancien joueur NBA
(2005-2015)
.

En 1999, à 17 ans, il quitte l’INSEP pour s’engager au Paris Basket Racing. La première année est rude : l’ombre de Laurent SciarraLaurent Sciarra

Ancien joueur de Pro A
International français
, alors au sommet de son art, est imposante. Dans son livre Tony Parker, une vie de basketteur, Armel Le Bescon raconte une scène saisissante. “Lors des entraînements, les oppositions systématiques entre Sciarra et Parker sont parfois épiques : le meneur titulaire et son remplaçant se livrent toujours un vrai combat. Franck Le Goff, alors adjoint du coach Didier Dobbels, se souvient d’une séance particulièrement tendue. Sciarra, empêtré dans un face-à-face avec Parker, finit par perdre son sang-froid. Cyril Julian, du haut de ses 2.08 m, intervient comme le lui avait demandé le manager général Charles Biétry en début de saison : “Tu fais ça avec qui tu veux, mais lui tu ne le touches pas. T’as compris ?” Plus jamais Sciarra n’osera s’en prendre à TP”.

La deuxième année s’amorce comme le tremplin définitif vers la NBA. Nous sommes en 2000, Laurent Sciarra quitte le PBR pour Villeurbanne et Ron StewartRon Stewart

Entraîneur du Paris Basket
en 2000-2001
débarque pour coacher le club de la capitale. Un changement qui va propulser Parker à un autre niveau, et le conduire à être draftéDraft

Sélection annuelle des espoirs éligibles à la NBA
en fin d’année. Stewart le nomme titulaire, persuadé qu’il tient là un prodige qui ne demande qu’à éclore. “Les gens le voyaient comme un jeune avec du talent, mais qui n’était peut-être pas prêt à prendre l’équipe. J’ai eu des remarques comme quoi ce n’était pas très lucide de mettre un jeune pour mener l’équipe de Paris. Pour moi, ce n’était pas un gros risque. Ce gamin était capable d’élever son niveau de jeu, c’est une qualité qu’on ne peut pas apprendre”, raconte son ancien coach. Au cours d’une saison prolifique pour le meneur, les scoutsScout

Recruteur pour les franchises NBA
se pressent pour voir évoluer ce meneur explosif qui commence à intriguer la grande ligue.

Les scouts me demandaient comment il était au quotidien. Si la franchise veut investir sur quelqu’un, elle veut savoir comment la personne se comporte. lls sont venus le voir à Paris, j’ai beaucoup parlé avec le coach actuel de Milwaukee, Mike BudenholzerMike Budenholzer

Entraîneur-adjoint aux San Antonio Spurs
(1996-2013)
, alors entraîneur-adjoint aux San Antonio Spurs. Après l’entraînement, je lui ai dit : ‘
Ce n’est pas seulement un bon joueur, il a un coeur, il est dur. Il est incroyable.

Tony Parker (16 Octobre 2001)

Inquiets de la maturité de Parker, alors seulement âgé de 19 ans, les scouts et franchises NBA hésitent. “C’est un peu la naïveté américaine. Un peu moins maintenant, mais les États-Unis, pour les Américains, c’est le monde. Ils pensent avoir tout ce qu’il faut chez eux, ils ne peuvent pas croire qu’un joueur est meilleur ailleurs.”, explique Ron Stewart qui lui, n’hésite pas. “On avait un projet tous les deux pour qu’il aille en NBA en trois ans, pas dans un an. A la fin de la saison, il m’a demandé s’il était prêt, je lui ai dit que oui.” L’aventure est lancée.

Un pionnier à l’assaut de la NBA

Drafté en 28e position de la draft 2001 par les San Antonio Spurs, Tony a pourtant cru voir son rêve américain lui filer entre les doigts. Il rate dans les grandes largeurs son premier workoutWorkout

Entraînement-test avant la draft.
à San Antonio, sous les yeux du coach Gregg PopovichGregg Popovich

Entraîneur des San Antonio Spurs
(1996-)
et du General ManagerGeneral Manager

Chargé des transactions et des affaires courantes d’une franchise NBA
de l’époque, R.C BufordR.C Buford

Manager Général des San Antonio Spurs
(2002-2019)
. Anéanti, il est persuadé d’avoir raté sa chance. “Ça a été un désastre. Je me suis totalement vautré. Quand ça s’est terminé, j’étais sûr que mes rêves de NBA l’étaient aussi. J’ai joué le pire basket de ma vie au pire moment. Ils avaient amené ce gars nommé Lance BlanksLance Blanks

Ancien joueur NBA
(1990-1993)
, un ancien joueur NBA, pour mener mon workout, et il m’a dominé. Il m’a fait passer pour… eh bien, pour l’adolescent que j’étais
”, raconte Tony Parker dans une longue lettre au site The Player’s Tribune. Mais Popovich décide de lui offrir une deuxième opportunité. Parker ne va pas la rater. “Je n’aurais sans doute jamais été dans la ligue si Pop’ n’avait pas décidé de me laisser une seconde chance. Il m’a invité pour un nouveau workout, et j’ai fait en sorte de ne pas le rater. J’ai bien mieux joué face à Lance. Il a encore bien joué mais je l’ai contenu”, conclut-il. De quoi convaincre Popovich et les Spurs de le sélectionner en fin de premier tour.

Tony Parker (15 Mai 2003)
Tony Parker (25 Mai 2003)

Remplaçant d’Antonio DanielsAntonio Daniels

Ancien joueur NBA
(1997-2011)
, Parker s’emparera de la place de titulaire au bout de cinq petits matches pour ne presque plus jamais la quitter pendant dix-sept ans. Un titre, deux titres, trois titres, quatre titres NBA (2003, 2005, 2007, 2014). Plus que n’importe quel autre Français dans l’histoire. De très loin. Un titre de MVP des FinalesMVP des Finales

Meilleur joueur des Finales
en 2007, le premier Européen à le conquérir. Un accomplissement très rare, même pour des stars américaines. Dix-huit années jalonnées de récompenses qui lui ont permis d’ouvrir la voie aux Français, autant que de marquer l’histoire de Fort Alamo.

“Parfois on se promène, il y a des fresques de lui. Il y a des maillots de Tony en ville à toute heure de la semaine”

Pionnier d’une incursion en NBA pour les Français, Tony Parker est devenu bien plus que ça à San Antonio. Membre historique du trio qu’il formait avec Tim DuncanTim Duncan

Meilleur scoreur de l’histoire des San Antonio Spurs
(1997-2016)
et Manu GinobiliManu Ginobili

Meilleur intercepteur de l’histoire des San Antonio Spurs
(2002-2018)
, le Français est une légende vivante des Éperons. Son maillot retiré le 11 novembre 2019 - un fait encore très rare en NBA - en est sans doute la signification la plus marquante. Parker a marqué le coeur d’une ville, la seule qu’il peut appeler “Home”. Livio Jean-Charles, qui a passé deux ans à ses côtés entre 2016 et 2018, raconte l’engouement autour du meneur. “C’est un niveau au-dessus aux États-Unis. Là-bas, c’est une reconnaissance. Parfois on se promène, on voit des fresques de lui. Il y a des maillots de Tony en ville à toute heure de la semaine. La ville sait qui il est.

