Sotchi côté coulisses, un monde étrange

Sotchi côté coulisses, un monde étrange

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Près d'une semaine après l'ouverture des Jeux, le léger malaise que suscite Sotchi vu de l'intérieur ne se dissipe pas. Le gigantisme du parc olympique, la sécurité omniprésente, l'artifice des lieux, l'isolement de certains sites, sans compter la douceur déroutante du climat, en font un univers hors-norme par rapport aux précédentes Olympiades.

Un décor de carton-pâte

A la montagne, près des sites de ski, une ville nouvelle a surgi dans la vallée de Krasnaya Polyana. Surtout des hôtels et quelques centres commerciaux peu fréquentés, certains toujours en travaux. Un décor urbain tout neuf,  un peu toc,  sans habitants, ni cafés, ni cinémas. Y circulent des étrangers -- journalistes, athlètes et officiels surtout -- et des "travailleurs" russes, auxquels il faut aussi ajouter des policiers, militaires ou volontaires en uniforme bariolé. Tous travaillent là, aucun n'y vit vraiment. Les supporters étrangers, peu nombreux, sont logés hors de la zone olympique. La seule animation provient de petites scènes dressées ici ou là pour faire jouer des orchestres ou diffuser le direct des compétitions, devant un public clairsemé où dominent les "uniformes". Pas d'enfants dans les rues. Les "vrais gens", sont ailleurs, hors des zones olympiques, du côté de la ville de Sotchi, sur les bords de la mer Noire à 70 kms plus au sud. Pour passer d'un univers à l'autre, des sas de sécurité qu'on ne traverse que dûment "badgé". Les seuls lieux vraiment animés sont les sites où se déroulent les épreuves, sous l'oeil des caméras de télévision.

Un parc olympique démesuré

A Adler sur la côte, le parc olympique voué aux sports de glace frappe par son gigantisme. Il parait aussi étendu et moderne que celui qui a accueilli les derniers jeux d'été, en 2012 à Londres. Sauf qu'il n'y a pas grand monde dans ses allées, ou s'alignent kiosques de restauration rapide standardisés et animations un peu kitsch. Peu de monde également dans le parc d'attraction. Seules les six enceintes monumentales réparties sur le site -- mis à part le stade Fisht où a eu lieu la cérémonie d'ouverture -- semblent correctement fréquentées. Le public est quasi-exclusivement russe. Mais fallait-il prévoir si grand ? Dans la démesure, c'est l'IBC (International Broadcasting Centre) qui frappe le plus: il accueille les médias étrangers dans une ambiance mi-cathédrale mi-hall de gare. Une voûte de fer et de verre de plusieurs dizaines de mètres de hauteur surplombe des espaces publics ou l'on se sent perdu tant ils sont vastes. Ce bâtiment, confortable mais froid comme la glace, pourrait être transformé en centre commercial après les Jeux.

Une sécurité omniprésente 

Les Jeux de Londres étaient déjà ultra-sécurisés, avec portiques, barbelés, caméras et vigiles. Mais la différence est que la zone olympique était intégrée à la capitale, avec un public très nombreux et des hébergements en ville pour tous, hormis les athlètes. A Sotchi, cette respiration n'existe pas. Les sites olympiques ont été crées de toutes pièces, loin de tout, et les "professionnels" des Jeux, journalistes compris, y vivent 24/24, avec peu d'échanges avec les Russes. Près de 100.000 militaires et policiers sont dit-on déployés dans la zone. En uniforme ou en civil, ils sont partout, et jusque sur les gradins des sites de compétition, où les costauds avec oreillette sont faciles à repérer. Les milliers de jeunes volontaires présents sont courtois et accueillants, mais mieux vaut ne pas trop leur poser de questions. Pas possible de discuter avec des journalistes étrangers sans autorisation de son chef, avouent plusieurs d'entre eux. Le spectacle le plus saisissant est celui de l'autoroute olympique de 45 km qui relie le parc d'Adler et l'aéroport aux sites de montagne, avec policiers tous les kilomètres, ceinture de barbelés, et portiques surmontés de caméras. Autour de Sotchi, c'est un "anneau de fer" qu'ont installé les Russes, constate un responsable français. La plupart de ses éléments sont invisibles: radars sous-marins, drônes, et système d'espionnage électronique de toutes les communications échangées sur la zone. En plus d'être protégé, on se sait surveillé, ce qui est décidément étrange.     

 Et la météo dans tout ça ?

C'est la touche qui vient réchauffer une ambiance plutôt morose. "Je n'ai jamais vu ça !", s'exclame un journaliste de télévision qui en est à sa septième olympiade d'hiver. Jeudi, il faisait 14 degrés au pied des pistes, et c'était comme ça depuis le début des Jeux. Ni pluie ni neige sur Sotchi, ou les doudounes sont retirées ici ou là  pour profiter du soleil radieux qui persiste sur les sites olympiques. Les tee-shirts sont apparus sur les gradins, et même les skieurs ont allégé leur tenue sous leurs combinaisons. "Le seul précédent sur des Jeux d'hiver, c'est Vancouver en 2010, mais on n'atteignait pas ces températures" ajoute le journaliste. En plein mois de février, l'embellie météo est encore plus manifeste sur le parc d'Adler, en bord de mer, avec des températures qui peuvent dépasser les 20 degrés. Une rumeur -- non confirmée -- veut que les Russes aient manipulé la météo pour garantir le beau temps pendant les Jeux ! Trop ? Côté CIO, on assure que les températures élevées et leur impact sur le manteau neigeux n'inquiètent pas encore. Il est "un peu prématuré" pour parler de problème, affirmait mercredi son porte-parole.

David Botbol