Sotchi, la ville où il ne se passe rien

Sotchi, la ville où il ne se passe rien

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En cette veille de Jeux, les habitants de Sotchi sont massés sur les artères longeant la majestueuse rivière Sochi, et sur les rues serpentant à l'aplomb des plages de galets gris léchées par la légère houle des flots de la mer Noire. Il fait beau, presque chaud, et cette foule joyeuse et excitée vit le plus grand jour de la cité depuis sa fondation par les Russes en 1838.

Au menu, le passage de la flamme olympique. Elle passe et repasse, de main en main et de rue en rue, précédée d'une mini-caravane publicitaire, sous les holas des familles agglutinées sur le parcours. On agite des fanions rouges Coca-Cola, on prend des photos, les jeunes filles arborent les couleurs du drapeau russe sur leurs joues, et pouffent au passage des quelques étrangers venus observer la scène. "On est tellement fiers" dit Veronika, une lycéenne de 18 ans, qui arbore le blouson bariolé des volontaires, mobilisés depuis des mois dans les lycées de la ville. Plus loin, on prend la pose auprès d'un des cosaques -- un millier d'hommes -- dépêchés par Moscou pour renforcer la sécurité des Jeux.

Les datchas de Poutine

Mais pour cette cité un peu décatie au climat sub-tropical, réserve balnéaire des dignitaires soviétiques puis russes -- comme Staline en son temps, Vladimir Poutine y possède deux datchas -- le rêve s'arrête là. Les Jeux sont partout et nulle part. La joie populaire semble réelle, mais le décor est factice. Toute la ville est hérissée de fanions et symboles olympiques, et même d'étranges  reproductions sur toile de sommets enneigés. Mais tout le monde le sait: on ne peut pas skier sur les bords de la mer Noire.

Les épreuves de ski se déroulent à Roza Khutor, sur les hauteurs du Caucase, à plus de 70 kilometres de la ville, le principal centre olympique avec le village des athlètes, les hôtels, et le Gorki Media Centre est établi sur la commune de Krasnaya Polyana, à une cinquantaine de kilomètres. Quant au stade olympique et aux magnifiques  installations couvertes réservées aux sports de glace, ils sont à Adler, zone qui jouxte l'aéroport à une vingtaine de kilomètres du centre ville.

Les 50 milliards de dollars engloutis dans ces Jeux sont allés à la construction de toutes ces installations flambant neuf, et aux énormes infrastructures routières et ferroviaires qui les relient. Mais à Sotchi même, pas de trace d'une quelconque rénovation urbaine.   

Univers bétonné

De fait, le centre n'a pas grand-chose à offrir au visiteur en transit. Quelques vestiges de ce que fût cette station balnéaire au XIXème siècle, et de son âge d'or soviétique des années 30 à 50, comme la gare et le théâtre d'hiver néo-classique, un jardin botanique réputé que jouxtent encore quelques belles villas. Mais le littoral est aujourd'hui encombré de constructions hétéroclites, et les gratte-ciel, de toutes les couleurs et de toutes les tailles, ont poussé un peu partout, envahissant les espaces vacants. Le coeur de la "Riviera russe" (qui s'étend sur 145 kms de littoral) offre l'image d'un univers un peu triste et bétonné, plus proche de la Costa del Sol que de la Riviera française.

Réveillée pendant quelques jours de sa torpeur, cette petite ville de 140.000 habitants vibre pour les Jeux. Mais elle n'a sans doute pas grand-chose à espérer d'un évènement qui, pour le moment,  lui a surtout emprunté son nom.

David Botbol