Tony Parker (5 Juin 2003)
Tony Parker (18 Juin 2003)

Face au flegme incomparable et à la domination silencieuse de Duncan, au génie créatif et fantasque de Ginobili, Parker a dû se faire une place sous le soleil du désert texan. “De nombreux fans des Spurs n’ont pas accordé autant de respect à Parker qu’au légendaire Tim Duncan ou à l’adulé Ginobili. Mais Parker était aussi important que les deux autres. Si Duncan était le visage et Ginobili le coeur de la franchise, Parker était son cerveau”, explique le journaliste américain Joe Levin au Texas Monthly.

Sa relation avec Gregg Popovich, considéré désormais comme un des plus grands coachs de l’histoire, fut, elle aussi, tumultueuse à ses débuts, avant de s’adoucir jusqu’à créer une union coach-meneur résiliente à tout. “Mes trois ou quatre premières années, c’était vraiment difficile de vivre loin de la France, dans un pays différent et Pop’ voulait que je grandisse vite. Parfois, je vivais des moments difficiles parce que j’avais l’impression qu’il n’était jamais content, qu’il était un coach difficile à satisfaire. Quand j’y repense, je me dis qu’il m’a rendu fort mentalement et maintenant, je peux apprécier ces moments difficiles”, raconte Parker à USA Today. R.C Buford, l’actuel CEOCEO

PDG d’une franchise NBA.
des Spurs, abonde lui aussi dans ce sens. “Je pense que sa relation avec Pop’ montre une grande partie de sa croissance. De nombreuses fois, Tony s’asseyait et menait la discussion. Je pense que le respect qu’il a acquis de la part de tous est évident.

Gregg Popovich & Tony Parker
Au fil des années, Tony Parker et Gregg Popovich (ici lors des Finales NBA 2007 face à Cleveland) ont tissé un lien coach-meneur indéfectible. (© Jeff Haynes)
Manu Ginobili (G), Tony Parker (C) and Tim Duncan (D)
Manu Ginobili, Tony Parker et Tim Duncan sur le banc des Spurs lors des playoffs 2012 face au Utah Jazz. (© George Frey)

Au fur et à mesure de sa réussite outre-Atlantique, Parker fait résonner le mot “NBA” en France et crée des vocations. Son héritage prend alors sa forme embryonnaire à travers sa réussite insolente lors de la deuxième moitié des années 2000. D’autres Français, inspirés par celui qui est parfois ignoré en France et adulé aux Etats-Unis, tentent à leur tour leur chance. Nicolas BatumNicolas Batum

Joueur NBA et directeur des opérations basket à l’ASVEL.
(drafté en 2008) et Rodrigue BeauboisRodrigue Beaubois

Ancien joueur NBA
(2009-2013)
(drafté en 2009) sont de ceux-là.

“Quand tu trouves un filon, tu vas voir à la source si tu n’en trouves pas d’autres.”

Les équipes NBA ont vu qu’il y avait du talent en France. Ça a attisé la curiosité, ça a ouvert les portes pour beaucoup, ça a accru l’intérêt pour les joueurs français. Ils ont cherché le futur joueur français qui allait s’imposer”, raconte Rodrigue Beaubois, champion en 2011 avec les Dallas Mavericks et deuxième meilleur scoreur français de l’histoire sur un match NBA (40 points). Dans l’émission “First Team, Nicolas Batum, signataire en 2016 du plus gros contrat de l’histoire pour un joueur tricolore (120 millions de dollars sur cinq ans) sait ce que les Français doivent au pionnier Parker, mais aussi à d’autres. “Tony a crédibilisé la formation française. Boris (Diaw)Boris Diaw

Ancien joueur NBA
Ami proche de Parker.
, Ronny TuriafRonny Turiaf

Ancien joueur NBA
(2005-2015)
et Mickaël (Pietrus)Mickaël Pietrus

Ancien joueur NBA
(2003-2013)
derrière lui, également. Pendant toute la décennie 2000, avec ces quatre-là, on était crédible. Ronny a fait une finale NBA en 2008 (avec les Los Angeles Lakers), Mike était titulaire, Boris était MIPMIP

Most Improved Player,
joueur ayant le plus progressé sur une saison.
(Most Improved Player, meilleure progression) dans la meilleure équipe de saison régulière pendant un moment, “TP” c’est “TP”. Je ressentais cette “hype” autour de la ‘French Touch’. La période entre 2006 et 2008, je fais l’Euro U18 où on est champions, je suis MVP du tournoi, j’arrive en Euroligue. Et là, tu te rends compte que, comme TP et ces mecs-là taffent, tu avais dix scouts par match. Trois ans auparavant, ça n’existait pas.

Tony Parker, Boris Diaw et Ronny Turiaf
Boris Diaw (à gauche), Tony Parker et Ronny Turiaf (à droite) en pleine discussion avant le match 2 des demi-finales de conférence 2007 entre les Spurs et les Lakers. (© Lisa Blumenfeld)

Livio Jean-Charles, drafté quelques années plus tard en 2013 - lui aussi par les Spurs - confirme la concrétisation la plus physique de l’empreinte de Parker : ouvrir la voie aux jeunes, donner confiance aux franchises, rassurer les recruteurs et faciliter l’accès à une ligue longtemps réservée aux Anglo-Saxons. “Ils se sont dit : ‘Il y a des choses en France.’ Quand tu trouves un filon, tu vas voir à la source. Tu trouves une pépite, tu vas en chercher d’autres. Ils sont venus, ils constatent, et ça porte les fruits. Quand on regarde les dernières années, le nombre de Français draftés… Quand on compare avant et après, entre Evan (Fournier)Evan Fournier

Joueur NBA
(2012-)
, Elie (Okobo)Elie Okobo

Joueur NBA
(2018-)
, Gobert, Batum… Il y a énormément de Français qui sont arrivés après. Ça a ouvert la brèche.
”, explique l’actuel joueur de l’ASVEL, en Jeep Elite.

Tony Parker, Boris Diaw et Ronny Turiaf

Une porte désormais ouverte aux Français

Avec Parker, la France trouve un représentant pour faire respecter la formation française. Désormais, les prospectsProspect

Jeune à fort potentiel mais encore bru
sont repérés plus jeunes et plus vite en France, mais aussi en Europe. Richard BillantRichard Billant

Entraîneur et ancien directeur du Centre Fédéral
, entraîneur fédéral dans la décennie 2000 puis directeur du pôle basket, se rappelle de l’afflux massif de recruteurs à l’INSEP, à l’affût du nouveau Parker. “Quand j’étais entraîneur puis directeur, nous avons eu énormément de demandes, il a fallu qu’on réglemente tout ça, parce que sinon nous aurions été assiégés de scouts. Pour Boris Diaw, des gars de Gonzaga (une université du Washington) étaient venus, des scouts… Ça s’est enchaîné. Ils ont commencé à nous prendre au sérieux, c’est l’effet Tony Parker. On peut vraiment le remercier parce qu’il a légitimé le travail de formation des entraîneurs, dans les centres de formation ou au centre fédéral. Il nous a valu d’être reconnus.

