Des matchs inoubliables
Chapitre 3

Depuis trente ans, le vainqueur des France-Angleterre gagne souvent le Tournoi. Décisifs pour le Grand Chelem ou en phase finale de Coupe du monde, certains sont passés à la postérité. Quand les France-Angleterre règlent la question de suprématie de l’hémisphère nord, c’est le dernier volet de notre long format. Bonne dégustation.

"Les Anglais ne perdent jamais mais parfois on les bat"

Jean-Pierre Rives

Jean-Pierre Rives, 3ème ligne qui a fait ses débuts internationaux contre l'Angleterre en 1975 avec une victoire et l'a battue sept fois en dix matchs

Les matchs pour le Grand Chelem

2004
27 mars
Stade de France

Alerte, les Anglais débarquent ! Les champions du monde arrivent à Paris gonflés de certitudes mais privés de Jonny Wilkinson, blessé. Battus par l’Irlande, ils veulent gagner le Tournoi mais surtout priver les Bleus du Grand Chelem. Dans un stade de France chauffé à blanc, les hommes de Bernard Laporte concassent le rival honni et marquent deux superbes essais signés Imanol Harinordoquy et Dimitri Yachvili. La botte du buteur du BO (19 points en tout) permet aux Bleus de mener 21-3. Mais l’Angleterre réagit et revient. Elle va à dame deux fois par Ben Cohen et Josh Lewsey pour mourir à trois points (24-21) au terme d’une seconde période crispante. La France s’offre son huitième Grand Chelem.

"C’est vrai qu’ils sont arrogants, parfois insupportables. Mais on les respecte parce que c’est une grande équipe. C’est peut-être aussi pour ça qu’on les déteste"

Dimitri Yachvili

Dimitri Yachvili, demi-de-mêlée décisif contre les Anglais en 2004, 2005 et 2006.

Les matchs de Coupe du monde

La légende Jonny Wilkinson (2003)

2007
13 octobre
Stade de France

Une fois n’est pas coutume, la France est nettement favorite. Les Coqs peuvent bicher après leur succès face aux Blacks en quarts de finale. Cette demie contre l’ennemi héréditaire se présente bien. L’enceinte dionysienne est pleine à craquer. Le 16e homme se fait entendre. Las, le match commence bien mal. Sur un coup de pied à suivre d’Andy Gomarsall, Damien Traille tergiverse. Le rebond est défavorable à l’arrière français. Lancé comme une balle, Josh Lewsey récupère l’offrande et percute Traille pour aplatir dans l’en-but (2e). C’est la stupeur. Les Bleus réagissent rapidement et concrétisent par le pied de Lionel Beauxis (9-5). Mais Jonny Wilkinson fait parler ses cannes : deux pénalités et un drop fatal tuent les Français tandis qu’une cuiller de Joe Worsley stoppe un coup gagnant de Vincent Clerc. L’Angleterre gagne 14-9 et file en finale. La tristesse s’abat sur le camp tricolore. La France ne sera pas championne du monde.

"Moi je n’ai jamais compris les décisions des arbitres britanniques. Elles sont intraduisibles, même en anglais"

Jean-Pierre Rives

Jean-Pierre Rives, troisième ligne et capitaine du XV de France.

2011
8 octobre
Eden Park

L’heure de la revanche a sonné. Double revanche d’ailleurs car les Bleus restent sur deux éliminations contre l’Angleterre en 2003 et en 2007. Les Anglais ont l’impression d’évoluer chez eux : la moitié de l’Eden Park d’Auckland est remplie de fans aux maillots blancs. Les Français n’en ont cure : Yachvili inscrit six points au pied avant que Vincent Clerc ne mystifie la défense adverse pour creuser l’écart. La France double la mise grâce à Maxime Médard (16-0 à la pause !). Malgré une rébellion dans le second acte, les All Whites s’inclinent 19-12. Pour la première fois dans l’histoire de la Coupe du monde, la France élimine l’Angleterre.

