Entretien, débachage, Philippe Chatrier
Les membres du service d'entretien des courts en pleine action sur le Philippe-Chatrier | PASCAL GUYOT / AFP

Les piliers de la terre

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Ils sont une centaine durant la quinzaine de Roland-Garros. Dans l’ombre des joueurs, les membres du service d’entretien des courts mettent tout en œuvre pour offrir des conditions de jeu idéales à tous les engagés. Responsable de cette équipe fournie, Gérard Tiquet entame ses 22e Internationaux de France. Il raconte son métier.

Sans eux, les Nadal, Williams et leurs compères ne pourraient pas partir dans de grandes glissades, ni régaler le public sur l’ocre de Roland-Garros. Eux, ce sont les membres du service d’entretien des courts de la Porte d’Auteuil. Depuis 2008, Gérard Tiquet est leur responsable. « Tous les matins, on est sur les courts les premiers, aux alentours de 6h30. Le soir précédent, on a déterminé les tâches à effectuer sur chaque terrain, avant de le bâcher : arrosage, balayage, apport de rouge. Cette préparation dure environ une heure, détaille Tiquet. Ensuite, les entraînements débutent à 8h et s’achèvent vers 10h30. A ce moment, on remet le court en état et on installe le mobilier de match (bancs, frigo…). » Voilà pour la partie visible du travail de son équipe.

Seuls le calcaire et le rouge sont travaillés

Composée d’une centaine de personnes, le service héberge neuf salariés de la Fédération française de tennis à plein temps, huit CDD et des saisonniers. Ces derniers sont engagés d’avril à octobre pour couvrir la période des Internationaux de France, puis des championnats de France qui débutent dans la foulée. « Les cours sont refaits début avril. Cette année on a été embêté par la période de gel qui a duré très longtemps. Quand il gèle, on ne peut pas bloquer les courts, c'est-à-dire travailler la couche calcaire, explique celui qui participe à son 22e Roland-Garros cette année. Elle fait entre 7 et 10 centimètres. Avec un tracteur équipé d’une herse on lui redonne de la souplesse en doublant quasiment son niveau. Puis, on utilise un rabot pour lui redonner forme et niveau. »

Porte d’Auteuil, les courts sont composés de quatre couches. La partie supérieure contient le rouge, résidus de tuiles pilées posés sur une chape de calcaire. « Le rouge n’est qu’un additif esthétique apportant un confort supplémentaire aux joueurs, explicite Gérard en s’agitant sur un banc à proximité du court central. C’est le calcaire qui offre sa dureté au court. » En dessous, le mâchefer, résidus de fonderie, permet de drainer et de retenir l’eau. « Ce pourrait être des pierres volcaniques. Le mâchefer joue le rôle de bac de rétention, précise Tiquet. En journée, sous l’effet du soleil, l’eau ainsi conservée remonte et permet au court de rester humide. » Enfin, les gros cailloux stabilisent le tout et gardent également de l’eau plus en profondeur.

Lorsqu’on lui parle de la terre battue bleue du Masters 1000 de Madrid qui avait fait grincer quelques dents la saison dernière, Gérard affirme fièrement : « Ici, les cours ne sont composés que de produits naturels. Lorsqu’ils ont voulu faire une terre battue bleue, ils ont ajouté des composants chimiques qui ont rendu le terrain excessivement glissant. Ici, le rouge est incorporé dans le calcaire donc la terre glisse évidemment mais les joueurs ont tout de même des appuis. »

Pour justifier le prestige des Internationaux de France, dont la qualité de la terre battue a fait la renommée, le responsable de l’entretien des courts a une petite idée : « Notre avantage, c’est que le personnel est formé sur place. On essaie de reprendre chaque année les mêmes personnes en renfort. J’estime qu’en quatre ans, ils sont fin prêts, sachant qu’ils font la saison de juin à octobre, juge Tiquet. Du coup, quand un membre du service part à la retraire, il est remplacé par quelqu’un d’expérimenté. Et s’il n’y a pas de place pour eux ici, ils ont une expertise pour aller travailler dans des clubs ou sur d’autres tournois. »

La pluie, adversaire de Tiquet et ses hommes

Malgré les compétences de son équipe, le responsable a une crainte : la pluie, capable de détruire tout leur travail. D’autant qu’avec la présence de télés toujours plus nombreuses, les interruptions de match sont parfois difficiles à obtenir. « Pour anticiper, je suis en relation constante avec la météo pour guider les équipes sur le terrain. On ne peut rentrer sur le court pour bâcher que lorsque l’arbitre arrête le match, souligne-t-il. Parfois, on lui fait des signes pour lui indiquer que ce serait bien d’interrompre le match mais il est seul décideur. Le pire pour nous, ce sont les averses continues. »

S’ils travaillent la plupart du temps à l’abri des regards, les garants de la bonne santé de la terre battue aux Internationaux de France ont leur « heure de gloire » en journée. A chaque fin de set, ils apparaissent pour passer la traîne et balayer les lignes. Puis, dès que le public se retire, ils retournent dans l’ombre. Au menu, arrosage des terrains. « C’est nécessaire parce qu’ils ont tendance à sécher, souffle Gérard. L’humidité permet de coller le rouge et de conserver la souplesse du court. Quand les matches s’achèvent, on irrigue un peu. A la fin de la journée, on remet ça de manière abondante avant de bâcher. »

Signe de leur importance, ils sont une vingtaine à s’occuper exclusivement des trois grands courts (Chatrier, Lenglen, Court n°1). Les autres se répartissent par équipes sur les autres terrains. Sans oublier les quatre courts annexes situés vers Jean Bouin où les joueurs aiment s’entraîner, au calme. « Ce service existe de tout temps, au moins depuis que je suis là. Il est de plus en plus performant. D’ailleurs, désormais, on est aussi très présents lors des qualifications », se félicite le chef de l’entretien. Une maintenance nécessitant deux tonnes de rouge par terrain et par an.

Tiquet : "Chaque année, la terre est la même"

Interrogé sur l’influence que peut avoir la terre battue sur le jeu, Gérard Tiquet est formel : « Chaque année, la terre battue est la même. Ensuite, ce sont les conditions météo qui influent. L’an dernier en finale, Nadal n’arrivait plus à lifter ses balles à cause de la pluie. Les balles étaient plus lourdes et la terre mouillée, donc plus lente, éclaire-t-il. Mais cela n’a rien à voir avec la préparation de la terre. Les joueurs n’ont pas leur mot à dire à ce niveau. On prépare le court pour qu’il soit jouable, pas pour lui offrir telle ou telle caractéristique. » Appelé au talkie-walkie, le responsable du service d’entretien des cours s’épanche sur l’avenir de son métier avant de disparaître : « Si le tournoi passe certains matches en session nocturne, il faudra gérer autrement car il y aura plus d’humidité. » Pas assez pour inquiéter son escouade d’amoureux de la terre battue.

Jerome Carrere