Avec Dirk NowitzkiDirk Nowitzki

Meilleur scoreur de l’histoire des Dallas Mavericks
(1998-2019)
(Allemagne), Pau GasolPau Gasol

Joueur NBA
(2001-)
(Espagne) et Andrei KirilenkoAndrei Kirilenko

Ancien joueur NBA
(2001-2015)
(Russie), Parker forme la quatrième force de frappe européenne en NBA à la fin des années 2000. Beaubois, qui a côtoyé Nowitzki dans les étoiles d’un titre NBA 2011, est admiratif. “Ils ont adapté leur jeu. Ils ont imposé qui ils étaient. Réussir à s’imposer dans une ligue aussi compétitive, aussi forte, aussi athlétique, d’un jeu complètement différent de celui de l’Europe, c’est très fort. Ce sont deux légendes.

Luka Doncic
Phénomène en Europe, le Slovène Luka Doncic a été élu Rookie de l'année lors de la saison 2018-2019. (© Gregory Shamus)
Giannis Antetokounmpo
Drafté en en 15e position en 2013, le Grec Giannis Antetokounmpo a été élu MVP de la saison 2018-2019. (© Gregory Shamus)

Désormais, les prodiges européens affluent lors de la cérémonie annuelle de la draft, en juin. Sélectionnés de plus en plus haut, ils sont de plus en plus nombreux à y réussir. Le Grec Giannis AntetokounmpoGiannis
Antetokounmpo


Joueur NBA
(2013-)
(MVPMVP

Meilleur joueur de la saison
de la saison 2018-2019) et le Slovène Luka DoncicLuka Doncic

Joueur NBA (2018-)
(ROYROY

Rookie of the Year,
meilleur débutant de la saison.
2018-2019) en sont les meilleurs exemples. Si les Européens gagnent plus vite la confiance des franchises NBA, c’est d’abord parce que les paris Parker ou Nowitzki se sont révélés gagnants à l’aube des années 2000, poussant les franchises à fouiller l’Europe de fond en comble pour dénicher leurs successeurs. Avec la recrudescence des outils d’analyse (data, rapports de scouting, analyse vidéo), il est désormais plus facile d'identifier les prodiges de demain sur le Vieux Continent, comme l’explique un consultant en scouting pour une franchise NBA. ”Maintenant, les franchises investissent beaucoup plus sur le scouting international. Avant, elles avaient un scout en Europe et on ne s’en occupait pas vraiment. Désormais, elles essayent toutes d’en avoir deux. Les dirigeants, notamment les General Managers, passent beaucoup de temps en Europe, ils s’y intéressent de plus en plus.

“Il a toujours dit qu’il voulait aller en NBA. Maintenant, les jeunes joueurs n’ont plus peur de dire la même chose”

En France, le constat est semblable. La recrudescence des scouts depuis la deuxième moitié des années 2000 a permis de repérer un joueur comme Rudy GobertRudy Gobert

Joueur NBA
(2013-)
, fin et brut à son arrivée en NBA en 2013 et désormais double meilleur défenseur de l’année en titre. “Maintenant, les scouts n’ont plus peur des joueurs français. Parker, Diaw, Batum : ils leur ont donné confiance, continue le consultant en scouting. Le regard des scouts américains change sur les Européens. Il y a encore du progrès à faire, notamment chez les scouts plus âgés, mais les plus jeunes voient quasiment les prospects européens sur un pied d’égalité avec les Américains, et Tony et sa génération ont beaucoup aidé.

Rudy Gobert

Nicolas MathieuNicolas Mathieu

Recruteur pour l’ASVEL
, un autre scout français désormais à l’Asvel, insiste sur un autre point : la réussite de Tony a fait prendre conscience aux jeunes Français que jouer, mais surtout réussir en NBA n’avait plus rien d’impossible. “Il a changé la perspective que les joueurs français pouvaient avoir : c’est devenu possible grâce à lui.” Evan Fournier et Rudy GobertRudy Gobert

Joueur NBA
(2013-)
ne cessent de le confirmer. “Il a fait sauter des barrières qui existaient dans le sport, dans le basket et surtout en NBA, qui était une ligue très américaine.”, explique Gobert. Le scout NBA abonde dans ce sens : “Il a toujours été très vocal sur ses ambitions, sur sa mentalité de gagnant, de tueur sur le terrain. Il a toujours dit qu’il voulait aller en NBA. Maintenant, les jeunes joueurs n’ont plus peur de dire la même chose. Leur but, c’est d’aller en NBA. Ça vient de Tony, il a eu un gros impact sur les jeunes.

Lors de la prochaine draft, trois Français de 18 ans sont annoncés très haut : Killian HayesKillian Hayes

Formé à Cholet, actuel joueur à Ulm (Allemagne)
, Théo MalédonThéo Malédon

Joueur de l’ASVEL
et Malcolm CazalonMalcolm Cazalon

Joueur de Louvain (Belgique)
. Si Malédon est le seul vrai meneur, les trois jouent sur les postes arrières. La comparaison avec Tony est vite arrivée, comme l’explique le consultant en scouting. “Pour Frank NtilikinaFrank Ntilikina

Joueur NBA (2017-)
(drafté en 8e position en 2017), plein de gens m’ont demandé : ‘Est-ce le prochain TP ?’ Pareil avec Théo Malédon. C’est plus en termes d’impact qu’en termes de jeu, car ils sont très différents. Mais Tony, c’est la référence pour les meneurs de jeu français.
” Le pionnier Parker a entraîné une recrudescence de Tricolores en NBA. Son dernier héritage, c’est celui qui flotte sur la jeune génération : l’espoir. Malcolm Cazalon le confirme : “Plus il y a de Français en NBA, plus elle suscite de l’espoir. Avant Tony, très peu de Français avaient pour objectif d’y aller car c’était très compliqué. Maintenant, c’est l’objectif de tous et on fait tout pour y arriver.

Le guide

Parker & l'équipe de France

Nous sommes le 11 septembre 2019. A Dongguan, au sud-est de la Chine, tout proche de Hong Kong, la terre basketballistique tremble : les États-Unis sont tombés dans une compétition internationale. Evan FournierEvan Fournier

Joueur NBA
(2012-)
, Rudy GobertRudy Gobert

Joueur NBA (2013-)
, Nando de ColoNando de Colo

Ancien joueur NBA (2012-2014),
international français
et les autres ont réalisé l’impensable en écartant Team USA de la Coupe du monde aux portes du dernier carré, une première depuis 2002. A plus de 13 000 kilomètres de là, à San Antonio, Tony Parker admire la génération qui a pris le relais de la sienne en équipe de France. Si le meilleur joueur français de l’histoire n’a jamais battu ces Américains en sélection, ce succès est aussi le sien.

