Le bob à quatre français mené par Loïc Costerg
Le bob à quatre français mené par Loïc Costerg | LIONEL BONAVENTURE / AFP

Spectaculaire et pointu, le bobsleigh

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Le bobsleigh est un sport plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord. La finale de bob à quatre, qui débute ce soir et se termine dimanche après-midi, est l’occasion de mettre en valeur une équipe de France qui visera l’exploit face aux quatuors russes, américains, canadiens et autres suisses.

Le principe du bobsleigh est simple. Il s’agit de descendre le plus rapidement possible une piste glacée dans un chariot équipé de patins et de freins, occupé par deux ou quatre concurrents. Après le succès en bob à deux de la Russie, puis la victoire des Canadiennes mercredi, le bob a quatre constituera le clou du spectacle ce week-end sur la piste du complexe Sanki.

"Etre acteurs, pas spectateurs"

L’équipe de France, challenger de l’élite mondiale, tentera de faire de son mieux. Loïc Costerg, pilote de l’équipage France 1, se veut optimiste : « On vise la finale donc un rang dans les 20 premiers », confie-t-il. « Si tout est mis bout à bout, on peut même faire une médaille », se risque-t-il alors que la concurrence est rude : « Les trois meilleures nations ont le droit à trois équipages, et les six nations suivantes, dont la France, à deux équipages », explique encore cet homme posé de 26 ans.

Le bob à quatre tricolore, à vide
Le bob à quatre tricolore, à vide

Jérémy Baillard, pousseur de 24 ans pour France 2, se montre plus prudent : « On part avec modestie parce que la saison a été compliquée pour le team Godefroy avec les chutes, les blessures », dit-il. « On s’est qualifié in extremis et c’est déjà un bonheur d’être ici. Maintenant, on ne veut pas être spectateurs mais acteurs. On souhaite intégrer le top 20 pour disputer la quatrième manche de la finale ».

Bolide de 630 kg

Ce colosse au visage poupin (1,87 m pour 106 kg) aime à parler de son sport : « Un bob, c’est comme une voiture de course. Si la machine marche mal, on le voit directement en course », déclare-t-il. « La préparation du bob est primordiale : poncer les patins, faire le parallélisme, la mécanique. Il faut vérifier toutes les pièces. Chaque détail peut compter. En plus, on est trop légers », ajoute-t-il. « On est obligés de remettre des poids supplémentaires pour combler une partie de notre déficit par rapport aux autres nations. La limite est de 630 kg et on a 15 kg en moins. C’est un handicap car le poids est déterminant pour aller vite », regrette le licencié du club d’Albertville.

Les Français du bob à quatre répètent leurs gammes à l'entraînement, dans un garage
Les Français du bob à quatre répètent leurs gammes à l'entraînement, dans un garage

« Pour refaire l’exploit qu’avait réalisé l’équipe de Bruno Mingeon à l’époque (médaille de bronze à Nagano), ça va demander beaucoup de travail », renchérit Romain Heinrich, pousseur pour France 1. « Il y a trois équipages allemands de haut niveau ici, mais ce serait la même chose si on prenait les trois suivants dans la hiérarchie », poursuit-il. « La Suisse, pareil. Le Canada a mis de gros moyens de développement. Dans la course des bobs à deux, ils ont mis trois équipages dans le top 10 et c’est le Canadien numéro 3 qui a terminé 1er », note cet Alsacien de 24 ans.

"Une synchronisation"

Jérémy Boutherin décrypte son rôle à l’approche de l’événement de l’année pour le bobsleigh bleu: « On a eu trois jours d’entraînement officiel. Pour nous pousseurs, c’était l’occasion d’appréhender la piste », précise-t-il. « On regarde la longueur, l’inclinaison, le plat du départ ». Ce Travail nécessite une précision d’horloger : « C’est d’abord une synchronisation », argumente-t-il. « On doit vraiment rentrer tous les quatre au même moment dans le bob. Il faut mettre l’impact le plus fort possible pour partir à fond. On dit des mots, on pousse des cris. Chaque team a son rituel et son rythme. Il faut que ça devienne un automatisme ».

La chassure à picots d'un bobeur
La chassure à picots d'un bobeur

Il ne compte plus les séances d’entraînement effectuées depuis mercredi : « Dans le garage, on ne peut pas travailler la poussée, mais on peut répéter les embarquements sur un bob statique. On s’entraîner à monter avec efficacité. Après, on doit suivre avec le casque les courbures sur les virages. Il ne faut pas casser la ligne de casques pour ne pas casser l’aérodynamisme », détaille le pousseur-freineur de 25 ans. 

Près de 140 km/h !

Romain Heinrich reprend : « Pour la phase de mise en action, ce sont les qualités de force qui priment : le bob fait 210 kg et il faut le mettre en mouvement. Puis il y a une seconde phase dans la pente où ce sont les qualités de vitesse qui sont requises. On va mettre 4 secondes 80 pour faire 50 mètres. Quand on va monter dans le bob, on sera quasiment à 50k/h. Après, on a une position aérodynamique à tenir. Ce n’est pas forcément facile car il y a peu de place. On est même quelques secondes en apnée dans certains virages, et on va attendre la ligne droite pour respirer. Si on est crispé dans le bob, ça va avoir tendance à freiner la glisse », sourit-il.

Le pilote Loïc Costerg et le pousseur Romain Heinrich
Le pilote Loïc Costerg et le pousseur Romain Heinrich

« On fait 56 secondes sur une piste qui est la plus grande du monde, environ 1750 m », ajoute Jérémy Baillard. « Le bob à quatre, c’est la Formule 1 du bobsleigh. On avance entre 135 et 138 km/h. C’est plus spectaculaire qu’à deux, ça va plus vite, c’est plus technique ».

Loïc Costerg conclut : « Mon rôle commence à la poussée mais c’est évidemment dans la descente que je suis le plus important », relève-t-il. « Un pilote contrôle 95% des choses. On a un plan A avec des trajectoires idéales, et un plan B, si on fait une faute, pour se récupérer le plus vite possible. Mais nous avons peu d’expérience par rapport aux Russes, qui sont les seuls à s’être entrainés sur cette piste », admet le leader de l’équipe, conscient qu’une médaille tient de l’improbable.

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