TQO de boxe : Victor Yoka vise Tokyo pour "suivre les traces de Tony"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Emilien Diaz
Victor Yoka
Victor Yoka | Fédération Française de Boxe (FFB)

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Alors que l’épidémie de Covid-19 entraîne des annulations et reports en cascade, l’équipe de France de boxe aborde le tournoi de qualification olympique de Londres ce samedi dans des conditions particulières. Victor Yoka (21 ans) espère bien y briller en -75kg pour décrocher son billet pour Tokyo, et ainsi marcher dans les traces de son frère Tony, champion olympique des super-lourds en 2016. "Tony a mis la barre très haute mais je vais tout faire pour suivre son parcours" reconnaît le cadet de la fratrie Yoka.

Les boxeurs n’ont pas beaucoup d’occasions de se qualifier pour les Jeux. Il y a ce tournoi continental à Londres puis éventuellement un tournoi international derrière, à Paris. Comment abordez-vous cette échéance ? 
V.Y : "Je suis plutôt optimiste mais très tendu. J’ai les nerfs à vif en ce moment. Je n’ai pas du tout envie d’attendre le tournoi de Paris pour avoir mon billet pour Tokyo. L’objectif est de me qualifier le plus rapidement possible pour pouvoir attaquer ensuite la préparation aux Jeux. Ça fait un an et demi que je me prépare pour cela. Je suis passé senior en 2016 et avant, je n’étais pas le numéro 1 en France dans ma catégorie. Aujourd’hui c’est différent mais il y a beaucoup de concurrence et je n’ai pas la garantie d’être choisi pour faire le tournoi international. C’est pour cela que je veux me qualifier assez vite". 

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Est-ce que d’une certaine façon, on peut dire que vous voulez marcher dans les traces de votre frère, Tony Yoka ? 
V.Y : "Forcément, j’essaie de suivre ses traces. Il a été champion du monde, champion olympique. Il n’y a pas meilleur parcours. Je veux me baser sur ce qu’ont fait les meilleurs et il en fait partie. Participer aux Jeux quatre ans après sa médaille serait une immense fierté. Mais il faut reconnaître qu’il a mis la barre très haute. Ca va être compliqué de l’égaler mais j’essaie de faire de mon mieux pour représenter notre famille". 

Est-ce que boxer en portant le nom Yoka ajoute une difficulté supplémentaire ?
V.Y : "Je ne dirais pas que c’est plus difficile mais il m’arrive de penser que je dois faire la différence plus largement pour ne pas qu’on associe tout de suite mes victoires à un nom. Aux championnats de France par exemple, j’ai dû donner plus car je ne voulais pas que les gens se disent "on lui a donné la victoire parce que c’est le petit frère de Tony Yoka". Jusqu’à maintenant je dirais que mon nom de famille ne m’a pas forcément avantagé dans ce sens. J’essaie de ne pas y penser et de rester focalisé sur mes objectifs". 

Quelles relations entretenez-vous entre frères ? Vous ne boxez pas dans la même catégorie mais j’imagine que Tony vous donne des conseils …
V.Y : "On a une très bonne relation. On ne s’entraîne pas souvent ensemble car nous n’avons pas du tout les même calendriers. En plus, en boxe olympique, contrairement aux professionnels, on combat très souvent, surtout à l’étranger. Donc on ne se croise pas souvent mais quand Tony est sur Paris il vient me voir. On échange régulièrement par messages, il me donne beaucoup de conseils pour les Jeux Olympiques. Il a cette expérience qui lui permet de savoir quoi dire, quoi faire pour y arriver. Il me dit toujours d’y croire, de rester déterminé. Il faut dire que je reviens de loin avec toutes mes blessures passées, et il m’a toujours soutenu dans ces moments difficiles. C’est lui qui m’a poussé à retrouver ma place de numéro 1". 

Qu’est ce que représentent les Jeux Olympiques pour vous ? 
V.Y : "Ah, les Jeux, c’est un rêve de gosse. Je suis allé à Londres et à Rio pour voir mon frère. J’ai été spectateur et maintenant je veux devenir acteur tout simplement. Voir Tony remporter une médaille, être présent là-bas, lors des cérémonies d’ouverture, pour les combats, voir l’ambiance des Jeux, etc, ça donne des étoiles dans les yeux, c’est ce qui m’a motivé. Au début on se dit que ce n’est qu’un rêve et puis on se rend compte que c’est possible. Et là, ce n’est plus une illusion, ça devient un véritable objectif. C’est mon objectif".

Tony Yoka, champion olympique à Rio
Tony Yoka, champion olympique à Rio © AFP

On voit souvent des injustices dans le monde de la boxe amateur, où la subjectivité peut parfois jouer. On se souvient tous d’Alexis Vastine en larmes aux Jeux Olympiques de Londres. Est-ce que vous craignez que ce genre de circonstances se reproduisent dans un TQO ou même aux Jeux ? 
V.Y : "On a tous déjà vécu des injustices, des moments où l’on est censé gagner et au final, on perd le combat. C’est dégoûtant mais c’est le sport, on ne peut pas y faire grand chose. Il faut essayer de ne pas y penser. Parfois on boxe contre un adversaire, où sur un terrain où l’on sait qu’il y a des chances de se faire voler le combat. Alors oui, ça oblige à en faire plus. Mais le risque c’est de faire n’importe quoi. Il m’est arrivé de dominer des adversaires mais comme on combattait dans leur pays, je voulais donner davantage pour être sûr de gagner. Et à vouloir trop bien faire, on peut faire des bêtises. Sur un terrain neutre c’est différent, donc en sachant tout cela il faut trouver un juste milieu".

Cette équipe de France arrive à Londres dans un contexte particulier mais elle semble plus soudée que jamais …
V.Y : "Oui, nous avons un super groupe très soudé, c’est ce qui fait la force de notre équipe. Il y a beaucoup de jeunes boxeurs qui espèrent vivre les Jeux pour la première fois. Donc il y a un peu un manque d’expérience mais heureusement Sofiane (Oumiha) joue très bien son rôle de capitaine. C’est le seul de l’équipe à avoir participé aux JO et il sait comment nous conseiller. Sur le plan personnel, je lui dis souvent que quand je combats, je ne veux pas le voir trop loin du ring. Il me donne des conseils, des techniques. Quand il y a un accrochage je tourne la tête, il me dit un truc, je l’essaie et ça fonctionne souvent. Il est là pour nous tous, pour nous partager son expérience". 

Pour l'instant le TQO est maintenu mais il a été longtemps menacé. Avez-vous eu des consignes particulières dans votre préparation par rapport à l'épidémie de coronavirus qui se répand ? 
V.Y : "Non pas vraiment. Nous avons dû rentrer d'un stage en Italie un peu plus tôt que prévu, avant que la situation ne devienne difficile là-bas, mais nous n'avons pas pris de mesures particulières. On s'entraîne à l'INSEP et de toute façon, on ne bouge pas trop quand on est dans une phase de préparation comme celle-ci. Donc il n'y a pas trop de déplacements. Pour être honnête, jusqu'à présent, nous n'avions même pas imaginé un éventuel report ou annulation".