Dix-neuf ans plus tôt, à Sydney, les Bleus d’un Laurent SciarraLaurent Sciarra

Ancien joueur de Pro A et international français.
étincelant raflent la médaille d’argent aux Jeux Olympiques. En finale, les Américains sont trop forts (85-75). Qu’à cela ne tienne, RigaudeauAntoine Rigaudeau

Ancien joueur de Pro A et NBA
et consorts offrent à la France une breloque en Australie. La première médaille internationale du basket français depuis 1959 et le bronze à l’Euro. Deux maigres podiums en 41 ans. Entre 2000 et 2019, les nuques tricolores se sont ceintes de six médailles. Des récompenses qui portent toutes, ou presque, le sceau d’un certain Tony Parker.

Tony Parker & Florent Pietrus (22 septembre 2013)
Florent Pietrus (dans les bras d'Ali Traoré) et Tony Parker remercient le public après la défaite face à l'Espagne en finale de l'Euro 2011. (© Antonio Bronic)
Tony Parker & Florent Pietrus (22 septembre 2013)
La joie et le soulagement de Florent Pietrus (à gauche) et de Tony Parker lors de la victoire à l'Eurobasket 2013. (© Antonio Bronic)

Parker et les Bleus, une longue histoire d'apprivoisement

Si personne aux Jeux de Rio 2016 - année de la dernière compétition de Parker en équipe de France - ne se risquerait à mettre en doute le leadership du mythique numéro 9, ce n’était évidemment pas le cas quinze ans plus tôt. En 2001, tout juste drafté, le meneur né en Belgique ne fait pas partie de la première équipe post-JO de Sydney, menée par le sélectionneur d’alors, Alain WeiszAlain Weisz

Sélectionneur de l’équipe de France de 2000 à 2003
. “Il avait souhaité ne pas participer parce qu’il signait aux Spurs et qu’il voulait arriver en forme. Il n’avait pas fait la préparation, sa présence ne se justifiait pas pleinement, même si j’aurais aimé l’avoir, se souvient celui qui a mené la destinée des Bleus entre 2000 et 2003. Nous avons eu des blessés, il est arrivé au pied levé. Il a été discret au départ puis éblouissant dans la phase de classement (18 points contre la Croatie et 17 contre la Russie).” Pourtant, Parker dérange les anciens et son accueil chez les Bleus manque de chaleur.

Deux ans plus tard, c’est auréolé de son premier titre NBA que Tony Parker débarque à l’Euro 2003. Leader d’une équipe de France où Tariq Abdul-WahadTariq Abdul-Wahad

Premier Français drafté en NBA, en 1997
et Jérôme MoïsoJérôme Moïso

Deuxième Français drafté en NBA en 2000
(eux aussi joueurs NBA à l’époque) sont présents, Parker brille de mille feux et est nommé dans le meilleur cinq du tournoi aux côtés de légendes telles que Pau Gasol, Andreï Kirilenko ou Sarunas JasikeviciusSarunas
Jasikevicius


Ancien international lituanien
(1998-2012)
. “J’en avais fait mon capitaine, ce qui a été contesté par les anciens de Sydney, qui étaient sur le reculoir, note Alain Weisz. [...] Laurent Sciarra avait souhaité ne pas participer à cet Euro, peut-être parce que Tony allait prendre le leadership. C’était le moment de passer à autre chose.Vincent ColletVincent Collet

Sélectionneur de l’équipe de France depuis 2009
, assistant de Weisz à l’époque, évoque de son côté une “jalousie cachée” envers Parker.

Alain Weisz
Tony Parker et le sélectionneur Alain Weisz (en arrière-plan) lors de l'Euro 2003. (© Michel Krakowski)

La carrière de Tony Parker en équipe de France n’a pas été un long fleuve tranquille. Si en 2005, les Bleus reviennent de l’Euro en Serbie et au Monténégro avec une médaille de bronze, il a fallu à “TP” et les siens de la patience et six ans pour goûter à nouveau à l’ivresse du podium. “De cette frustration est née une volonté de gagner, de renverser les montagnes”, assure Jean-Pierre SiutatJean-Pierre Siutat

Président de la FFBB depuis 2010
, président de la Fédération française. L’équipe de France balbutie son basket à de nombreuses reprises, Tony Parker est pointé du doigt pour son incapacité à fédérer un groupe. Vu comme franco-américain, le joueur des Spurs pâtit de sa personnalité exubérante, moqué pour sa trop grande confiance en lui, celle qui lui permettra plus tard d’emmener ses coéquipiers avec lui vers les sommets. Parker, dont le grand défaut est alors de briller à l’heure où la France dort, n’est parfois pas assez considéré dans l’Hexagone. Vincent Collet ne dit d’ailleurs pas le contraire : “Il n’avait pas le respect qu’il méritait vu ce qu’il avait accompli en NBA”. Fort oui, mais tout seul. Fort de sa mauvaise expérience avec la génération précédente en 2001, fort aussi de ses déceptions répétées, Parker va s’atteler, à partir de 2009, à changer les moeurs bleues.

Tony Parker (6 septembre 2003)

“Je me souviens de quelques repas où ils nous avaient parlé de leur intégration difficile en équipe de France”

Quand Tony est arrivé, la transition ne s’était pas super bien passée entre les anciens et les jeunes. Eux (Tony Parker et Boris Diaw) ont fait en sorte que ça se passe bien pour les suivants, que les jeunes se sentent à l’aise en arrivant. Je me souviens de quelques repas où ils nous avaient parlé de leur intégration difficile en équipe de France. Le chemin qu’ils ont parcouru, ils n’avaient pas envie de le faire vivre aux autres.Léo WestermannLéo Westermann

Ancien joueur de l’ASVEL
n’a disputé qu’une seule compétition aux côtés de Parker, l’Euro 2015, mais il sait que Diaw et lui ont apaisé une équipe de France parfois capricieuse par le passé. “Ils l’ont fait pendant leur carrière en équipe de France. Ils l’ont fait de manière admirable, avec l’aide de Florent PiétrusFlorent Piétrus

Ancien international français
(2001-2016)
et Mickaël GelabaleMickaël Gelabale

Ancien joueur NBA (2006-2008) et actuel joueur de Chalon-sur-Saône
.

La culture. Voilà l’héritage de Tony Parker et Boris DiawBoris Diaw

Ancien joueur NBA et ami proche de Parker.
en équipe de France. “On a toujours prêté une attention particulière au fait d’avoir une bonne ambiance, que les jeunes s’approprient aussi l’équipe de France. Il faut pérenniser, continuer, il ne peut pas y avoir que des anciens dans une équipe, c’est toujours un mix. Les nouveaux joueurs vont devenir les anciens.

