Tokyo 2020 : neuf ans après le drame de Fukushima, le Japon n'a rien oublié

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Auteur·e : francetv sport
La ville de Fukushima après le passage du tsunami.

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Le 11 mars 2011, le Japon connaissait le pire : un séisme de magnitude 9,1 - le plus violent de son histoire - suivi d’un tsunami dévastateur ravageant la centrale de Fukushima Daiichi. Un drame qui causait la mort et la disparition de plus de 20 000 personnes, laissant une trace indélébile dans l’histoire de l’archipel. Neuf ans après, la préfecture de Fukushima s’apprête à accueillir des épreuves lors des prochains Jeux olympiques dans un climat en apparence apaisé. En apparence seulement. Car derrière la façade, le traumatisme est encore bien ancré. Entre des réfugiés qui refusent de regagner la région, une décontamination plus que laborieuse et la question du nucléaire toujours au cœur des débats, les problématiques restent nombreuses. Enquête.

Ils étaient des milliers à préparer le jour du souvenir. Ce mercredi 11 mars 2020, comme chaque année depuis le drame, une cérémonie en hommage aux victimes de la catastrophe de Fukushima devait être organisée. Un instant d’autant plus fort que la ville-préfecture, en pleine reconstruction, accueillera dans quelques mois plusieurs rencontres de baseball et de softball aux Jeux olympiques. Tout un symbole.

Mais le coronavirus en a décidé autrement : pas de commémoration officielle en vertu du principe de précaution - que l’archipel s’efforce à respecter scrupuleusement - mais une minute de silence à 14h46 heure locale. L’instant précis où s’est écrite, en 2011, l’une des pages les plus noires de l’histoire du Japon.

La pire catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl

Il y a neuf ans, le séisme de magnitude 9,1 qui a frappé la région du Tōhoku a bouleversé le pays. Jamais dans toute leur histoire les Japonais n’avaient connu pareil tremblement de terre. Moeri, 26 ans, était dans la salle d’études de son lycée de la préfecture de Chiba, dans la banlieue est de la capitale. “C’était différent de tout ce que j’ai connu jusque-là”, explique-t-elle. “Les alertes mobiles pour nous prévenir en cas de séisme n’ont pas sonné. Lorsqu’on a allumé la télévision peu après, c’était un véritable choc.” 

Une heure après, un tsunami aux vagues supérieures à 15 mètres venait frapper la côte est, faisant craindre le pire. En ligne de mire : la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. “J’étais à Kumamoto, sur l’île de Kyushu, au sud du pays, à mon travail”, se souvient Akiko* (le prénom a été modifié), 70 ans. “J’étais bouleversée. En voyant s’abattre les vagues devant la télé, on craignait un danger atomique…”

L’événement passe à la postérité sous le nom de “drame de Fukushima”. La catastrophe conduit, du 12 au 15 mars, à l’explosion de trois des six bâtiments hébergeant les réacteurs. Elle est ensuite placée au niveau 7 sur l’échelle internationale des événements nucléaires. Un niveau identique à celui de la catastrophe de Tchernobyl du 26 avril 1986...

Un bâtiment de la centrale de Fukushima Daiichi sous les décombres.
Un bâtiment de la centrale de Fukushima Daiichi sous les décombres. © AFP

Thomas* (le prénom a été modifié), un Français de 40 ans marié à une Japonaise, travaillait dans un bureau aménagé chez ses beaux-parents, en périphérie de Tokyo. “J’étais dans une petite pièce au deuxième étage de la maison. Quand ça a commencé à bouger, tous les livres dans les bibliothèques autour de moi ont valsé. Le premier réflexe que j’ai eu c’était de me mettre dans l’encadrement de la porte. Ma belle-mère était en-dessous en train de regarder la télévision et me disait de manière très détendue : “tu crois que ça va durer encore longtemps ?” Cela faisait une bonne minute que le sol tremblait très fortement.”

Il s’empresse alors d’aller récupérer ses deux enfants à la crèche située à deux pas. Son épouse, elle, travaille dans le quartier de Ginza, en plein cœur de la capitale, à 40 minutes de train de là où se trouvait son mari. Elle mettra 24 heures pour rentrer… “Il fallait faire attention aux répliques, et la circulation de tous les moyens de transport était bloquée.” Quatre jours plus tôt, le couple venait d’apprendre la future naissance d’un troisième enfant. “On n’avait pas du tout prévu de rentrer en France. Le tsunami ne posait pas de problèmes en tant que tel mais le fait que la centrale de Fukushima soit devenue très rapidement instable nous a fait réfléchir.” 

