Tony Estanguet lève le drapeau français après son sacre olympique
Tony Estanguet lève le drapeau français après son sacre olympique | DR

Tony Estanguet, une passion française

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La star du canoë-kayak tricolore n’a pas failli dans sa mission de devenir le premier Français à remporter trois titres olympiques lors de trois éditions différentes. Sur le plan d’eau du Lee Valley Centre, le Palois a régalé ses supporters venus en nombre fêter leur champion.

« Ca fait du bien de retoucher une médaille d’or ». Interrogé en zone mixte sur cette troisième breloque dorée, Tony Estanguet affiche un sourire radieux malgré la pluie qui tombe dru depuis la fin de la finale de C1. « Elle est pas mal, elle est un peu plus grosse que mes deux précédentes », se marre-t-il, heureux comme un gamin qui vient de s’épater. Enfin détendu après quelques jours difficiles –il ne trouvait pas les bons réglages, le Béarnais ne se lasse pas de raconter son exploit.

"Le bon équilibre"

« Ce qui a bien marché aujourd’hui, c’était que je suis resté juste, équilibré », a-t-il confié. « Trouver le bon équilibre entre de l’engagement, de la détermination et l’envie d’aller vite, mais aussi de la justesse, du calme, du relâchement, c’était un gros défi parce que pendant les qualifications, ce n’était pas ça », avoue-t-il volontiers. « Aujourd’hui, ça se joue à rien. C’est ce que je disais à l’Espagnol qui est 4e. Si ça trouve, on refait la course demain et il gagne. C’est triste pour lui. Il y une part d’injustice dans le sport de haut niveau », insiste-t-il.

Issue d’une famille de céistes (son père aujourd’hui décédé et ses deux frères ont tâté de la pagaie avant lui), Tony Estanguet boucle la boucle avec ce nouveau sacre. Vainqueur à Sydney puis Athènes, le porte-drapeau de la délégation française à Pékin avait déchanté en 2008 (9e). Pour rentrer dans la légende du sport français, il a dû employer les grands moyens après l’échec chinois : remise en question totale, travail mental, technique, physique et tactique auprès de son coach Sylvain Curinier et du frangin Patrice dont l’expertise s’avère très utile. « Je suis reparti de très loin en essayant d’analyser ce qui n’avait pas marché », explique la star du canoë. Serein, il narre sa performance avec la lucidité du vieux briscard qu’il est devenu.

La victoire d'Estanguet vue par ses proches

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« J’ai pris beaucoup de risques mais c’est dur de se lâcher sur ce bassin parce qu’on peut très facilement sortir de la trajectoire. Jusqu’à la dernière porte, je n’ai pas osé me lâcher, j’étais dans le contrôle, j’étais bien sur l’eau. Dans l’envie d’aller vite aussi, donc je me suis quand même bien envoyé à deux trois endroits pour aller vite, mais toujours avec un peu de contrôle. J’ai l’impression que je ne sais pas tout lâcher, fermer les yeux et y aller, ce n’est pas moi ».

"Je veux savourer"

Poussé par des fans bruyants et carrément hystériques sur la fin de parcours, le grand brun à la trentaine bien tassée leur a rendu hommage dans la foulée : « L’ambiance était fantastique. J’ai senti qu’il y avait beaucoup de soutien aujourd’hui, mais depuis quelques mois déjà. Ca m’a procuré beaucoup d’envie », a-t-il souligné. « C’était génial de voir tous ces Français parce que ce n’était pas facile de trouver des places. Je les embrasse tous y compris ceux restés à la maison pour qui ce n’était pas facile. C’est franchement génial de pouvoir partager ce genre de moments. Il n’y a que les JO qui peuvent m’offrir ça ».

Quant à sa place dans l’histoire, elle ne le perturbe pas plus que ça : « Je suis encore bien loin de certains records d’athlètes internationaux », prévient le héros du jour. « Mais là n’est pas mon objectif. Je voulais juste être moi-même aujourd’hui, évolué à mon meilleur niveau malgré la pression, les contraintes. Il fallait être capable de réunir tout ce que je fais depuis cinq ans et assembler tout ça ». Et maintenant ? « J’avais vraiment envie de mettre toute mon énergie dans ce combat. Je ne veux pas décider tout de suite (pour sa retraite) mais savourer ». Vous pouvez, Monsieur Estanguet, vous pouvez !

La grande joie de Tony Estanguet