Nicolas Batum, Evan Fournier et  Tony Parker

Entre 2005 et 2016, trois générations vont cohabiter en équipe de France : celle des Parker, Diaw, Piétrus et Gelabale, celle de Batum et De Colo, puis enfin la dernière, de Fournier et Gobert. Jamais pourtant, ou presque, une incompréhension n’est venue glisser un grain de sable dans la mécanique bleue. “Il faut apprendre à gagner ensemble, à être constant et faire de bons résultats chaque année, continuer à progresser et tendre vers le haut. Ça prend plusieurs années, ça passe par les échecs, des moments difficiles mais ça s’est construit petit à petit”, rappelle Diaw.

Le leadership de Tony et de Boris a beaucoup aidé l’équipe à se focaliser sur ce qui est important, ce sur quoi on avait parfois des soucis par le passé. J’ai souvent entendu Boris et Tony dire aux autres que l’état d’esprit, le fait d’être ensemble, de se battre ensemble, était fondamental pour faire une performance”, renchérit Vincent Collet, témoin privilégié puisque sélectionneur des Bleus depuis 2009.

“Je lui avais parlé des westerns. Au début, ce n’est jamais John Wayne la star. Ce sont d’abord les seconds couteaux et quand ça chauffe vraiment, on ne veut plus que lui.”

Lors de la décennie 2010, la plus faste de son histoire pour l’équipe de France, personne n’a plus jamais remis en doute la capacité de Parker à fédérer. Si Boris Diaw est le capitaine officiel de l’équipe, il forme un duo avec TP. Par sa seule présence, ce dernier a convaincu certains - parfois prompts à refuser la sélection - de venir. “Quand les joueurs savent que les meilleurs sont là, ils sont plus enclins à venir, ça fait boule de neige, note Collet. On sentait vraiment que les autres le suivaient. Son comportement a eu une incidence sur l’ensemble des joueurs.” L’exemple parfait pour l’actuel entraîneur de Strasbourg se nomme Joakim NoahJoakim Noah

Joueur NBA (2017-)
(pour l’Euro 2011). “Yannick (Noah, le père de Joakim) avait eu un rôle essentiel mais Tony et Boris également”, se souvient Collet.

Joakim Noah (G) et Tony Parker
La complicité entre Joakim Noah et Tony Parker lors de la victoire face à la Russie en demi-finale de l'Euro 2011. Noah a réussi son pari et les Bleus iront aux JO 2012. (© Joe Klamar)

L’année 2009 marque un changement dans la place qu’occupe Parker en équipe de France. À son arrivée en poste chez les Bleus, Vincent Collet trouve un chef d’orchestre motivé mais encore à la recherche de la bonne note. “Quand je suis arrivé, il m’a demandé mon avis sur ce que Claude BergeaudClaude Bergeaud

Sélectionneur de l’équipe de France de 2003 à 2007
(sélectionneur entre 2003 et 2007) avait dit de lui, à savoir qu’il était trop fort pour les autres. Je pensais que ce n’était pas vrai, que personne ne se demandait si Dirk Nowitzki (légende allemande, 6e meilleur marqueur de l’histoire NBA) était trop fort avec l’équipe d’Allemagne
”. Parker court encore après le succès en équipe nationale et veut comprendre comment faire gagner son pays. “Je lui avais parlé des westerns, sourit Collet. Au début, ce n’est jamais John Wayne la star. Ce sont d’abord les seconds couteaux et quand ça chauffe vraiment, on ne veut plus que lui.

Quand on pense au Parker leader, comment ne pas se remémorer cette première mi-temps de la demi-finale de l’Euro 2013, où la France est menée 34-20 par l’Espagne ? “S’il ne nous porte pas en inscrivant 14 des 20 petits points qu’on marque, on est cuits .” Et pourtant, à la pause, dans un speech capté par les caméras de Canal + et passé depuis à la postérité, il exhorte ses coéquipiers à “l’oublier”.“C’est le symbole, tranche Vincent Collet. C'était très vrai, il fallait que les autres se mettent en action mais le fait qu’il leur donne le sésame… Ils n’avaient pas le choix.

Ce n’était évidemment pas la première fois que Parker s’adressait à son groupe de cette manière, mais la présence d’une caméra dans ce vestiaire slovène a rendu ce moment unique. Alain Weisz, qui avait directement côtoyé Parker entre ses 19 et ses 21 ans, n’était lui pas surpris. “C’était nouveau, mais je dirais que pour ma part, déjà Napoléon pointait sous Bonaparte. C’était la concrétisation, avec l’âge, d’une personnalité qu’il avait déjà à 21 ans, et peut-être plus jeune. Il avait déjà cette mentalité de joueur prêt à tout faire pour gagner.

La culture de la gagne est une chose mais elle n’est rien sans une détermination à toute épreuve. Si personne ne remet en cause son statut de meilleur joueur français de l’histoire, Tony Parker n’est pas non plus le premier Tricolore à avoir porté haut les couleurs françaises. Alain GillesAlain Gilles

Ancien joueur de l’ASVEL et international français
(1965-1986)
, Jacques CachemireJacques Cachemire

Ancien international français
(1969-1983)
, Hervé DubuissonHervé Dubuisson

Ancien international français
(1974-1989)
, Richard DacouryRichard Dacoury

Ancien international français
(1981-1992)
, Antoine Rigaudeau et d’autres ont eux aussi brillé avec le maillot de la sélection. “Aucun n’avait sa détermination, juge Alain Weisz. C’était une personnalité totalement nouvelle pour le basket français. [...] C'est la première fois qu’on avait un joueur avec une mentalité américaine.

L’héritage de Tony, on peut le voir dans ce capital confiance incroyable, ajoute Claude Bergeaud.Il a une confiance en lui qui a donné des ailes à d’autres joueurs, comme Evan Fournier. Chez lui aussi, elle est inébranlable.” Collet insiste : “il n’a peur de rien. Le groupe que j’avais cette année ne comptait plus Tony, mais je ressens quand même la même force de conviction chez plusieurs de nos joueurs. Il y a vingt ans, on percevait une sorte de complexe, aujourd’hui les joueurs ont beaucoup plus d’ambition et c’est, je pense, cette génération-là qui a fait franchir ce cap à l’équipe de France.

Inspirées par leurs aînés, les nouvelles têtes bleues sont elles bien décidées à écrire leur propre histoire, à l’image d’un Fournier dont la réaction sur le podium de la dernière Coupe du monde a beaucoup fait jaser. “Les médias parlent encore de lui car il a marqué le basket français mais nous les joueurs, on est passé à autre chose, nuance l’arrière tricolore. La génération de Tony et Boris a réussi à faire de belles choses, maintenant c’est à nous de prendre le relais et de faire quelque chose de grand.

