Hinault Kelly clm 1985
Bernard Hinault laisse derrière lui Sean Kelly lors de la 8e étape du Tour de France 1985, à Strasbourg. | AFP

Les temps changent

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Depuis le tout premier chrono de l’histoire en1934, les méthodes de préparation et le matériel ont bien changé… Si Bernard Hinault nous explique que les coureurs ont commencé à utiliser des souffleries à la fin des années 70, en 2012, tout est bon pour gagner un maximum de temps.

Lorsqu’Antonin Magne a remporté le premier contre-la-montre de l’histoire en 1934, sur les 83 kilomètres du parcours reliant La Roche-sur-Yon à Nantes, il n’était pas vraiment question d’aérodynamisme, de jantes en carbone, ou encore d’études en soufflerie. Au fil des années, les étapes ont été réduites, et les coureurs ont compris que la moindre seconde pouvait avoir son importance. Les méthodes ont changé, notamment depuis les vingt dernières années. Les innovations technologiques ont pris une place toute particulière dans la préparation des épreuves de vitesse.

Dernier vainqueur français sur le Tour, Bernard Hinault, était à son époque un expert du chrono. Avec 20 victoires sur 31 chronos disputés, « le Blaireau » est plutôt calé sur la question. Pourtant, à son époque, il n’était pas question d’adapter les entraînements au type de course. « Non pas du tout, il n’y avait pas d’entraînement particulier. Mais on a quand même été en soufflerie au tout début, en 1978 », nous précise l’ancien champion.

27 ans après la dernière victoire de Bernard Hinault, un Cadel Evans consacre par exemple huit à dix heures d’entraînement par semaine à l’épreuve du contre-la-montre (5h pour Bradley Wiggins). Le vainqueur de la dernière édition utilise par ailleurs des exercices très spécifiques pour le renforcement musculaire, comme le Redcord, un exercice norvégien pendant lequel l’Australien est suspendu par des élastiques durant une heure.

LeMond et son guidon de triathlète

Au cours des dix dernières années, les évolutions, voire les révolutions technologiques comme le guidon de triathlète utilisé pour la première fois en 1989 par Greg LeMond ont transformé les vélos du peloton. On se dit encore que si Fignon avait utilisé le même guidon que le Californien, il n’y aurait peut-être pas eu huit secondes d’écart à l’arrivée sur les Champs-Elysées.

Mais pour les anciens champions un brin nostalgiques comme Hinault, le vélo ne fait pas tout. « A partir du moment où on a trouvé la bonne position, le reste n’est plus un problème », pense le quintuple vainqueur de la Grande Boucle. A son époque, utiliser la vidéo comme le fait par exemple Bradley Wiggins pour mémoriser les trajectoires, aurait été impensable. Le capteur de puissance (créé en 1986), le casque profilé, tout comme la texture des combinaisons font aujourd’hui partie de la panoplie type du coureur de contre-la-montre. Et les possibilités sont multiples, notamment au niveau des roues.

Christophe Deligné, mécanicien chez Europcar, nous explique que certains coureurs préfèreront plus une roue à jantes hautes lorsqu’il y a beaucoup de vent, « car elle est plus maniable » à des roues « lenticulaires », ces fameuses roues pleines que l’on a vu apparaître ces dernières années. Thomas Voeckler lui a par exemple demandé à ses mécaniciens une roue lenticulaire à l’arrière et une roue haute à l’avant. Et si les moteurs électriques restent toujours interdits, des vitesses électriques elles, sont bien autorisées. Thomas Voeckler, Pierre Rolland et Christophe Kern les utilisent sur les épreuves de chrono. Mais là encore, les anciens sont sceptiques. « Ce sont de belles machines, mais ils ont tous les mêmes vélos, donc cela ne peut pas faire la différence », estime Bernard Hinault. Les temps ont changé.

Romain Bonte