Ils sont dix, de 4 nationalités différentes, dans l'équipe olympique des réfugiés.
Les 10 athlètes de l'équipe olympique des réfugiés, à Rio. | Reuters - Kai Pfaffenbach

Une équipe de réfugiés sous bannière olympique concourt à Rio.

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Dix athlètes réfugiés, dont deux nageurs syriens, deux judokas congolais et cinq Sud-Soudanais, participent à Rio sous la bannière olympique lors de ces 31e JO.

De Yusra Mardini, l'ado syrienne qui a traversé la Méditerranée à bord d'un canot percé, à Popole Misenga resté caché huit jours dans une forêt lorsqu’il était encore gamin pour fuir les combats au Congo, tous ont vécu l’horreur dans leur pays. Sélectionnés par le CIO et entraînés par Géraldo Bernardes, ces dix athlètes - attendus en natation, judo et athlétisme - qui composent la délégation des réfugiés sont perfusés depuis longtemps au courage.

"L'hymne olympique sera joué en leur honneur et le drapeau aux anneaux les accompagnera pour leur entrée dans le stade au moment de la cérémonie d'ouverture, a expliqué Thomas Bach, président du CIO. C'est un moyen d'envoyer un message d'espoir à tous les réfugiés du monde." Une enveloppe de 2 millions de dollars avait été débloquée pour leur permettre de vivre et de s’entraîner dans les meilleures conditions.
C’est une première que le Comité international olympique (CIO), le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les différents Comités olympiques nationaux et les Fédérations sportives nationales se sont consultés pour faire émerger 43 candidats pouvant prétendre à cette équipe et à ces JO. Après une sélection faite sur l’excellence sportive, la situation personnelle et la validité du statut de réfugié vérifié par l’ONU, ils ne sont donc plus que dix - de 4 nationalités différentes - à porter les couleurs du CIO pendant la quinzaine. Dont la moitié est originaire du Soudan du Sud et vit pour l’instant au Kenya dans des camps de réfugiés. Deux Syriens vivent en Belgique et Allemagne, deux autres ont fui la République démocratique du Congo pour se réfugier au Brésil, et le dernier athlète sélectionné est un Éthiopien réfugié au Luxembourg.

Sur une em​barcation pour Lesbos

Yusra Mardini, Syrienne de 18 ans, s'apprête à nager le 100 m papillon et 100 m libre. « C'est un honneur pour moi d'être ici », a-t-elle déclaré samedi dernier lors d'une conférence de presse conjointe avec ses 9 inédits coéquipiers. Il y a moins d'un an, cette jolie brune avait repoussé la mort grâce à sa force de nage. Lors d'un trajet vers l'île grecque de Lesbos, le moteur de l'embarcation chargée de réfugiés avait lâché. L'eau pénétrait et lestait le bateau, déjà surchargé. Yusra et sa sœur avaient sauté à l'eau et tiré le bateau à la nage pendant plus de trois heures jusqu'à ce que la totalité des passagers soit sauve. La délégation comprend un autre nageur syrien qui a fui le pays en 2011 pour ne pas être enrôlé dans l'armée. "Je suis très fier d'être ici, a déclaré à la presse Anis Rami, 25 ans et réfugié en Belgique depuis octobre 2015. Mais je ressens un peu de tristesse de ne pas concourir en tant que Syrien. Nous représentons des personnes qui ont perdu leurs droits fondamentaux et font face à des injustices". Ce spécialiste du papillon et du crawl décrit l'équipe de réfugiés comme un collectif "qui ne perd jamais espoir". Rami, un sourire dans la voix : "Nous avons des volontés de fer. Nous éprouvons de la peine, évidemment, à cause des guerres dans nos pays".

Pendant cette conférence de presse, le Congolais Popole Misenga a éclaté en sanglots. Le judoka, 24 ans aujourd’hui, avait 9 ans quand il a fui les combats à Kisangani. Séparé de sa famille, il s'est planqué huit jours dans la jungle avant d'être secouru et emmené dans un centre pour enfants déplacés de Kinshasa. Depuis, il a trouvé refuge au Brésil, où il est resté après les championnats du monde 2013.
"J'ai deux frères que je n'ai pas vus depuis des années. Je ne me rappelle plus de leurs visages. Je veux leur transmettre mon envie de les embrasser. Je suis ici au Brésil, en tant que participant, pour un jour pouvoir les ramener à la vie, ici avec moi." Une autre réfugiée congolaise, Yolande Mabika, a suivi son compatriote en émigrant au Brésil. "Ce n'est pas seulement un combat sportif, c'est une lutte pour la survie", a-t-elle souligné samedi dernier.

Ce n’est pas la première fois que des athlètes vont défiler sous la bannière olympique, qui regroupe athlètes apatrides, de pays en guerre ou non reconnus par le CIO. Aux JO92 de Barcelone, des athlètes monténégrins alors que la Yougoslavie était en guerre avaient concouru sous la bannière neutre. En 2000, des athlètes du Timor Oriental, pays placé sous administration transitoire des Nations unies, avaient participé aux Jeux de Sydney sous le drapeau olympique.

Ioris Queyroi