Ski Julien Lizeroux casqué lunettes relevées sourire 2009
Julien Lizeroux | AFP - Olivier Morin

Lizeroux: "Un peu dans l'inconnu"

Publié le , modifié le

Après une saison gênée par des douleurs au genou, Julien Lizeroux a été contraint de se résoudre à l'opération. Ce sera lundi prochain, à Lyon, pour une pathologie "très rare" qui va consister à réinsérer son tendon quadricipital dans la rotule. "Les chirurgiens qui vont m’opérer n’ont quasiment jamais vu ça. On est un peu dans l’inconnue", nous avoue-t-il. Comme à son habitude, le double vice-champion du monde de ski 2009 ne veut pas brûler les étapes.

Le week-end dernier aux 24h du Mans pour assister à l'une des plus belles courses de ces dernières années, du bateau, des activités avec ses amis. Voilà comment Julien Lizeroux occupe les quelques jours qui le séparent de son opération. Après une saison-galère, minée par un genou depuis longtemps maltraité par le ski en général, et le slalom en particulier, il va débuter une longue période d'inactivité sur le plan sportif. Lundi, à Lyon, les Professeurs Chambat et Sollery-Cottet, qui s'occupent des équipes de France de ski alpin notamment, l'opéreront de son tendon quadricipital. Une intervention peu fréquente, mais obligatoire. Habitué à ne prendre les événements que les uns après les autres, comme autant de piquets sur son parcours, le skieur de La Plagne ne vise pour l'instant qu'un retour sur n'importe quel terrain de sport. Mais bien entendu, à 31 ans, celui qui était double vice-champion du monde (slalom et combiné) à Val-d'Isère en 2009, 2e de la Coupe du monde de slalom en 2010, n'a pas perdu de vue sa carrière de sportif de haut niveau. Il la met simplement entre parenthèses, en attendant de voir comment son corps réagit. Déjà opéré notamment des deux genoux et deux fois de la cheville, il sait par quoi il va passer. En attendant, il se prépare à de grandes séances de cinéma, mais aussi de télévision car ce passionné de sports en général entend bien "profiter  des événements sportifs de l'été".D'une voix calme et sereine, il glisse: "Quand je suis totalement indisponible, je trouve des choses à faire."Après avoir rendu visite à l'anesthésiste, Julien Lizeroux nous a confié ses objectifs, ses envies, son futur à court terme. Avec sérénité, à quatre jours de l'opération. 

- Qu'avez-vous fait depuis votre forfait des Mondiaux en février à Garmisch-Partenkirschen ?
- "J’ai fait deux mois de vrai repos, total, peut-être même trop, car je n’avais pas beaucoup d’activités, mis à part un peu de vélo, un peu d’étirements. Je me suis rendu compte après un mois et demi qu’il n’y avait aucun changement, voire que c’était pire. Car comme ce sont des douleurs tendineuses, il est important de les solliciter, de les étirer. Du coup, j’ai repris avec du vélo, de la course à pied et pas mal d’étirements. J’ai refait une IRM, qui était prévue à la mi-avril, et elle a montré que le tendon quadricipital, qui vient s’insérer dans la rotule, était à moitié désinséré, à moitié cassé. Ce n’était pas le cas sur les précédents examens. Les chirurgiens m’ont annoncé qu’il fallait opérer, avec un gros travail puisqu’il faut le reconstruire, le réinsérer. Dans un premier temps, j’ai voulu essayer d’autres traitements beaucoup plus doux, qui pourraient améliorer les choses. J’ai donc fait de la rééducation et de la préparation physique, tout le dilemme étant de trouver des activités qui sollicitent mon muscle et mon genou sans tirer trop fort dessus, pour ne pas raviver la douleur ni abimer le tendon. En retrouvant un peu de cuisse et un minimum de condition physique, cela allait un tout petit peu mieux. Mais dès que j’augmentais les contraintes, les angles, les degrés de contraction de mon quadriceps, les douleurs étaient toujours bien présentes, identiques. A la fin de cette thérapie d’un mois, voici quinze jours, l’IRM n’a montré aucune évolution, aucun progrès. J’avais tout essayé et la voie la plus sage pour retrouver une vie normale passait par l’opération. Rendez-vous dans plusieurs mois pour voir si j'avais raison."

"Ma vie, c'est faire du ski"

- La douleur vous gêne-t-elle quotidiennement ou seulement lorsque vous faites du sport ?
- "Dans la vie de tous les jours, je ne ressens rien, contrairement à cet hiver où, après certaines courses, la douleur me réveillait la nuit. J’ai une vie normale, sédentaire, mais ma vie normale, c’est sur les skis. C’est assez simple : le degré de douleur est proportionnel au degré de contraintes et de contractions. Par exemple, la course à pied, ça va sur le plat, dans l’axe, mais dès que je mets plus de flexions, des changements de direction ou que j'accélère, la douleur est très présente. En vélo, sur le plat, c’est génial, mais dès qu’il y a des bosses, ce n’est plus possible. Et ma vie, ce n’est pas du vélo, c’est faire du ski. En terme de contraintes au niveau du quadriceps et du genou, le ski, il n’y a pas pire. Et je suis incapable d’en faire. Dans un premier temps, j’aimerais pouvoir refaire du sport normalement. C’est mon principal objectif. Si dans un deuxième temps, la récupération se passe bien et que je peux refaire du sport de haut niveau, je ne vais pas m’en priver pour remonter sur les skis et repartir pour quelques saisons."

