Alexis Pinturault
Alexis Pinturault | ALEXANDER KLEIN

Soupe à la grimace pour Pinturault

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Le slalom du super combiné n’a pas souri aux Français. Adrien Théaux a terminé 17e tandis que Thomas Mermillod-Blondin et Alexis Pinturault son tombés sur une neige qui ressemblait à de la soupe ou à la glace du poissonnier à la fin du marché. Retour sur la déception inattendue du camp tricolore.

Une météo trop clémente pour être vraie un 14 février en Russie, et une stratégie trop offensive, expliqueraient la défaillance des spécialistes du combiné, les plus polyvalents skieurs français. Devant des tribunes pas complètement remplies, le favori Alexis Pinturault et son compère outsider Thomas Mermillod-Blondin, contraints de prendre des risques après leur prestation du matin en descente, ont raté le coche, laissant au méconnu suisse Sandro Viletta, auteur d’un superbe slalom, le soin de conclure victorieusement devant le Croate Ivica Kostelic et l’Italien Christof Innerhofer.

Bozzetto pressent le piège

Dès l’entame du slalom, l’ancien leader du snowboard Mathieu Bozzetto, consultant pour France Télévisions, prévient : « C’est de la neige humide qui accroche. Quand tu n’es pas équilibré, tu sors. Il faut absolument descendre son centre de gravité afin d’être monoblock. Cet équilibre avant-arrière donne une stabilité indispensable car elle permet de doser, de mettre le frein à main quand il faut pour ne pas tomber », explique-t-il alors sans savoir qu’il aura malheureusement raison –pour les Bleus- quelques minutes plus tard.

Le Slovaque Adam Zampa pointe en tête quand Alexis Pinturault s’élance, en 8e position. Le Savoyard débute prudemment puis commence à trouver son rythme quand la faute survient. La stratégie offensive n’a pas payé : « C’était difficile de faire de gros écarts », confie-t-il dans l’aire d’arrivée, pressé de questions. « Je n’étais plutôt pas trop mal parti. J’avais repris un peu de temps. Est-ce que ça aurait suffi ? Je ne sais pas. Ma chute ? Ca fait partie des trucs qui peuvent arriver. Je tape le piquet avec la chaussure parce que je suis précis donc très près du piquet. Sauf que, dans une double porte, ça nous colle les deux pieds et généralement on n’arrive pas à s’en dépatouiller. Je touche à la sortie de la double porte. C’est frustrant mais je suis conscient que ça reste du sport et qu’il faut mettre des choses en place pour que la médaille arrive ».

Pinturault : "Pas de quoi s’affoler"

Calme et serein malgré la déception, Pinturault répond sans se débiner aux journalistes présents en zone mixte : « Je ne suis pas en bas mais il n’y a pas de quoi s’affoler. Le ski était là mais c’était dur d’être fluide sur un parcours tracé par le Kostelic. Rythme changeants, très peu de vitesse, il y a plus ou moins d’écart entre les portes, c’est tournant : c’est très particulier », poursuit la meilleure chance de médaille du ski alpin français. Il n’est pas le seul à le penser. « Ante Kostelic, le papa d’Ivica (2e ce vendredi), a tracé un slalom biscornu spécialement adapté aux qualités de son fils, et les cadors ont eu du mal à réussir à ce tracé », lâche ainsi Sébastien Amiez, vice-champion olympique de slalom en 2002 à Salt Lake City, qui en connaît un rayon sur le sujet.

« Quand on voit le podium, on se dit que ce n’est jamais facile de briller même si on fait partie des meilleurs », ajoute Alexis Pinturault. « Il va falloir que je skie plus libéré, engagé, et pour moi-même. C’était ma première course olympique et je me suis quand même fait plaisir sur la descente. Je sais faire avec la pression même s’il y en a davantage sur des JO ».

Mermillod lucide

Thomas Mermillod-Blondin
Thomas Mermillod-Blondin

Son compère Thomas Mermillod-Blondin reconnaît davantage l’échec. « Une chute aux Jeux, c’est terrible », avoue-t-il d’emblée. « J’attendais ce 14 février depuis longtemps. Au départ du slalom, je suis à 3 secondes du 1er donc il ne faut plus trop calculer mais tout envoyer. Je skie bien surtout après le deuxième intermédiaire mais je ne traverse pas bien un mouvement de terrain. Je ramasse un peu de neige dans ma protection juste avant et tout explose contre les carreaux (sic). Il y a un dixième de seconde où je ne vois plus clair et je me retrouve directement au tapis sachant qu’il n’y avait plus que deux portes à tailler », regrette le Haut-Savoyard, lucide. « La neige était difficile mais c’était la même pour tout le monde. Je suis passé à côté mais j’ai encore une course dimanche (le Super-G) ».

Théaux : "Encore quelques chances de médailles"

L'aire d'arrivée du super combiné
L'aire d'arrivée du super combiné

Adrien Théaux, troisième larron de la bande et le seul à l’arrivée, compatissait sur le malheur de ses potes : « J’étais vert pour eux parce que je sais qu’ils fondaient beaucoup d’espoirs sur ce combiné. Il reste quelques chances de médailles, un Super-G dimanche pour moi notamment, un géant et un slalom. On va essayer de rebondir ». En quittant Rosa Khutor, nous avons croisé Jean-Luc Crétier. Le champion olympique de descente 1998 à Nagano résumait bien le sentiment général. « La course a souri à des gens qui sont d’habitude beaucoup plus loin au classement. C’est rageant parce que c’est une discipline importante pour les Français ».