Muller
Aurélie Muller a cru à la médaille à Rio, avant d'être disqualifiée par les juges | Ramil Sitdikov / Sputnik

Rio 2016 - Natation (F) : le drame d'Aurélie Muller sur le 10km en eau libre

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Le décor de carte postale de la baie de Copacabana restera sûrement un de ses pires souvenirs : Aurélie Muller, qui a cru le temps de quelques minutes s'être parée d'argent au bout du 10 km en eau libre, a finalement été disqualifiée, lundi à Rio. Après une semaine déjà triste dans le bassin olympique, bouclée sur des querelles internes, la natation française aurait bien eu besoin d'un bol d'air. Au contraire, cette nouvelle désillusion, alors que Muller se présentait en favorite, forte de ses couronnes mondiale et européenne, la plonge encore un peu plus dans le désarroi.

Dans les tous derniers mètres du sprint final, au bout de dix kilomètres dans les eaux cariocas mouvementées, Muller (26 ans) est au coude-à-coude avec l'Italienne Rachele Bruni. Déportée vers la bouée, l'élève de Philippe Lucas se replace pour pouvoir toucher la plaque et stopper le chronomètre. Elle met alors sa main sur la tête de Bruni : c'est ce geste malheureux qui lui vaut quelques minutes plus tard une disqualification par le jury, qui la prive de médaille d'argent. "Elle m'a plongé la tête sous l'eau", dira l'Italienne devant la presse.

Bruni récupère ainsi la médaille d'argent (1h56:49.5), derrière la Néerlandaise Sharon van Rouwendaal, partenaire d'entraînement de Muller et victorieuse en 1h 56 min 32 sec 1/10. La Brésilienne Poliana Okimoto hérite elle du bronze (1h56:51.4). Encore à proximité du podium au moment de la cérémonie protocolaire, Muller, un temps prostrée, fond en larmes. 

Deux réclamations posées par la FFN ?

L'équipe de France a toutefois annoncé avoir déposé une réclamation, mettant en cause l'organisation. "Aurélie a été obligée de se déporter vers la droite (...) parce que la corde du chenal est amarrée sur le boudin à l'extérieur, alors que normalement elle devrait être à l'intérieur", a expliqué Stéphane Lecat, directeur de l'équipe de France d'eau libre. "Cette corde n'aurait jamais dû être à l'extérieur, ce que m'a confirmé par oral le juge arbitre", a-t-il insisté. "Après s'être battue comme elle s'est battue, c'est une grande injustice. Je trouve ça honteux et inqualifiable", a martelé le président de la Fédération française, Francis Luyce.

Les malheurs de la natation tricolore se poursuivent donc à Rio, entre contre-performances sportives et tensions en coulisses. Le compteur des Bleus a plafonné à deux médailles d'argent dans le bassin carioca la semaine dernière, ni Florent Manaudou ni le relais 4x100 m libre hommes ne réussissant à conserver le titre olympique. "Elle (Muller) avait fait une course formidable. On parle de valeurs en ce moment, (...) elle était quinze mètres derrière, elle n'a pas lâché, jusqu'au bout.", a souligné Lecat.

"J'ai trouvé que la décision avait été prise un peu vite quand même, réagissait Philippe Lucas, son entraîneur. Tu peux te repasser les images, prendre le temps. C’est une médaille olympique, quoi. S'il y a une faute, ok, il faut disqualifier. Elle est effondrée la pauvre. En plus, elle a 26 ans, tu vois... Elle aurait 18 ou 22 ans, tu as les boules, bien sûr, mais tu te dis : ''J’ai quatre ans (avant les prochains Jeux, ndlr)." Mais là, elle aura 30 ans, c’est terminé. C’est le pire scénario qui peut arriver."

AFP