Coup de projecteur médiatique

Faire franchir un cap à l’équipe de France, sportivement, c’était le credo de Tony Parker et Boris Diaw. Leur volonté commune : faire du basket tricolore une place forte dans le monde, lui rendre ce qu’il leur avait donné. Médiatiquement, la présence du meneur de 1.88 m était aussi une aubaine pour les dirigeants du basket tricolore. “Quand je suis arrivé en 2003, il était auréolé de son titre NBA, ce qui faisait vraiment le buzz en France et la Fédération n’avait pas du tout pris ça en compte, se souvient Vincent Collet. Dans les aéroports, rien n’était prévu. Partout où nous passions, c’était une émeute pour obtenir des photos avec lui. On changeait de dimension”. L’obtention d’un titre NBA dans une ligue où aucun Français n’avait réussi avant lui a eu l’effet d’une bombe dans le paysage médiatique du basket français. A 21 ans, un gamin, qui n’avait joué que deux ans au plus haut niveau dans l’Hexagone, avait déjà fait passer l’équipe de France dans une autre sphère. Ce n’était pourtant que le début.

“Il a changé le regard sur l’équipe nationale, des médias, des fans, des partenaires, des arbitres, de l’international”

Arrivé aux affaires en tant que Président de la FFBB en 2010, Jean-Pierre Siutat a pu mesurer l’effet Parker sur le basket hexagonal. “Il a changé le regard de tous sur l’équipe nationale : des médias, des fans, des partenaires, des arbitres, de l’international. On s’en est aperçu très souvent quand on voulait proposer des rencontres amicales de l’équipe de France, la première question était : est-ce que Tony sera là ?” Dès 2009, alors qu’il est chargé d’organiser les qualifications à l’Euro à Pau, Siutat avait pu entrevoir la puissance du phénomène Parker. “C’était fabuleux, il a attiré des gens qui ne sont pas de notre monde, des médias, des people, des collectivités locales, des politiques. [...] On a tout de suite mis en place une stratégie avec une tournée de l’équipe nationale. Tous les ans, on faisait des grands matches. En 2012, avant les Jeux Olympiques, on a fait un France - Espagne à Bercy qu’on a rempli à une vitesse folle. Cette tournée avec Tony a été génératrice de revenus, d’une image, de plein de choses positives.

Tony Parker (17 Septembre 2008)
Tony Parker pose avec des fans à l'occasion d'un rassemblement de l'équipe de France, en 2008. (© Jean-François Monier)

Pour convaincre n’importe qui, la présence de Tony Parker dans votre manche est un atout plus qu’appréciable. Siutat l’a utilisée quand il a fallu récupérer à la hâte l’organisation de l’Euro 2015 alors que l’Ukraine, désignée pays organisateur, se l’est vue retirer sur fond de crise politique majeure. Il raconte : “Je me souviens être à San Antonio au bord de la piscine, il y avait De Colo, Batum et Diaw. Tony me dit :‘Tu ne penses pas qu’on pourrait le récupérer, cet Euro ? Ce serait extraordinaire pour nous de terminer en beauté’. Quand il y a eu réouverture du dossier, je lui ai demandé d’intervenir. Nous avons fait un tour des collectivités locales. En une heure, on a convaincu tout le monde de nous aider. Tony avait envie de le faire, pour lui, pour les gars, pour le basket français.

L'architecte

Parker & l'ASVEL

Avant 2015, à l’exception de matches amicaux de l’équipe de France ou des qualifications de l’Euro 2009 à Pau, le public français était plutôt privé de Tony Parker. Entre 2001 et 2011, dix ans se sont écoulés, et la Pro A, aujourd’hui Jeep Elite, a changé. Sept champions différents ont marqué la décennie (ASVEL, Pau-Orthez, Strasbourg, Le Mans, Roanne, Nancy, Cholet). De Jim BilbaJim Bilba

Ancien joueur de Pro A
(1988-2007)
, meilleur joueur français en 2001 (né en 1968), nous sommes passés à Mickaël Gelabale en 2011 (né en 1983). Une nouvelle génération a pris le pouvoir et entre temps, Tony Parker a conquis l’Amérique.

Le lock-out 2011, retour en grâce

Le 1er juillet 2011, la NBA subit le quatrième lock-out de son histoire. En désaccord sur le partage des immenses revenus de la ligue, propriétaires et joueurs se mettent en grève. Faute d’accord, les six premières semaines de la saison - de fin octobre à mi-décembre - sont annulées. Un séisme imprévisible qui se répercute sur le basket français : Boris Diaw est de retour en Pro B à Bordeaux (club dont il était le président), Nicolas Batum à Nancy, Tony Parker et Ronny Turiaf à l’ASVEL… Ils sont quelques-uns à venir fouler les parquets français pour une pige de plusieurs semaines.

Tony Parker (21/10/2011)
Tony Parker monte au cercle lors du match ASVEL/Gravelines, le 21 octobre 2011. (© Joel Philippon)

Si Batum brille avec le SLUC Nancy en Euroleague, l’attraction se nomme Tony Parker. “Il y avait une envie de se montrer, de se faire plaisir. C’était son club, donc il voulait jouer pour son club. Il y avait cette proximité avec le public français, c’est important parce que toute notre carrière, on ne le voyait que l’été en équipe nationale”, rappelle Diaw, qui allait rejoindre Parker aux Spurs l’année suivante, avant d’aller conquérir le titre NBA en 2014. Habitués aux arènes démesurées de la NBA, ils retrouvent les ambiances plus intimes de la Pro A. “Tony c’était énorme, c’était un All StarAll Star

Joueur sélectionné pour disputer le All-Star Game.
, un champion. Je n’ai rien contre Cholet, mais il est venu jouer à la Meilleraie (salle emblématique du club surnommée “Le Hangar”),
sourit Alain Weisz. Il a l’habitude de jouer dans des arènes de 20 à 30 000 personnes, et il faut qu’il aille à la Meilleraie où il a sans doute nettoyé le banc sur lequel il s’est assis.

“Avec lui, on était un peu les Rolling Stones”

Faisant le plein partout où il passe, Parker se montre au public français sous son meilleur jour. “Tout d’un coup, il était accessible, il était normal, il était Français”, appuie Weisz, qui sait que Parker a parfois été vu comme un Américain. Coéquipiers de l’époque au début de leur carrière professionnelle, Livio Jean-Charles et Léo Westermann ont pu mesurer l’aura de Tony Parker. “Tout le monde connaît Tony mais l'engouement qu’il a généré… J’en avais une idée mais ce n’était pas la vérité, se remémore le premier. Une fois, on a pris le train pour aller jouer à l’extérieur. Personne ne l’a reconnu au début, puis un voyageur l’a identifié. J’ai eu l’impression que toute la gare de Lyon s’est pressée autour de nous.” Le second abonde en ce sens : “Avec lui, on était un peu les Rolling Stones. Toutes les salles étaient pleines. C’était vraiment la star qui revenait jouer en France. Il y a beaucoup de choses qui ont changé.

Tony Parker à Villeurbane (14 Octobre 2011)
Tony Parker à Villeurbane (10 Octobre 2011)

En l’espace de quelques semaines et à coups de performances de haut vol, même s’il ne jouait pas toujours à fond, Parker montre que la Pro A est trop petite pour lui mais qu'il prend un plaisir fou à évoluer devant son public. Pour son dernier match à Strasbourg, au mois de décembre, il fait même un joli cadeau empoisonné à celui qui est son sélectionneur en équipe de France mais aussi l’entraîneur de Strasbourg, Vincent Collet : “Il s’était appliqué parce que c’était contre moi. Il avait marqué 32 ou 34 points (23 en fait, son record lors de son passage en France)”.