Qu'est-ce que le tendon quadricipital ?
Le tendon quadricipital est formé par la réunion des tendons des quatre portions du quadriceps. Il se situe au dessus de la rotule et unit la rotule au quadriceps. Le tendon quadricipital subit donc toutes les contraintes exercées par le quadriceps. Le tendon n'est pas un simple moyen de transmission entre le muscle, qui est capable de se contracter, et l'os. Le tendon présente des propriétés visco-élastiques, qui lui permettent de résister à une traction et d'emmagasiner une certaine énergie pour la restituer lors du mouvement.

- Avez-vous des assurances quant à votre rétablissement ?
- "Il n’y a aucune garantie. Le tendon quadricipital est le plus gros tendon du corps humain, très solide et soumis à beaucoup de contrainte. Ma pathologie est très rare. Les chirurgiens qui vont m’opérer n’ont quasiment jamais vu ça. On est un peu dans l’inconnu. Cela ne me pose pas de souci. Je n’ai pas cogité, j’ai juste mis les choses à plat, tourné les options dans un sens et dans l’autre. Je prends les options avant, et une fois que j’ai pris ma décision, je fonce et je ne me pose plus aucune question. Le plus important est de refaire du sport. J’en fais beaucoup, j’aime ça. Sans parler de la carrière de haut niveau, dans ma vie d’homme, j’ai envie d’avoir des activités sportives. J’ai envie de pouvoir jouer au tennis quand j’ai envie, faire des sorties en vélo, des balades en montagne, mais j’en suis incapable aujourd’hui. Je compte sur l’opération pour, même si ça va m’éloigner des terrains de sport pendant un long moment, me reconstruire pour refaire du sport normalement".

6-7 mois pour reprendre le sport

- En quoi va consister cette opération ?
- "Ils vont d’abord me faire une arthroscopie pour voir dans quel état est le genou, dans quel état est ma rotule qui est déjà abimée. Ensuite, ils vont ouvrir pour voir l’état du tendon, des dégâts à l’intérieur. On ne voit jamais aussi bien que quand on ouvre. Ensuite, il faudra réinsérer le tendon sur la rotule, une opération assez complexe avec des ancres qui viennent se poser dans la rotule et qui prennent le tendon. Dans un deuxième temps, en fonction de l’état du tendon, ils feront une prise de greffe musculaire avec le demi-tendon situé derrière la cuisse pour le greffer sur le tendon afin de la renforcer."

- Quel sont les différents délais de votre reprise ?
- "J’ai un timing, mais il est idéal. Or dans mes précédentes opérations, il n’a jamais été respecté. J’ai d’abord deux mois d’attelle, avec les béquilles, sans appui ou avec appui partiel, à la maison. Au bout du deuxième mois post-opératoire, je partirai en centre de rééducation pour débuter vraiment cette phase, en remarchant tout doucement, en retrouvant les amplitudes articulaires. On travaillera sur les hématomes, la cicatrice, la reprise de contact avec le quadriceps qui aura certainement gentiment disparu. Tout cela afin de maintenir le genou, solliciter et redonner de l’élasticité au tendon, éliminer les cicatrices extérieures et intérieures. Vélo, marche, et tout le cursus plus traditionnel. Et ce n’est qu’après le quatrième mois post-opératoire que je pourrais reprendre une rééducation plus poussée, avec les sports qui "tapent" un peu plus comme trottiner, avoir des appuis… Pour reprendre le sport, c’est 6-7 mois, pas avant. Et quand on me parle de 6-7 mois, pour moi c’est 7 minimum, si tout se passe bien. C’est pour cela que je me suis donné une année complète. Je voulais prendre le temps, donner le temps à mon corps de récupérer. Mon objectif est de remonter sur les skis à la fin de l’hiver, sur des conditions de neige faciles, tranquilles, afin que je me réhabitue aux contraintes du ski. Ensuite, reprendre une grosse période de vélo au printemps pour ré-attaquer une vraie préparation physique avec tous les gars du groupe au mois de mai-juin. Mais on est dans le domaine de l’hypothèse."

- Ne pas trop évoquer votre retour comme sportif de haut niveau, c'est pour éviter d'y penser ?
- "Ce n’est pas que je ne veux pas y penser. Je ne vois pas trop l’intérêt de me projeter dans le futur car je ne sais pas dans quel état je serais. Je vis un peu au jour le jour. J’ai deux mois devant moi où je vais être très tranquille. Je ne vais pas plus loin, je reste très calme. Je connais le cursus de l’opération, de la rééducation, même si cela va être différent car c’est une opération beaucoup plus lourde qu’un ligament croisé. Le calme et la patience seront de rigueur pour les prochains mois."