La joie et la rage de Riner, champion olympique
Le judoka français Teddy Riner | AFP - Emmanuel Dunand

Teddy Riner au sommet de l'Olympe

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Teddy Riner est devenu champion olympique chez les plus de 100 kg en battant le Russe Alexander Mikhaylin en finale sur waza ari. Attendu depuis ses premiers pas en équipe de France, ce titre olympique propulse le judoka hors norme dans la légende du sport français. Il apporte la 7e médaille d'or à la délégation française, la 18e en tout.

"Je suis déchargé". Les premiers mots du tout nouveau champion olympique résume la pression qui pesait sur ses larges épaules. Depuis son apparition sur la planète judo en 2007, le colosse de 2,04m et 135 kg est programmé pour un titre olympique. Lui qui a compilé les titres mondiaux -cinq en tout, le premier à 18 ans- comme d'autres compilent les titres nationaux a décroché le seul titre qui manquait son palmarès exceptionnel quatre ans après le bronze amer de Pékin.

Aujourd'hui, il règne sur la discipline comme seuls le Japonais Yasuhiro Yamashita et son compatriote David Douillet, double champion olympique en 1996 et 2000, l'ont fait avant lui. A 23 ans seulement. "Je sais que je l'ai fait, mais il faudra que j'ai la  médaille d'or autour du cou pour réaliser" a-t-il dit en attendant la médaille d'or remise par... David Douillet. "Je pense que cette médaille, je vais dormir avec car quatre ans, c'est long et c'est dur. La finale a été difficile mais dès le début, j'ai senti que c'était pour moi. C'est à moi, c'est ma journée, c'est ma médaille."

La réaction de Teddy Riner après son titre olympique

Sous les ordres de son intransigeant entraîneur national Benoît Campargue, Riner a bossé comme jamais pour bonifier ses aptitudes physiques exceptionnelles et surtout son judo car le talent n'est rien sans le travail. De fait, il a réduit à zéro la probabilité de la défaite. Sous les yeux de sa famille – 120 personnes!!- et pour la première fois de son grand-père âgé de 85 ans, le natif des Abymes a suivi son plan quitte à sacrifier un peu du panache habituel. Tous ses adversaires avaient – en vain – fomenté des plans anti-Riner. Le stratégie? Ne pas combattre et attendre une faute du Français.

Jamais inquiété

La journée fut presque parfaite. Après un combat d’échauffement face à un obscur Polonais Janusz Wojnarowicz de… 168 kg, encore loin du plus lourd du jour un judoka de Guam pesé à … 218 kg, pénalisé à trois reprises pour non combativité, il a réussi son premier ippon face au Tunisien Faicel Jaballah sur une superbe technique d’uchi-mata sur la fin du combat. Patient et sérieux, le Français a pris son temps et  a montré beaucoup de maitrise, de maturité et de contrôle.

Habité par la confiance de sa quasi-invincibilité avec un taux de victoire de 98,5% (1 défaite en 68 combats depuis 2008), il est entré dans le rythme en quart de finale face au Cubain Oscar Brayson vaincu grâce à un étranglement réalisé en fin de combat. Une nouvelle preuve de la palette technique élargie depuis son échec à Pékin contre le judoka ouzbek Abdullo Tangriev. "Je ne voulais pas attendre la décision de l'arbitre. Je m'étais entraîné à faire du judo,  mais je suis tombé sur des mecs qui restaient en arrière. Je leur ai dit: "Vous  voulez jouer à ce petit jeu là ?". Très bien, mais moi, j'ai la caisse."

En totale maîtrise

Dans un ExCel Arena totalement acquis à se quête, le judoka a fait l'étalage de sa condition physique exceptionnelle pour un tel gabarit (16 km/h de VMA) et de son explosivité. Plus fort dans le kumi-kata (la prise du kimono) grâce notamment à sa vitesse et son envergure de bras (2,12m), il a étouffé le Sud-Coréen Sung-Min Kim, incapable d'attaquer et pénalisé à trois reprises en demi-finale. Tourné vers son objectif, il a dominé de A à Z la finale face au Russe ambidextre Alexander Mikhaylin, triple champion du monde (deux en 2001 et 2005) avant l'émergence de la dynastie Riner.

Revivez la finale de Teddy Riner

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Avec un yuko d'avance, le Français a placé une superbe attaque - un uchi mata- qui n'a pas scoré. Les "Allez Teddy" ont galvanisé le quintuple champion du monde qui a géré la fin de son combat. Les deux judokas ont pris une pénalité offrant un waza ari d'avance. "Le Russe n'était pas été content (en sortant du tatami), mais je lui ai dit "Fair-play, man". Il n'a rien fait dans le combat, il n'a pas fait une attaque, alors que  moi, j'ai essayé de l'attaquer", a-t-il analysé avant. L'Allemand Andreas Tölzer, victime de Mikhaylin en demies, est monté sur la troisième marche du podium, tout comme le Brésilien Rafael Silva.

Et maintenant? "Je suis fatigué, je veux juste reposer mes  mains". Impassible et concentrée toute la journée, Riner  a explosé de joie, embrassé sa mère, sa petite amie et la chaussure dorée de son entraîneur. Le show ne fait que commencer.

Le podium et la Marseillaise de Riner

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Mathieu Baratas