C’était vraiment un truc de malade, appréciait Parker auprès du quotidien Le Dauphiné au moment de partir. On était un peu les Beatles. Partout où on allait c’était la folie. À Cholet c’était n’importe quoi, au Havre aussi. À Strasbourg c’était génial, parce que les gens savaient que c’était notre dernier match en pro A.

Pour la Pro A, le retour des stars NBA a été une bénédiction. Championnat autrefois très coté en Europe, l’élite française a peu à peu perdu de son attraction. “C’était exceptionnel, apprécie Collet. On avait quelques joueurs incroyables mais depuis un certain temps, on était décroché du premier marché hors NBA.” Comprendre que les Américains, qui n’avaient pas leur chance en NBA, ne choisissaient plus la France pour exhiber leurs talents mais plutôt l’Espagne, la Turquie, la Russie et d’autres encore.

Tony Parker (6 novembre 2011)

Après le lock-out, il a été beaucoup plus considéré dans le basket français, développe Alain Weisz. C’est surtout l’image que ça donne à tous les gens, qu’un des tous meilleurs joueurs du monde n’hésite pas à venir jouer en France. Tony - qui n’est pas un modeste, on ne peut pas l’être en étant aussi ambitieux - est un garçon qui sait que pour plaire au basket français, il faut montrer de l’humilité. En venant lors du lock-out jouer avec l’ASVEL, et jouer des matches de Pro A, il l’a fait.” Une parenthèse enchantée dans le club au sein duquel il avait pris des parts dès 2009, jusqu’à en devenir l'actionnaire majoritaire en 2014.

L’ASVEL, l’héritage au présent

Lorsque Tony Parker prend les commandes de l’ASVEL, le club du Rhône vient de conclure le dernier exercice par une 7e place de la phase régulière et un échec en quart de finale des playoffs. Villeurbanne n’a plus connu la liesse du titre depuis 2008-2009 et peine à retrouver son statut de locomotive du basket français. Auréolé d’un quatrième titre de champion NBA, Parker conjugue le présent au futur. A 32 ans, il est au sommet de son art mais il songe déjà à l’après. L’envie trouve son aboutissement : en juillet 2014, il devient président. “C’est quelque chose qui le titillait”, confie Boris Diaw. De meneur de jeu, le joueur passe à meneur d’hommes. “Ça a été crescendo, mais il avait pour projet de disposer d’une équipe un jour. C’était un rêve de gosse. À 15 ans, c’était déjà le cas, et il a pu le concrétiser avec l’ASVEL.” souffle Gaëtan MüllerGaëtan Müller

Président délégué de l’ASVEL masculin et ami intime de Parker.
, son ami de toujours et président délégué du club.

Tony Parker (2013/09/26)

La patte Parker se fait vite ressentir. Une année de rodage, puis un titre au bout de deux ans, en 2015-2016. Un deuxième suivra en 2018-2019. Parker est loin, sa carrière NBA continue alors avec les Spurs. Mais ses yeux lorgnent de plus en plus sur les résultats de Jeep Elite. Livio Jean-Charles, au club depuis 2011 malgré un détour par les Etats-Unis et Malaga, admire l’ubiquité du joueur Tony et du dirigeant Parker. “Il est drogué aux projets et à la progression. Il a ce quelque chose qui le pousse tout le temps à faire plus, faire mieux les choses. Le basket est sa passion numéro un, mais s’il avait été peintre, pianiste, il aurait fait quand même des grandes choses. C’est une détermination de tous les instants. Il est un peu de tous les mondes, et c’est ce qui fait sa force.

Avec Parker, l’ASVEL retrouve son statut de place forte du basket français. Le budget prend un coup de fouet et permet de rameuter des joueurs comme David LightyDavid Lighty

Joueur de l’ASVEL
(2014-2016 et depuis 2017)
, Casper WareCasper Ware

Ancien joueur de l’Asvel
(2016-2017)
ou, cette année, l’ancien joueur de NBA Adreian PayneAdreian Payne

Ancien joueur NBA (2014-2018) et actuel joueur de l’ASVEL
. Aux Etats-Unis, le quadruple champion NBA Parker a tout réussi, il est désormais temps de rendre au basket français ce qu’il lui a apporté. “Il est sincère par rapport à sa volonté de rendre au basket français. À la cérémonie de la remise de l’Ordre du Mérite (le 4 octobre dernier), Tony était très sensible, très touché, il a pleuré. Tout ce qu’il fait, c’est du réel, ce n’est pas du paraître. On peut être fier d’avoir un gars comme ça, qui bosse pour son ambition évidemment, mais aussi pour le basket français.”, se réjouit le président de la FFBB Jean-Pierre Siutat.

“Il s’aventure sur des sentiers qui n’ont pas encore été explorés. Il rend possible ce que 80% des gens n’osent même pas rêver faire”

Avec seulement deux ans de présence à Paris avant sa draft, et une pige de quelques semaines lors du lock-out, Parker n’a pu marquer l’histoire du championnat de France comme il a pu le faire avec la NBA et l’équipe de France. Un vide qu’il va s’atteler à combler à partir de sa prise de fonction. “Tony ne se contente pas de participer. L’ASVEL va jouer l’Euroleague, il va tout faire pour la gagner. Il s’inscrit sur la durée. Tant qu’il aura le sentiment qu’il peut grandir avec l’ASVEL, il essaiera, mais il n’est pas fou, il sait que ça ne se fait pas en un jour.”, analyse son ancien entraîneur Alain Weisz.

Tony Parker (25 juin 2019)
Tony Parker le dirigeant pose avec son deuxième trophée de champion de France, après la victoire face à Monaco le 24 juin dernier. (© Joel Philippon)
Tony Parker (25 juin 2019)
Charles Kahudi laisse exploser sa joie avec les supporters de Villeurbanne le 24 juin dernier. (© Joel Philippon)

Pour réussir, Parker est un homme pressé. Deux ans en France avant de s’envoler en NBA. Cinq microscopiques matches (sur les 1254 qu’il jouera) avant de passer titulaire NBA. Deux fulgurantes années pour devenir champion NBA. L’ASVEL ne déroge pas à la règle : pour Parker, il faut gagner et vite. Pari déjà remporté. Livio Jean-Charles poursuit : “En 2016, on a été champion. En 2017, il rachète l’équipe féminine. En deux ans, elles sont championnes. En 2018-2019, on fait le doublé. C’est incroyablement dur à mettre en place. Comme c’est Tony, il réussit donc on a le sentiment que c’est normal, mais si c’était un autre, ce serait incroyable.” Vincent Collet observe d’un oeil perçant la réussite de Tony le dirigeant. Avec forcément un brin d’admiration. “On peut considérer que pour l’instant, il ne fait pas beaucoup d’erreurs, pas beaucoup de faux pas. Je sais qu’il a de grandes ambitions.