Après une prise de renseignements à l’ambassade de France au Japon, ils décident de s’éloigner de Tokyo (région du Kanto) et prennent le train direction Osaka. “On a pris le temps, et après avoir mis 700 kilomètres de distance entre Fukushima et nous, on en a rajoutés 10 000 en retournant dans l'Hexagone. On s’était dit : “ok, on va observer la situation, on reviendra dans un mois”. On a tout laissé en plan. Au final, on est restés cinq ans…”

Un traumatisme culturel et sanitaire toujours bien présent

Si le couple a décidé de revenir vivre à Tokyo avec leurs enfants en 2016, tous n’ont pas fait le même choix. “Parmi les réfugiés qui ont quitté la région du Tōhoku et la préfecture de Fukushima en 2011, à peine 10% sont revenus”, explique Mathieu Gaulène, auteur du livre “Le nucléaire en Asie : Fukushima et après ?” (Ed. Philippe Picquier, 2016). “À part donner une image qu’il est possible d’être résilient, je vois mal l’idée de revenir si tôt, à part peut-être une tradition plus culturelle en montrant qu’après une catastrophe, on se relève et on recommence.”

Une question d’honneur dont a pu témoigner Thomas : “Ma belle-famille est restée au Japon. Ils ont une vision des choses assez conservatrice. Leur message était “on va souffrir tous ensemble”. Ils ne comprenaient pas que c’était de la protection et non de la fuite.” Un sentiment qui s’est estompé depuis, précise-t-il.

“À Fukushima, des enfants peuvent vivre dans des zones où la radioactivité atteint 20 millisieverts par an, or c’est la dose que l’on donne à un travailleur du nucléaire en France…”

Mais plus que les différences culturelles, c’est surtout la problématique sanitaire qui a longtemps fait - et fait encore - de Fukushima une “no-go zone”. Les zones agricoles et forestières sont toujours largement délaissées pour une question de coûts financiers faramineux.

Quant à la décontamination, celle-ci est un véritable travail de forçat qui se répète de manière continuelle, à l’image des sacs de déchets toxiques qui s’amoncellent dans la préfecture. Si le gouvernement nippon prétend travailler d’arrache-pied, les résultats sont loin d’être probants. “Dans le bourg de Namie par exemple, à quelques kilomètres de la centrale, on pouvait voir une maison toute neuve reconstruite à côté d’une autre endommagée et non-décontaminée”, témoigne Franck Guarnieri, directeur du Centre de recherche sur les risques et les crises (CRC) de Mines ParisTech. “Certes, les taux de radioactivité observés à Namie ne constituent pas des doses létales ou qui peuvent rendre malades les gens, mais cela pose de sérieux problèmes pour ceux qui veulent se réinstaller.”

Parfois, c’est même pour les personnes qui ont décidé de rebâtir leur vie loin de Fukushima que la situation se complique. Après la catastrophe, les cas flagrants de discrimination envers les rescapés ont considérablement grimpé.

Des zones inhabitables - en raison de doses de radiation trop importantes - vont rester fermées encore quelques années. Certains territoires ont toutefois été rouverts à l’habitat soit de façon temporaire, soit de façon permanente. Mais les risques existent bel et bien. “À Fukushima, des enfants peuvent vivre dans des zones où le taux de radioactivité atteint 20 millisieverts par an, précise Mathieu Gaulène, chercheur-doctorant au même CRC de MINES ParisTech. À titre de comparaison, c’est la dose de radiation que l’on donne à un travailleur du nucléaire en France…”

Des études montrent que les cas de cancers de la thyroïde sont en expansion dans la région. Conséquence directe ou suivi médical devenu plus systématique ?  Toujours est-il qu’une majorité d’enfants ont été diagnostiqués avec des nodules ou des kystes thyroïdiens, en dépit des négations persistantes du gouvernement. Pour Thomas, “ce dernier a tout fait pour que l’on ait le moins d’informations possibles. Des associations de parents, de consommateurs  et de citoyens se sont constituées. Aujourd’hui, il existe plusieurs sites et organismes qui permettent de savoir jour par jour, heure par heure, quelle est la radioactivité et à quel endroit au mètre près. Par rapport à 2011, on a les moyens, il suffit d’avoir une attitude un peu pro-active et responsable en faisant attention à l’étiquetage des légumes, du riz… L’information circule beaucoup mieux qu’avant et c’est pour cela qu’on est revenus.”