"Les erreurs d’arbitrage sont aussi nombreuses que les faux rebonds du ballon. Mais on n’a jamais vu personne discuter de cela avec un ballon"

Les Britanniques

Les Britanniques après une réclamation des Français en 1956

Les premières

1951
24 février
Twickenham

Twickenham est une forteresse. Depuis 1907, le XV de France échoue tous les deux ans à forcer le verrou de ce territoire inviolable. Les Bleus y ont même souvent pris une leçon d’anglais. Mais pas de bouillon cet hiver-là. Les Anglais tirent les premiers : essai de Boobbyer. Mais la France prend l'avantage grâce à Guy Basquet dont l’essai est transformé par Jean Prat. Le capitaine tricolore ajoute un essai et une pénalité. La France triomphe pour la première fois dans le Temple. Après cette rencontre, Prat hérite d’un surnom mythique : Monsieur Rugby. Un statut particulier décerné par les spécialistes anglais de l’ovalie. Une reconnaissance sans précédent dans le pays qui a inventé ce sport de voyous disputé par des gentlemen.

"Enfin, j’ai vu le dompteur dévoré. Maintenant, tout peut arriver. Nous devons donner la mesure de notre talent"

Adolphe Jaureguy

Adolphe Jaureguy, 1er capitaine victorieux de l’Angleterre en 1927

1998
7 février
Stade de France

Le XV de France est promis à une raclée. Trois mois auparavant, la der au Parc a tourné au fiasco face aux Springboks, victorieux 52-10. Ce premier match de rugby joué au SDF s’annonce donc très périlleux pour une équipe renouvelée pour moitié. Le jeune Raphaël Ibanez (à peine 25 ans) est promu capitaine des tuniques bleues qui n’effraient personne. L’armada blanche, qui reste sur trois échecs contre les Bleus, tient à sa revanche. Mais les Français enflamment le match d’entrée : Philippe Bernat-Salles inscrit le premier essai dans ce nouveau stade de 80 000 places. Christophe Dominici, l’autre ailier aux semelles de vent, marque le second. Les hommes de Jean-Claude Skrela prennent l’avantage et ne le lâchent plus (24-17 au final). Baptême réussi !

"Je garde des flashes de ce match. Le regard, sûr, des nôtres. Celui, fuyant, de Dallaglio quand il partait en travers plutôt que de nous affronter, l’essai électrique de Dominici. Au total, une grande concentration en défense et le bonheur de battre l’Anglais"

Raphael Ibanez

Raphael Ibanez, talonneur et capitaine du XV de France pour la première fois.

Il en est ainsi depuis plus d’un siècle entre Froggies et Rosbifs. La Guerre de cent ans ou la bataille de Waterloo sont terminées depuis longtemps, mais les joutes sportives ont remplacé les batailles livrées sur le pré. On se dispute autour d’un ballon ovale comme on réglait auparavant les conflits par la poudre. A la fin, le perdant salue le vainqueur et lui donne rendez-vous l’année d’après en espérant une revanche. Les vrais duels ne se terminent jamais.

En mars 2015, l'un des plus grands feux d'artifice dans un Crunch s'est déroulé à Twickenham, à l'avantage du XV de la Rose. Un score fleuve (55-35) à même d'attiser un esprit de revanche du côté des Français. Le duel entre ces deux nations n'est pas prêt de s'éteindre.

Crédits

Journaliste :

Grégory Jouin

JRI :

Bernard Berliet

Réalisation web :

Thibaut Caudrelier

Monteur :

Thomas Cirotteau

Vidéothèque :

Baptiste Lamy

FTVEN :

Erwann Gaucher

Rédacteur en chef :

Rémi Pietton

Photos :

AFP / MaxPPP / Sipa / Reuters

Remerciements :

Lionel Rossigneux
Thierry Tazé-Bernard
Xavier Richard
Romain Bonte
Eric Vermande
Julie-Jane Alfaric
Bertrand Guyon
Guénolé Marquier