Le logo des Jeux Paralympiques
Le logo des Jeux Paralympiques | WILL OLIVER - AFP

Les Jeux Paralympiques, un doux rêve devenu réalité

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Plus de 50 ans après leur première édition à Rome, en 1960, les Jeux Paralympiques font désormais parti du paysage sportif international. Ces Jeux sont le rêve d'un homme, Ludwig Guttmann. Il est au Paralympisme, ce que Pierre de Coubertin est à l'Olympisme.

En acceptant de faire la ramasseuse de  balles lors d'un tournoi entre blessés de la Seconde Guerre mondiale cloués dans des fauteuils roulants, en 1948, Eva Loeffler ne se doutait pas que cette idée de son père neurologue allait grandir jusqu'à devenir les jeux  Paralympiques. Mme Loeffler, 79 ans, sera cette année le "maire" du village qui accueillera les Jeux Paralympiques de Londres, deuxième événement sportif au  monde en terme de participation avec 4.200 athlètes en compétition de mercredi  au 9 septembre. Un long chemin parcouru depuis qu'à 15 ans, elle avait aidé son père, Ludwig Guttmann, un grand neurologue de Hambourg qui avait fui avec sa famille les persécutions nazies, à mettre en place ce modeste tournoi à l'hôpital de Stoke Mandeville, au nord de Londres, pour distraire les patients.

"Ils étaient jeunes, ils étaient soldats, et ils s'ennuyaient beaucoup  assis comme ça à ne rien faire", s'est rappelé Mme Loeffler lors d'une interview à l'AFP. "Alors mon père a commencé à leur faire faire du sport".Le Dr Guttmann s'était retrouvé directeur de l'hôpital de Breslau, aujourd'hui Wroclaw en Pologne, après des lois nazies de 1933 discriminant les médecins juifs. Il y sauve la vie à 60 personnes en les recueillant après le  déchaînement antisémite de la Nuit de cristal, le 9 novembre 1938.L 'année suivante, il émigre avec sa famille au Royaume-Uni, réalisant que  "si nous restions en Allemagne, nous ne survivrions pas", raconte Mme Loeffler. Le Dr Guttmann est alors affecté à l'hôpital de Stoke Mandeville où il fonde le premier service au monde de traitement des blessures à la colonne  vertébrale. "Personne d'autre ne voulait faire ça, parce qu'on voyait ces blessés comme une cause perdue à l'époque", se rappelle sa fille.
   

Premiers Paralympiques en 1960

Mais le Dr Guttmann met au point de nouvelles méthodes, dont le sport. "Il a été critiqué par les patients, les infirmières, les autres médecins, et l'administration de l'hôpital", indique Mme Loeffler. "Sauf que les patients,  au lieu de mourir dans les deux ans, se sont mis à survivre". C'est ainsi qu'en 1948 le neurologue lance les jeux de Stoke Mandeville, qui coïncident avec les JO de Londres cette année-là. Ils réunissent 16 concurrents en fauteuil roulant, autour d'une poignée de sports. Mme Loeffler y était, "retirant les flèches des cibles et ramassant les  balles de tennis de table", mais aussi, servant les bières du soir aux concurrents fatigués. "Eh! oui, à l'époque on pouvait boire de la bière dans les hôpitaux!" sourit-elle malicieusement. "Et on faisait la fête tous les soirs". Ces jeux en chaise roulante deviennent si populaires qu'on les organise chaque année et la venue à Stoke Mandeville de vétérans néerlandais en 1952  permet à l'événement de prendre une tournure internationale pour la première  fois.

En 1960, le Dr Guttmann parvient à convaincre les organisateurs des JO de Rome de laisser concourir 400 athlètes en chaises roulantes, venus de 23 pays,  pour des Jeux "parallèles". C'est le début des jeux Paralympiques. Mme Loeffler, qui a étudié la physiothérapie et a passé sa vie à promouvoir le sport pour les handicapés, est sidérée par l'évolution des Paralympiques:  "Ce ne sont plus des handicapés qui font du sport, mais des sportifs, comme  ceux qui participent aux JO, ayant la particularité d'être handicapés". Le Dr Guttmann, mort en 1980, aurait été très heureux de voir le  Sud-Africain Oscar Pistorius, qui court avec deux lames à la place des pieds, participer aux JO, estime sa fille. "Dès 1956 il a dit qu'il rêvait de voir les  handicapés participer aux Jeux, et il n'y avait que lui pour dire une chose  pareille à cette époque". 

"Mais ce rêve est devenu réalité, et je pense qu'il serait immensément fier aujourd'hui", conclut-elle.

AFP