Le travail de reconquête de l’opinion mené par la préfecture de Fukushima est réalisé en grandes pompes, notamment pour rassurer sur la consommation des produits en provenance de la préfecture de Fukushima. Une préoccupation qui dépasse le seul cadre alimentaire puisqu’elle touche aussi l’accueil cet été des épreuves olympiques de baseball et de softball.

Une sécurité défaillante dénoncée par Greenpeace

Le gouvernement japonais veut faire des JO un symbole des efforts accomplis pour se relever de cette catastrophe. Un symbole d’autant plus fort que Fukushima accueillera le relais de la flamme olympique le 26 mars depuis le J-Village,  un complexe sportif situé à une vingtaine de kilomètres de la centrale nucléaire dévastée de Fukushima Daiichi.

Plusieurs députés verts européens brandissent des symboles antinucléaires après le drame de Fukushima.
Plusieurs députés verts européens brandissent des symboles antinucléaires après le drame de Fukushima. © AFP

Mais des inquiétudes se font ressentir. L’organisation environnementale Greenpeace a affirmé, il y a quelques mois, avoir relevé des "points chauds" de radiations sur le parking de ce J-Village. L’ONG dit avoir enregistré des taux de 1,7 microsievert par heure à un mètre au-dessus du sol, nettement au-delà du plafond des normes de sécurité nationales japonaises (0,23 microsievert par heure). Après cette révélation, Tepco, l’opérateur de la centrale de Fukushima, a promptement nettoyé ces “points chauds”.

De leur côté, les autorités japonaises martèlent que la zone est sûre. Le gouverneur de la préfecture de Fukushima, Masao Uchibori, a par ailleurs indiqué que des contrôles supplémentaires avaient été menés sur le parcours de la flamme olympique pour “assurer la sécurité totale des coureurs et des spectateurs”.

Où en est la décontamination ? 

De nombreuses vidéos et documentaires indépendants ont été tournés récemment sur les lieux de la catastrophe, et les images montrent tantôt des taux de radioactivité bas, tantôt élevés, et parfois en désaccord avec ceux annoncés par les autorités. Autant dire qu’il est difficile de s’y retrouver. “La grosse critique des antinucléaires envers ces bornes indiquant les doses de radiations c'est qu'elles sont en hauteur, alors que si on les prend au niveau du sol, elles sont beaucoup plus importantes”, détaille Mathieu Gaulène.

Pour rappel, à Fukushima, ce sont les bâtiments des réacteurs - et non le réacteur lui-même comme à Tchernobyl - qui ont explosé. Ainsi, au moment de la fusion, de l’hydrogène radioactif a été libéré. Il s'est alors diffusé dans l'atmosphère avant de retomber sur le territoire. “Avec le temps et les conditions météo, cet hydrogène n’est pas tombé de manière homogène. Il s’est répandu en tâches de léopard. Pour décontaminer, le sol est enlevé sur 5 à 10 cm, puis est stocké, incinéré et dépollué des radioéléments contenus. Puis, on obtient un résidu qui est radioactif. Reste la question du stockage”, explique Franck Guarnieri, auteur du livre “Un récit de Fukushima – Le directeur parle”, coécrit avec Sébastien Travadel (édition Presses Universitaires de France).

Les casques des ouvriers de la centrale de Fukushima Daiichi.
Les casques des ouvriers de la centrale de Fukushima Daiichi. © AFP

Les travailleurs de la centrale, principaux concernés par la décontamination, sont eux confrontés à un problème sanitaire. “On estime à 7 000 le nombre de personnes se relayant tous les jours sur le site après avoir atteint la dose de radiations maximale autorisée”, indique Mathieu Gaulène. Une dose dont les seuils ont souvent été modifiés, entraînant des défaillances. “Dans les premiers mois après la catastrophe, des ouvriers ont travaillé sans dosimètre ou alors n’en avaient qu'un par équipe…”, souligne-t-il encore. 