Boulimique de travail, infatigable passionné et obsédé par la victoire, Parker voit toujours plus grand avec l’ASVEL. Une fois les garçons mis sur les nouveaux rails de la victoire, il décide d’enclencher la vitesse supérieure. En rachetant le Lyon Basket féminin en 2017, Parker continue son entreprise : être le pionnier, créer à partir de rien pour arriver à un tout. “Quand on me demande d’où vient cet esprit de ‘ bâtisseur ’, j’ai envie de dire que c’est une mentalité, en fait. Il y a des gens qui suivent, et il y a des gens qui aiment bien créer et bâtir. J’ai toujours eu ça en moi”, confiait-il au Figaro, en février 2019.

Alain Weisz y voit lui une manière d'accroître encore plus un héritage, comme un joueur d’échecs qui anticipe le futur et agit en conséquence, pour ne pas se faire surprendre. “Il a toujours un coup d’avance sur l’échiquier. Tony le Français, le président de l’ASVEL, le businessman, c’est pensé, ce n’est pas un hasard. Dès qu’il a eu la confirmation qu’il deviendrait un joueur de légende, il a construit son futur, en termes de basket, mais pas seulement. Monter une équipe de basket féminin à l’ASVEL, c’est une opération d’image. A l’ASVEL, on est en 2019, on s’intéresse aussi au sport féminin.

Equipe féminine
Marieme Badiane (à gauche) et Julie Allemand avec le premier titre de champion de France pour le Lyon ASVEL féminin. (© Sylvie Cambon)
Marie Sophie Obama & Tony Parker (25 juin 2019)
Gaëtan Muller, le président délégué de l'ASVEL masculin (à gauche), Tony Parker, et Marie-Sophie Obama, présidente déléguée de l'ASVEL féminin, posent avec le trophée de champion de France 2019. (© Romain Biard)

Une opération d’image ? L’idée peut faire sens. Mais pour Parker, ce sont surtout les résultats qui font sens. Une demi-finale avec les filles dès sa reprise en 2017-2018, pour une qualification en Eurocup. En 2018-2019, le titre et une qualification historique en Euroleague. Le pari est réussi, déjà. Souvent décrié pour son ambition clamée haut et fort, Parker a ramené l’ASVEL au sommet, et c’est tout ce qui lui importe. “Quand on avance, qu’on fait des choses, il peut y avoir huit voix contre sur dix. Ce qui l’intéresse, c’est le côté positif et le fait d’y croire. C’est ce qui en fait un pionnier, analyse Marie-Sophie ObamaMarie-Sophie Obama

Présidente déléguée de l’ASVEL féminin.
, qui l’a rencontré à l’INSEP et qui dirige aujourd’hui le LDLC ASVEL féminin.Il s’aventure sur des sentiers qui n’ont pas encore été explorés. Il rend possible ce que 80% des gens n’osent même pas rêver faire.

L’envie de s’impliquer ne s’arrête pas là. Parker le businessman réussit, mais Parker le joueur imprime sa culture. Son état d’esprit et sa réussite, il les inculque directement aux joueuses. Aucun président de Jeep Elite ne peut se targuer de pouvoir le faire aussi bien que lui. “Lors des dernières finales du championnat de France, Tony était vraiment présent et voulait qu’on le sente. Il veut vraiment qu’on ait cette relation avec lui, et je trouve ça top, car non seulement c’est ton président mais c’est un joueur d’expérience, se félicite Julie AllemandJulie Allemand

Joueuse de l’ASVEL
, la meneuse titulaire. C’est aussi une preuve qu’il veut que les garçons et les filles soient à la même hauteur. On ressent vraiment qu’il ne veut pas qu’il y ait de différence, et ça, pour les filles, c’est très important.

L’académie Parker, retour vers le futur

La dernière pierre apposée à l’édifice de l’héritage de Tony Parker date de septembre 2019 : la création d’une académie à l’ASVEL. Une soixantaine de joueurs en herbe y ont fait leur entrée. “J'avais envie de redonner à mon pays, aider les jeunes de demain, proposer une plateforme où ils peuvent s'exprimer à 100%”, expliquait-il à l’inauguration début septembre. Une nouveauté, mais toujours avec l’idée de redonner. Il y a vingt ans, le jeune TP avait d’abord dû se faire tout seul, dans les couloirs de l’INSEP. Plongé dans le grand bain du monde professionnel à 17 ans, ensuite. Avant de filer vers l’inconnu en NBA, sans aucune garantie ni assurance d’y être aidé.

De là a sans doute germé en lui l’envie que personne ne repasse par les difficultés qu’il a vécues. Comme lors de son arrivée avec Boris Diaw en équipe de France. Comme en NBA, où seuls deux Tricolores avaient tenté leur chance avant lui. “C’est forcément quelque chose de positif pour un centre de formation d’avoir de telles structures. C’est tout à fait novateur”, s’exclame Vincent Collet, approuvé par Richard Billant. “L'académie est la preuve qu’il a envie de redonner au basket français ce qu’il lui a donné dans les années 90. Il faut y voir une source de progrès parce qu’elle va obliger tout le monde à monter le curseur de l’exigence. Ne pas la percevoir comme une concurrente mais plutôt comme une partenaire. Il faut absolument travailler main dans la main avec Tony et continuer à se servir de son charisme et de son talent pour avancer.

Tony Parker & Gérard Collomb (2018/06/29)

Club au plus gros budget de Jeep Elite et de loin, premier club du championnat à dépasser les 10 millions de budget cette année, l’ASVEL se développe à grande vitesse sous l’impulsion de Parker mais creuse fatalement un fossé avec les autres clubs. La SIG Strasbourg, deuxième budget de Jeep Elite, n’est pas à plaindre, mais son coach Vincent Collet a conscience du déséquilibre qui guette. “Pour que le basket français soit fort, il ne peut pas y avoir que l’ASVEL. Il faut que ça suive derrière. Pour que ce soit le cas, il faut que les autres clubs puissent former des joueurs. S’ils le sont tous à l’ASVEL, on aura certainement plus de difficultés à les récupérer. S’ils sont formés à l’INSEP, tout le monde peut espérer avoir un jour le retour de ces potentiels-là. C’est un équilibre à trouver, ils vont y arriver en bonne coordination”.

Redonner au basket français, redonner à la NBA, redonner à l’équipe de France. Redonner au basket tout court. Là se trouve le coeur de l’héritage de Tony Parker, le chemin dont il ne s’écarte jamais vraiment. Quelle est la prochaine étape ? Ancien joueur, nouveau dirigeant, Tony Parker n’a, pour sûr, pas fini d’étendre son héritage pour le basket français. Aucune porte ne semble lui être fermée. Un sourire en coin, Jean-Pierre Siutat a peut-être une idée : “J’ai dit à Tony et Boris que je leur laissais les clés de la Fédération quand ils voulaient”.

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Journalistes :
Christophe Gaudot
& Théo Gicquel

Réalisation web :
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Remerciements :
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