Des membres du Comité d'abolition de la peine de mort de la Fédération des barreaux du Japon ainsi que des députés japonais et Mario Marazziti (3e à droite)
Des membres du Comité d'abolition de la peine de mort de la Fédération des barreaux du Japon ainsi que des députés japonais et Mario Marazziti | AFP

Tokyo 2020 : Vers une trêve olympique des exécutions au Japon ?

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Alors que se profilent les Jeux Olympiques de Tokyo (du 24 juillet au 9 août 2020), des voix s'élèvent pour réclamer la suspension des exécutions de condamnés à mort au Japon pour l'année prochaine.

Ce n'est autre qu'une trêve olympique qui est demandée. Profitant de la prochaine visite du Pape François au pays du soleil-levant, des abolitionnistes ont demandé au gouvernement japonais de décréter pour l'année prochaine un moratoire sur les exécutions de condamnés à mort. Le Japon organisant les prochains Jeux olympiques d'été, plusieurs associations veulent ainsi dénoncer ces condamnations.

C'est devant de nombreux députés japonais que Mario Marazziti, cofondateur de la Coalition mondiale contre la peine de mort, s'est exprimé. "Nous voulons appeler aujourd'hui, en accord avec l'Association des avocats du Japon, à la suspension de toutes les exécutions durant l'année des jeux Olympiques, une trêve olympique", at-il expliqué. "La peine de mort ajoute un mort de plus à d'autres morts, ce n'est pas la justice", a ajouté M. Marazziti.

Les Japonais favorables à la peine de mort

Souvent interpellé sur cette question, le gouvernement japonais s'appuie sur l’opinion publique, pour justifier le maintien de la peine de mort. En 2014, un sondage national révélait que plus de 80 % des Japonais estimaient que cette pratique était "inévitable".

Mario Marazziti qui a ainsi interpellé le gouvernement, se trouvait en présence d'Iwao Hakamada, un condamné à mort japonais qui se retrouve dans une situation ubuesque. Condamné à la peine capitale en 1968 et emprisonné durant 48 ans, il a été relâché en 2014. Un tribunal avait en effet émis des doutes sur sa culpabilité, mais cette décision a été cassée en appel en 2018. Depuis, l'homme attend –en liberté- une décision de la Cour suprême.

Le Pape qui doit arriver samedi au Japon, célébrera une messe lundi à Tokyo, en présence du condamné. "Nous attendons de voir comment le pape va se comporter avec M. Hakamada, qu'il pourrait rencontrer, quel message il va délivrer", a commenté Osamu Kamo, le président du Comité d'abolition de la peine de mort de la Fédération des barreaux du Japon.

110 condamnés dans les couloirs de la mort

Actuellement, plus de 110 condamnés se trouvent dans les couloirs de la mort au Japon. Faisant partie de la Constitution nippone depuis 1948, la peine de mort est pratiquée par pendaison depuis 1955. Chaque année depuis 30 ans, le pays a exécuté entre un et 15 prisonniers. Il n'y a qu'en 2011, qu'aucun prisonnier n'a été exécuté.

Dans un rapport de 2018, l'organisation non gouvernementale Amnesty international explique que "le détenu, sa famille et ses avocats ne sont pas informés de la date de l'exécution, tenue secrète". Cette situation de stress permanent chez les condamnés, engendre régulièrement un déséquilibre mental. Il s'agit du syndrome dit du couloir de la mort.

Avec les JO qui se profilent, les abolitionnistes comptent sur la fameuse trêve olympique pour stopper, du moins provisoirement, ces exécutions.