Un démantèlement complexe 

Si les experts ont du mal à se mettre d’accord sur le temps et l’argent nécessaires pour décontaminer, la fourchette régulièrement avancée serait de 180 milliards d’euros sur 40 à 50 ans pour remettre le site à l’état premier. Une estimation qui paraît bien sous-évaluée pour Franck Guarnieri du CRC : “Dans la centrale, il y a un déchet, un résidu de fusion de réacteur, qui s'appelle le corium. Aujourd’hui, on n’a pas de solution technique pour traiter ce déchet”, avant d’ajouter : “Il a fallu plus de quatre ans pour obtenir les premières images de robots qui ont permis de voir le cœur fondu du réacteur. La technologie est en train de se faire au fur et à mesure des problèmes qu'ils rencontrent, c’est un véritable défi technologique.”

Autre difficulté : la question des eaux contaminées accumulées sur le site. Dès les premiers jours après l’accident, de l’eau est utilisée pour refroidir les réacteurs. Celle-ci est traitée et stockée mais aujourd’hui, le site renferme des milliers de réservoirs contaminés.

Les travailleurs déplacent de gros sacs en plastique noirs contenant des débris contaminés près de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, le 23 février 2015.
Les travailleurs déplacent de gros sacs en plastique noirs contenant des débris contaminés près de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, le 23 février 2015. © Reuters / Toru Hainai.

En septembre 2019, le ministre de l’environnement de l’époque, Yoshiaki Harada, avait indiqué vouloir déverser l’eau contaminée dans l’océan, les capacités de stockage arrivant bientôt à saturation. “En janvier 2020, un comité d'experts a émis un avis favorable à cette proposition. Ce qui a été décidé, c'est de la rejeter lentement dans l’océan dans les prochaines décennies. Le voisin sud-coréen s'y oppose, tout comme les coopératives de pêche et les agriculteurs de Fukushima. Le gouvernement aura le dernier mot mais pour le moment, la décision a été reportée après les JO, afin de préserver l'image de marque du pays”, affirme le chercheur doctorant Mathieu Gaulène. Une proposition qui interroge aussi sur les effets d’une telle action sur la faune marine ainsi que sur l’homme.

“En 1923, il s’agissait du mouvement d’une seule plaque tectonique. En 2011, il y en a trois qui ont bougé simultanément”

En 2011, les Japonais ont à l’esprit le séisme de 1923 qui frappait le sud de Tokyo et dont la magnitude s’élevait à 7,9. Le tremblement de terre, jusqu’alors le plus puissant connu par l’archipel, provoquait la mort de 100 000 personnes. Devenu un séisme de référence, il fut dépassé par celui du 11 mars, de magnitude 9,1. “Comme c'est exponentiel, imaginez la puissance libérée pour passer de 7,9 à 9. En 1923, il s’agissait du mouvement d’une seule plaque tectonique. En 2011, il y en a trois qui ont bougé simultanément, explique Franck Guarnieri Ce phénomène n'avait jamais été observé, il s’agissait d’une première mondiale.”

Un événement imprévisible qu’aucune étude scientifique n’avait même imaginé. Comme aucune preuve n’a pu être fournie, la justice japonaise n’a pas condamné l’opérateur Tepco, dont trois responsables ont été acquittés en septembre 2019. “Beaucoup de Japonais s'attendaient à ce qu'ils soient condamnés au moins symboliquement”, se souvient Mathieu Gaulène. “C’est un pays où on a l'habitude d'avoir des dirigeants qui assument leurs responsabilités quand il y a une défaillance, qui s'excusent publiquement ou sont condamnés.”

L’épineuse question du nucléaire toujours aussi vive sur l’archipel

Retour en 2020. Après l’arrêt de toutes les centrales au lendemain de la catastrophe, quelques-unes ont été redémarrées. Insuffisant toutefois pour répondre aux besoins énergétiques du pays. “Actuellement, le Japon est en train de se ruiner en achat de gaz et de charbon”, assure Franck Guarnieri. “Ils construisent et remettent en service des centrales à charbon.” L’archipel n’a pas pour autant tiré un trait sur l’atome. “Aujourd’hui, certaines centrales se sont mises aux normes et n’attendent plus que le feu vert du gouvernement pour se remettre en route”, ajoute encore le directeur du CRC avant de nuancer : “Ce qui est clair, c'est que les centrales qui sont sur la côte de Fukushima ne redémarreront jamais. Le traumatisme est trop important. Par contre, celles qui se situent côté Mer de Chine, il y a des chances pour qu’elles soient remises en route.” 

