Michel Bourez : "Les JO ? C'est le cadet de mes soucis!"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Claire Vocquier Ficot
Michel Bourez
Michel Bourez | GAIZKA IROZ / AFP

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Le surf devait faire son entrée au programme olympique cet été à Tokyo mais la pandémie et l'annonce du report de ces Jeux à l'année prochaine sont venues bouleverser ce calendrier que l'on croyait bien établi. Michel Bourez, surfeur tahitien qualifié pour Tokyo 2020, a accepté de répondre à nos questions : sa vie confinée à Tahiti avec sa famille, comment il entretient malgré tout sa forme, ou encore les frustrations que cette situation inédite engendre.

Michel, vous faisiez partie des 3 surfeurs qualifiés en équipe de France. Que pensez-vous de la décision de reporter la compétition en 2021 ?
Michel Bourez : "Je vous avouerai que les Jeux olympiques, c’est le dernier de mes soucis dans le contexte actuel. Je pense que c’était la meilleure chose à faire d’attendre un an pour que la crise se calme et qu’on reparte tous à zéro. Cette année, personne n’est prêt à aller aux Jeux olympiques. On sait que c’est une compétition importante pour tous, pour tous les athlètes, pour le monde entier, mais là on a un plus gros problème à résoudre. De plus les athlètes ne peuvent pas s’entraîner à 100%, le public a d’autres choses à penser, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux pour la visibilité olympique."

"On aurait pu prendre des dispositions plus tôt"

Comment se passe le confinement pour vous à Tahiti ?
MB : "Je trouve que les autorités ici ont réagi un peu tard, ça fait 3 mois qu’on voit ce qu’il se passe ailleurs, on aurait pu prendre des dispositions plus tôt (NDLR : en Polynésie le Stade 3 a été décrété samedi dernier, actuellement 25 cas de COVID-19 ont été confirmés). Du coup on n’entame que le 6e jour de confinement, le moral est bon pour l’instant d’autant que je suis avec ma femme et mes 2 enfants. C’est peut-être plus facile pour nous parce qu’ici il fait beau et qu’on habite au bord de l’eau, ça aide beaucoup. Et en même temps c’est frustrant car on a la plage devant chez nous mais on ne peut pas y aller ni se baigner.  On respecte les règles car on n’a pas envie de montrer le mauvais exemple, on ne veut pas que les gens se disent en nous voyant « pourquoi eux ils peuvent et pas nous ? »."

Comment s’organisent vos journées ?
MB : "Elles sont principalement rythmées par mes 2 enfants. Il faut les occuper pour ne pas qu’ils s’ennuient sinon c’est la galère dès qu’ils commencent à râler, c’est pénible pour tout le monde. On passe environ 3h par jour à faire les devoirs de l’aîné qui a 8 ans, pendant que le petit joue ou dessine à côté. On prépare les repas et on mange ensemble, avec beaucoup de légumes, de fruits, c’est important. En fin de journée on fait une séance de préparation physique avec ma femme pendant 1h/1h30."

"Je suis habitué à m’entraîner seul à la maison"

Justement, ce n’est pas trop compliqué de se maintenir en forme ?
MB : "
En fait je suis habitué à m’entraîner seul à la maison. J’ai un jardin et tout le matériel nécessaire : une corde à sauter, des poids… Je fais beaucoup d’étirements pour garder mon corps mobilisé, et du cardio pour rester actif. Je suis un peu le programme que nous a donné Xavier Mondenx, le préparateur physique de l’équipe de France, pendant le stage organisé en février par la Fédération française à Tahiti.  Ça va, j’ai de quoi m’occuper."

Qu’est-ce qui vous manque le plus ?
MB : "Le surf bien sûr. De pouvoir prendre ma voiture pour allez surfer, aller « checker » (observer) les vagues sur les différents spots. Avoir une vie libre, surfer avec mes amis, faire ce qu’on veut sans imaginer que ça peut être fatal pour certains d’entre nous si on attrape le virus. Le fait d’avoir l’esprit libre, c’est ça qui me manque le plus."

La veille du confinement à Tahiti, vous avez publié une vidéo sur vos réseaux sociaux pour demander aux surfeurs de ne pas aller surfer à Teahupoo, la vague mythique de Tahiti, qui a été choisie pour les Jeux olympiques de Paris 2024 ? Pourquoi ?
MB : "
Les prévisions météo annonçaient un gros swell (une forte houle) à Teahupoo. J’ai fait cette vidéo pour demander aux surfeurs de ne pas y aller afin d’éviter qu’il y ait une regroupement là-bas. Cette vague est très connue, dès que la houle est au rendez-vous, les taxi-boats se remplissent de spectateurs et se succèdent toute la journée. 5 personnes minimum par taxi-boat, renouvelées toutes les heures pendant 5h, ça fait 25, que tu multiplies par 4 bateaux ça fait déjà plus d’une centaine de personnes de passage, sans compter les surfeurs.
En plus ce sont des gens qui viennent de partout : il y a des touristes, des locaux qui habitent en ville ou sur d’autres îles etc. Personnellement je trouvais que ce n’était pas une bonne idée de se regrouper là-bas, d’autant que si quelqu’un se blessait il pouvait prendre la place à l’hôpital de quelqu’un touché par le coronavirus."

Je sais que d’habitude vous ne ratez jamais une bonne session à Teahupoo, cela n’a pas été trop frustrant ?
MB :
"Si, bien sûr, d’autant que nous sortons de la période estivale où les vagues sont toujours plus petites (les saisons sont inversées par rapport à la métropole). Donc ça fait 5-6 mois qu’on attend une houle comme ça. En plus les conditions annoncées étaient idéales : pas de vent, des vagues jusqu’à 6-7 mètres… Des conditions exceptionnelles qu’on n’a pas vues depuis 5 ans en fait… Malgré tout, c’est bien, tout le monde a respecté la consigne de ne pas y aller."

Claire Vocquier Ficot c_vocquierficot