L'Arena du Futur
L'Arena du Futur de Rio de Janeiro en travaux | AFP - NURPHOTO - LUIZ SOUZA

Rio à J-200 de l'ouverture des Jeux Olympiques

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Rio de Janeiro se trouve aujourd'hui à 200 jours de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques 2016. Entre les constructions d'infrastructures sportives, de transports, la "cidade maravilha" fait sa mue dans un contexte économique et social difficile. Du coup, sur le budget de 5 milliards de dollars (4.6 milliards d'euros), le comité d'organisation tente de réaliser des coupes de l'ordre de 5 à 20%. Entre les quatre sites olympiques, et la carte postale de Copacabana, Rio, ville sportive par excellence, tente de revêtir son habit de lumière.

La ville idéale

Entre les plages de Copacabana, le Lagoa, les nombreux kilomètres de pistes cyclables, les nombreuses salles de musculation et les montagnes à proximité, Rio de Janeiro est un concentré de lieux de sport. Et les Cariocas (habitants de l'état de Rio) s'en donnent à coeur joie pour se livrer à leurs sports favoris. Rio, une ville de sport pour accueillir les Jeux Olympiques. 

La question de la sécurité

Dans un pays où la violence fait chaque année plus de 56 000 morts par homicides, soit une moyenne de 160 meurtres par jour, le Brésil, à côté de l'image de carte postale, n'a pas que des bons côtés. Si on ajoute les 129 morts par jour sur les routes, qui en fait le 3e pays le plus mortel sur son réseau, le plus grand pays d'Amérique latine, fort de plus de 206 millions d'habitants, revêt des aspects négatifs. La sécurité y jouera donc un rôle majeur lors des prochains Jeux Olympiques, surtout avec la menace terroriste.

Les chantiers sportifs

Après avoir construit le complexe Carioca, le parcours de golf, le vélodrome et l'arène de l'Avenir, les organisateurs des Jeux Olympiques de Rio sont lancés dans la dernière ligne droite pour livrer les dernier édifices sportifs. Le stade olympique aquatique devrait être livré dans le premier trimestre de l'année, tout comme le stade d'eaux vives pour les compétitions de canoë-kayak et le centre de VTT. Le village des athlètes est également en cours d'achèvement. En revanche, les travaux du Centre de tennis et du centre hippique sont interrompus, en raison d'un imbroglio entre la ville et le constructeur. La mairie a d'ailleurs rompu le contrat qui la lie au constructeur, pour "retard et défaillances financières". Un incendie s'est, en outre, déclaré récemment dans le Centre olympique de tennis, qui serait terminé à 90%. "Rio  aujourd'hui est prête à 80%, en avril elle sera prête à 100% et  pendant les jeux à 120%. Ce sera une quinzaine olympique spectaculaire", a  lancé, fin décembre, Mario Andrada, directeur de communication du comité organisateur.

Les autres chantiers

Totalement étouffée par le flux de voitures, la ville de Rio de Janeiro a tenté de profiter de l'enchaînement Coupe du monde et Jeux Olympiques pour apporter des solutions à ce problème, commun à de nombreuses grandes villes. En juillet dernier, la première des 32 rames du futur tramway carioca a été livrée, préfigurant de cette évolution majeure pour la ville. 28km de tramway, 38 arrêts et 6 lignes, cette construction va transformer le visage de Rio, reliant le centre-ville au quartier portuaire et aux principales portes d'entrée, notamment l'aéroport Santos-Dumont. A terme, ce nouveau moyen de transport devrait attirer 300 000 personnes chaque jour. La mise en service est prévue dans le courant du premier semestre de l'année, pour un coût total de plus de 265 millions d'euros. Par ailleurs, à la veille des J-200, la ville a inauguré 3.9km de piste cyclable en plus du réseau existant (400km), dans la zone sud de la ville. "Beaucoup vont préférer aller travailler en vélo et laisser leur voiture au  garage. C'est certainement la piste cyclable la plus belle du monde", s'est  félicité le maire de Rio , Eduardo Paes, cité par le site G1 de Globo. Le nouveau tronçon fait partie d'un projet de 7 km de piste qui reliera  ensuite Sao Conrado au quartier de Barra da Tijuca (zone ouest) où se trouve notamment le village olympique. Par ailleurs, Rio de Janeiro tente d'assainir les eaux de sa baie pour accueillir les épreuves de voiles dans de bonnes conditions. Avec seulement 13% des eaux usées traitées en 2009, la ville partait de loin pour éviter que les déchets viennent polluer les eaux de la baie de Guanabra. Désormais, ce chiffre atteindrait les 50%, avec pour objectif dans l'année de culminer à 80%. 

Vidéo: A 8 mois des JO, Rio se prépare

Le contexte économique explosif

Avec une inflation à deux chiffres et une chute (près de 4% en 2015) du Produit intérieur brut (PIB), le Brésil est entré en récession. Le real, la devise brésilienne, a perdu 30% de sa valeur face au dollar américain. Après avoir profité du boom des matières premières mondiales (pétrole, soja, minerais, sucre, maïs) dans les années 2000, le pays a subi de plein fouet le ralentissement de la croissance mondiale. Là où les Brésiliens avaient recours massivement à l'endettement (payer en plusieurs fois au supermarché ou au restaurant est une habitude), ce ralentissement a limité leurs capacités. Dans le pays, les prix s'envolent, le chômage aussi (de 4.8% à 8% en un an), et la grogne ne fait que monter. En 2014, avant la Coupe du monde de football, des manifestations monstres avaient traversé le pays tout entier. Le contexte économique n'a pas évolué dans le bon sens, et des manifestations se créent régulièrement, notamment contre les hausses du pris du ticket de métro à Rio, mais aussi à Sao Paulo. Sur les 5 milliards de dollars de budget initial, le Comité d'organisation tente de réaliser des coupes de l'ordre de 5 à 20%. Ainsi, les chambres des athlètes  ne seront pas équipées de télévision, la zone VIP sera plus modeste que lors  d'autres éditions et des économies de papier seront également réalisées, avec  moins de documents imprimés. "Nous allons faire des Jeux avec l'argent que nous avons, sans laisser de  dettes au gouvernement ou à la société", a affirmé Mario Andrada, directeur de la communication du Comité, tout en avouant qu'il ne sera pas fait d'économies "sur les terrains des compétitions, les sports, les cérémonies ou l'héritage des JO".

Le contexte politique incertain

Cela fait plusieurs mois que le Brésil fait face à une crise politique majeure. Dans un pays où la corruption est endémique, un scandale de plus est ressorti: celui de la Petrobras. L'enquête, lancée en 2014, a mis au jour un système de  trucage systématique des marchés passés entre Petrobras et ses sous-traitants, donnant lieu à des commissions de 3% sur chaque marché dont une partie était  reversée à des élus de la coalition au pouvoir. Le préjudice s'élèverait à plus de 11 milliards de dollars (plus de 9 milliards d'euros). Cette entreprise, l'une des plus importantes du pays, met indirectement sur la sellette Dilma Rousseff. La présidente du Brésil fait face à des manifestations monstres, mais surtout à une procédure d'"impeachment", c'est-à-dire de destitution, en raison d'une falsification des comptes publiques en 2013, soit un an avant sa réélection. Et c'est tout son parti, le PT (Parti des Travailleurs), qui est en cause dans ce scandale. Dans les mois à venir, le Brésil pourrait donc vivre l'une de ses plus graves crises politiques, en plein désastre économique.

Les quatre sites olympiques de Rio de Janeiro
Les quatre sites olympiques de Rio de Janeiro