Des travailleurs sont vus près du bâtiment du réacteur n ° 2 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, le 15 janvier 2020.
Des travailleurs sont vus près du bâtiment du réacteur n ° 2 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, le 15 janvier 2020. © REUTERS / Aaron Sheldrick

En 2012-2013, la question de la sortie du nucléaire s’est posée. Une option un temps envisagée, à l'époque où le gouvernement en place était de centre-gauche avec Yoshihiko Noda. “Pendant deux années, le nucléaire était à 0%. Tous les réacteurs ont été arrêtés les uns après les autres”, rappelle Mathieu Gaulène

Mais cette annonce fut écartée par Shinzo Abe lors de son arrivée en décembre 2012. Le premier ministre, pro-nucléaire, décide d’instaurer un mix énergétique qui comprend une relance de l'atome. 

Avant Fukushima, il représentait pas moins de 30% de la production d’électricité au Japon, avec un objectif d’atteindre 40% d'ici 2017. En 2019, le mix énergétique de l’archipel est passé à “7% pour le nucléaire, 16 pour le renouvelable, 37 pour le gaz naturel, 30 pour le charbon et 9 pour le pétrole”, précise Mathieu Gaulène. Un changement de stratégie énergétique que les Japonais constatent économiquement. “Les factures d'électricité ont augmenté depuis neuf ans puisque le Japon n’a pas réactivé toutes ses centrales. Nous avons tous les mois sur notre facture l'équivalent de 15 ou 20 euros qui sont consacrés au retraitement des déchets nucléaires ou à la dénucléarisation du Japon”, confie Thomas.

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La baisse du nucléaire est significative. En 2018, sur les 54 réacteurs du pays, seuls neuf produisaient de l’électricité, indiquait Le Monde. “La nouvelle autorité de régulation nucléaire a imposé une mise à niveau très stricte. Aussi, des procès intentés par des groupes antinucléaires ont permis d'arrêter des réacteurs qui avaient été redémarrés”, explique Mathieu Gaulène. “En 2017, plus de 60 % des Japonais s’opposaient toujours au redémarrage du parc nucléaire”, indique Jean-Marie Bouissou, représentant de Sciences Po au Japon. Une méfiance de l’opinion publique qui s’explique par le manque de transparence des exploitants, du gouvernement et des autorités après l’accident.

Quand la lumière des JO éclipse la face sombre de Fukushima 

Après l’accident nucléaire de 2011, obtenir les Jeux olympiques est devenu pour l’archipel un moyen de se relever et effacer l’image de ville-préfecture “toxique”. Dès le dépôt de la candidature de Tokyo en février 2012 pour devenir ville-hôte, le gouvernement de Shinzo Abe a consciemment “décidé de nier le risque lié à l’accident nucléaire pour rassurer le comité olympique”, selon Mathieu Gaulène. Réelle opportunité pour redresser le territoire ou fausse bonne idée pouvant mettre en danger athlètes, touristes et habitants de la zone ? Pour un certain nombre de Japonais, l’opportunité est quoi qu’il en soit à saisir, comme conclut Atsuko : “Je pense qu’amener les Jeux à Fukushima est un signe positif et utile pour soutenir les gens qui sont restés sur place et ceux qui pourraient revenir. On veut montrer aux yeux du monde entier que nous nous sommes relevés.” 

Clément Pons et Apolline Merle



Pour aller plus loin :

- “Au coeur de Fukushima” de Kazuto Tatsuta (manga)
- “Ce n’est pas un hasard : chronique japonaise" de Ryoko Sekiguchi
- “Sortie Parc, gare d’Ueno” de Yu Miri
- “La montagne radieuse” de Genyu Sokyu
- "Fukushima 50", de Setsurô Wakamatsu, en salles au Japon depuis le 6 mars 2020

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