Julien Lizeroux
Julien Lizeroux barbu en 2009 à Val-d'Isère | AFP - THOMAS COEX

Lizeroux: "Enfin ma plongée dans l'hiver"

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Après 652 jours sans ski et une opération du tendon quadricipital, Julien Lizeroux a rechaussé les skis vendredi et samedi. "C’était cool, parce que cela faisait un petit moment", nous a-t-il confié. Pas d'excès, pas de douleurs, le double vice-champion du monde en 2009 poursuit son retour vers les sommets. Et s'il sait qu'il a encore énormément de travail avant d'envisager un retour à la compétition, il avoue: "Redevenir skieur après deux ans, c’est déjà pas mal."

S'il n'a jamais montré de signes d'abattement, la voix de Julien Lizeroux avait un soupçon d'entrain supplémentaire ce matin. Quatre jours après avoir remis les skis pour la première fois depuis près de deux ans, le slalomeur français est, comme souvent, de bonne humeur. Juché sur son vélo d'appartement, il débute sa séance de musculation avec le téléphone à la main, pour répondre à nos questions. Et il n'a pas le souffle court.

Comment s'est passé votre retour sur les skis, un an et demi après votre opération au genou ?
Julien Lizeroux:
"Ca s’est très bien passé. J’avais choisi mon jour, après discussions avec les entraîneurs, préparateurs physiques, kinés et médecins, pour trouver une date qui correspondrait tant au niveau physique que météo. Il était tombé une vingtaine de centimètres, il faisait grand beau avec un froid sec (-15°). J’ai repris tranquillement en ski libre, avec mes skis de slalom. C’était cool, parce que cela faisait un petit moment. Il n’y a pas eu de révolution, ni de miracle, ni de mauvaise surprise. C’était conforme à ce à quoi je m’attendais. La glisse et le ski, cela ne se perd pas du tout, mais physiquement j’ai encore beaucoup de travail. J’en ai déjà abattu pas mal. Mais entre skier et faire du ski de compétition, ce sont deux choses différentes. C’est une nouvelle étape dans mon cheminement de remise en forme. Il faut que j’empile les heures pour réhabituer mon corps, mes articulations, mes muscles, aux sollicitations du ski, et cela ne va pas venir du jour au lendemain. Il faut retrouver de la cuisse, pour que mon genou soit bien stable. C’est un travail qui est à 90% dans l’axe, avec des squats, de la biométrie, alors qu’en ski on est partout sauf dans l’axe."

"Cela m'a donné le sourire"

Combien de temps avez-vous skié ?
J.L.:
"J’ai fait deux matinées. Quand on parle de patience cela en fait partie. Si je fais dix jours de ski d’affilée, c’est sûr que je vais exploser en vol. L’idée était de reprendre tranquillement. Jeudi et dimanche il faisait très mauvais, donc j’ai skié vendredi et samedi. Le vendredi s’est bien passé, et je suis resté tranquille l’après-midi après une bonne séance d’étirements avec le kiné. Et le lendemain matin, ce n’était pas pire. J’ai même l’impression que c’était mieux. C’était positif. Et le samedi, la neige avait durci, les conditions étaient encore meilleures. J’ai fait au moins une dizaine de descentes par matinée. Cela m’a fait du bien, cela m’a donné le sourire. C’était ma plongée dans l’hiver, enfin."

Avez-vous ressenti des douleurs lors de ces deux matinées à Tignes ?
J.L.:
"C’était ce que je pensais. La douleur est très subjective pour moi. Depuis mon opération du genou en 2005, j’ai toujours eu mal. Après, il y a mal et mal. Il y a celui qui te permet quand même de skier, de t’entraîner, et quand tu es chaud tout va bien, et le seul souci c’est la récupération, les étirements. Et il y a le mal au genou comme j’ai connu à l’hiver 2011, où je ne faisais plus rien, le corps ne répondait plus, la douleur inhibait la contraction musculaire et on finit par faire n’importe quoi. Là, je suis entre les deux. L’avantage avec ma reprise en ski libre, c’est que je ne me suis pas fait de grosse chaleur, je n’ai pas fait de gros virages. J’y suis allé prudemment.
Mais depuis que j’ai repris un processus normal de rééducation depuis six mois, je me rends compte que plus je m’entraîne, plus que je peux enchaîner les séances, plus j’augmente les charges, moins j’ai de douleurs. C’est très encourageant. J’étais arrivé à un point où je n’avais plus du tout de muscle. Du coup mon schéma corporel, ma rotule et mes tendons, n’était plus dans le bon axe. Et j’étais dans un cercle vicieux: un manque de muscle qui ne te met pas dans le bon axe, et pour que ça aille mieux, il faut que tu fasses du muscle, mais pour le faire, il faut que tu sollicites alors même que cette sollicitation crée la douleur. C’est pour ça que cela prend énormément de temps. Il faut trouver des exercices qui permettent de solliciter sans créer trop de douleurs. J’ai déjà retrouvé pas mal de muscles. Je ne suis pas loin d’être symétrique, mais il faut encore être patient. J’en passe des heures à la muscu, j’en passe des heures sur le vélo, en course à pied, en balnéo, et cela progresse. Et tant que cela progresse, je ne lâche rien. Le jour où je stagnerai, il sera temps de faire un point. Le ski était vraiment une étape importante pour tout le monde, mais je différencie bien le retour sur les skis d’un retour à l’entraînement. Ce n’est pas du tout la même chose."

A Val-d'Isère en spectateur actif pour le Critérium

Avez-vous ressenti des courbatures après ces deux journées ?
J.L.:
"Non. C’est bon signe parce que cela veut dire que je suis prêt physiquement. Mais le signe négatif, c’est que le corps est très intelligent, et donc il compense. Je suis focalisé là-dessus : que les contraintes sur ma jambe gauche soient les mêmes que sur ma jambe droite. C’est très fin, donc on utilise la vidéo, des tapis de podologie, afin de mettre des faits sur des sensations. L’un de mes objectifs, c’est de pouvoir me dire un jour : 'J’ai des courbatures sur ma jambe gauche'. Cela me ferait du bien, au muscle, pas au genou (rires). J’ai encore beaucoup à travailler tout ce qui est changements de direction, accélération. Je m’en suis rendu compte sur les skis, avec tout ce qui est en latéral. L’effort dans l’axe vers l’avant, pas de souci, vers l’arrière, en ski ce n’est jamais bon signe et ma rotule n’aime pas donc il faut que je le proscrive, mais il reste la latéralité. Cela va venir avec le temps."

Quel est votre programme dans les semaines à venir ?
J.L.:
"Mon programme, c’est pas de programme, comme depuis le début. Mon objectif est de continuer à progresser, étape par étape. Il ne faut pas vouloir en faire tous les jours, sinon la machine ne tient pas. Mais si je coupe deux jours, sans rien faire, le genou se raidit très rapidement. Il faut toujours que je garde une petite activité. Là, j’ai skié deux jours, puis je me suis octroyé une journée tranquille, et hier matin j’étais de retour à la muscu, ce matin aussi, demain matin aussi, jeudi matin également, et je vais remonter à Val-d’Isère pour le Critérium, pour en profiter pour skier, pour voir les courses, voir les copains, partager des moments. L’objectif va être de continuer ski, entraînement, ski, entraînement, avec l’augmentation des quantités, des charges, de l’intensité."

Vous êtes redevenu skieur, mais pas encore skieur de haut niveau...
J.L.:
"Oh là, skieur de haut niveau, j’ai encore du boulot. Mais redevenir skieur après deux ans, c’est déjà pas mal."