JO 2012 : Des athlètes utilisés comme cobayes ? Les autorités britanniques démentent

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Auteur·e : Apolline Merle
La délégation britannique lors de la cérémonie d'ouverture des JO de 2012 à Londres, le 29 août 2012
La délégation britannique lors de la cérémonie d'ouverture des JO de 2012 à Londres, le 29 août 2012. | AFP

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L'instance suprême du sport au Royaume-Uni, UK Sport, aurait utilisé ses athlètes engagés aux Jeux olympiques de 2012 à Londres, comme cobayes afin d'évaluer les effets des cétones, rapporte une enquête du Daily Mail publiée ce dimanche. Incriminée, l'agence gouvernementale chargée d'investir dans le sport olympique et paralympique au Royaume-Uni a toutefois démenti ces accusations.

Est-ce le début d'un nouveau scandale ? C'est en tout cas une information qui fait du bruit outre-Manche. D'après une enquête du Daily Mail, publiée ce dimanche, et qui se base sur des informations du gouvernement britannique, UK Sport, l'agence gouvernementale en charge notamment de la gestion des Jeux olympiques et paralympiques, aurait utilisé ses athlètes engagés lors des JO de Londres en 2012, afin de tester une substance expérimentale, les cétones, dans le cadre d'un projet sportif secret au Royaume-Uni.

UK Sport explique qu'elle avait consulté l'Agence mondiale antidopage (AMA) et les autorités britanniques de lutte contre le dopage pour s'assurer que ce produit respectait les règles en vigueur et ne mettait pas en danger les sportifs. "UK Sport ne finance pas des projets de recherche destinés à donner à nos équipes nationales un avantage en performance au dépens du bien-être des athlètes", indique l'instance dans un communiqué publié ce dimanche. Les cétones, ou corps cétoniques, présentes naturellement dans notre organisme, sont générées par le foie à partir de lipides. Ce mécanisme peut être provoqué de manière naturelle par une "diète", mais également par l'ingestion de cétones produites hors du corps.

L'enquête du journal britannique précise que le projet aurait coûté des centaines de milliers de livres sterling de fonds publics. Un projet secret camouflé sous l'étiquette de "programme nutritionnel" afin d'améliorer leurs performances lors des JO. Des documents obtenus par le Mail on Sunday montrent que 91 sportifs, évoluant dans huit sports olympiques, auraient ingurgité le produit à travers une boisson dite énergisante. La substance en question, les cétones, n'était alors qu'utilisée pour la recherche et aucune garantie n'aurait été fournie aux athlètes sur l'absence d'effets secondaires. Aussi, rien n'assurait aux athlètes que les contrôles antidopage seraient négatifs. En effet, l'agence avait indiqué sur une fiche d'informations que "UK Sport ne garantit, ne promet, n'assure ni ne représente que l'utilisation des esters de cétone est absolument conforme au code mondial antidopage et exclut donc toute responsabilité pour l'utilisation de l'ester de cétone" (une forme concentrée, ndlr).

40% des athlètes auraient souffert d'effets secondaires

Une autre dérogation préparée par UK Sport aurait obligé les sportifs concernés à accepter que la responsabilité de tout effet secondaire physique soit assumée uniquement par les athlètes, et non par UK Sport. De plus, les athlètes ont été contraints de signer un accord de non-divulgation, les interdisant ainsi de parler de ce projet.

Un moyen pour l'agence gouvernementale UK Sport de se dégager de toutes responsabilités. A l'époque, l'agence se serait vu confirmer par l'Agence mondiale antidopage (AMA) de la non interdiction des cétones, ce qui est en encore le cas aujourd'hui, puisque celles-ci ne figurent pas dans la liste des produits interdits par l'instance. Cette dernière se garde toutefois un droit de réserve et de recul. Toujours d'après le Daily Mail, 40% des athlètes concernés auraient souffert de divers effets secondaires, dont des vomissements et problèmes gastriques aigus

Les anneaux olympiques devant le Tower Bridge, en février 2012.
Les anneaux olympiques devant le Tower Bridge, en février 2012. © MIGUEL MEDINA / AFP

Le média britannique explique que les cétones ont été développées à l'origine par des scientifiques de l'université d'Oxford grâce à un financement de 10 millions de dollars (près de 9 M€) du ministère américain de la défense, "afin que les forces spéciales américaines puissent opérer plus longtemps derrière les lignes ennemies avec moins de rations".

Une stratégie de communication prête à l'emploi

L'agence UK Sport avait tout prévu. Une stratégie de communication était même prête au cas où le projet serait divulgué aux médias, indique encore le Daily Mail. Un document destiné aux membres du conseil d'administration, daté d'octobre 2011, l'affirme : "Un plan de communication sera nécessaire avec les médias pour atténuer toute perception négative et publicité. La publicité devra se concentrer sur la qualité de la science ... Et sur le fait que le Royaume-Uni est en avance sur ses concurrents."

Les cétones, une substance qui divise 

Ce n'est pas la première fois que l'on parle des cétones. En 2019, cette substance faisait parler d'elle. En effet, une étude de l’Université de Louvain indiquait que ces produits augmentaient de 15% l'endurance des athlètes, rapportait le média sportif belge Sporza (en flamand). Les cétones, qui ne sont pas aujourd'hui interdites par l'AMA, étaient utilisées par de nombreuses équipes du Tour de France, dont celle de Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step). Là encore, le plan nutritionnel est mis en avant. "Je ne comprends pas pourquoi il y a une polémique autour de ça. C’est comme prendre un gel dans la course. Cela fait partie de notre plan nutritionnel, on travaille avec un diététicien. C’est un complément alimentaire", avait ainsi répondu le coureur dans un entretien à Ouest France.  

Aujourd'hui, l'utilisation des cétones divise auprès des médecins notamment. Du côté de l'AMA, l'agence indique que "plusieurs études ont montré que les cétones n’avaient pas d’effet sur la performance". Pour l'heure, on ne sait pas si cette substance a donné un quelconque avantage de performance à un athlète britannique lors des Jeux de Londres 2012, mais le plan mis en place par UK Sport interroge.

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