Michael D'Almeida le pistard tricolore
Michael D'Almeida le pistard tricolore | AFP - TIM DE WAELE

Rio 2016 : Michael D'Almeida : "je risquerai de trop en dire..."

Publié le , modifié le

Médaillé de bronze avec la vitesse par équipe, le Français Michael D’Almeida avait du mal à savourer cette deuxième médaille olympique après l’argent il y a quatre ans à Londres. Pourtant, il a pris une part non négligeable dans ce podium avec son dernier relais décisif. Mais il avait trop de choses sur le coeur. Difficile de décrypter entre les non-dits et les sous-entendus qui dissimulaient à peine la tension et l'abattement.

Michael D'Almeida a soigneusement évité la sortie de piste après la médaille de bronze. La cocotte-minute n'a finalement jamais explosé et la Fédération Française de Cyclisme a évité une nouvelle polémique. Mais entre les lignes, on peut supposer que les changements d'entraîneur successifs après les JO de Londres n'ont pas aidé. Florian Rousseau parti en 2012, le Néo-Zélandais Justin Grace, son remplaçant a tenu un an. Il est aujourd'hui champion olympique avec la Grande-Bretagne. Franck Durivaux a assuré l'interim avant que Laurent Gané ne reprenne l'équipe en mains. Le staff actuel a été complimenté par D'Almeida, mais certains doivent avoir les oreilles qui sifflent cette nuit (mercredi à jeudi, ndlr). 

Que vous inspire cette médaille de bronze ?
Michael D’Almeida
: "Elle se respecte. Rien n’est jamais gagné d’avance, surtout une médaille olympique. Des champions ont dit par le passé, encore plus lorsqu’il s’agissait d’un titre olympique, qu’il troquerait toutes leurs médailles des Mondiaux pour une médaille olympique. Ce soir (mercredi, ndlr), je ne les comprends que trop bien".

Vous vous attendiez à être en retard à l’entame de votre dernier relais ?
M D A
: "Je n’ai pas vu les temps durant la course, mais je m’en doutais parce que j’avais vu les chronos des qualifications réalisés par les Australiens. Je savais qu’ils allaient les répéter et que j’avais de grosses chances d’être en retard au moment où François s’écarte. Je suis parti du principe qu’on allait l’être. Comme d’habitude, j’ai donné le meilleur de moi-même pour passer ma roue avant celle de mon adversaire. Ça a souri. J’ai encore fait, si je peux me permettre, un excellent troisième tour et c’est ce qui fait qu’on a pu aller chercher cette médaille de bronze".

Quelles sont les différences par rapport à la médaille d’argent d’il y a quatre ans ?
M D A
: "C’est différent, je pense qu’on va beaucoup plus l’apprécier. Pour être totalement honnête et objectif, il y avait deux nations, je peux même dire des écuries, qui étaient hors d’atteinte. Ce qu’ils (Britanniques et Néo-Zélandais, ndlr) ont réalisé en termes de chronos, on ne l’a jamais. Tout simplement. On s’est battu contre les autres, le reste du monde… Me dire qu’on est sorti de ce combat-là va m’aider à savourer."

Comment expliquez-vous de telles différences entre ces deux équipes et vous ?
M D A
: "Je ne me l’explique pas. Tous les quatre ans c’est la même chose. Si j’avais des explications, je ne serai pas aujourd’hui en train de vous parler en médaillé de bronze, ou il y a quatre ans en médaillé d’argent. Ça ne s’explique pas, c’est le sport. Je ne suis pas dans leurs écuries, dans leur pays, je ne sais pas comment ça fonctionne, je ne sais pas ce qu’il se passe. On n’en discute pas entre nous. Ils ont tout à fait raison et moi à leur place, je ferai exactement la même chose qu’eux. J’ai ma petite idée sur certaines choses. Mais je vais me taire parce que ce n’est pas bon de parler à chaud. Ce que j’ai au fond de moi (comme explications, ndlr), je ne suis même pas certains que ça nous aurait permis d’approcher leurs chronos."

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Qu’est-ce que l’équipe de France peut améliorer ?
M D A
: "On peut toujours s’améliorer dans la préparation. La preuve, on est troisième. On est des êtres humains comme eux, on est constitué pareil, on a un vélo comme eux. Pourquoi sont-ils meilleurs ? C’est la question qu’il faut se poser de manière intelligente. On parle toujours de leurs moyens financiers, mais pour moi ça ne s’arrête pas à ça. Des choix tardifs ? C’est toujours trop tard… Des décisions ont été prises et des choix ont été faits trop tard. On aimerait toujours avoir les choses avant, plus tôt, mais on a un système différent du leur, ça nous frustre un peu. Le résultat n’est pas seulement dans le retard qu’on a pris, c’est toute une atmosphère aussi. Des personnes qui gravitent autour de nous. C’est mon avis personnel."

C’est-à-dire ?
M D A
: "Je ne vous dirai pas tout… Il n’y a pas de colère. Je suis amplement satisfait de la préparation qu’on a faite depuis qu’on est arrivé. Je salue le staff présent ici, il a parfaitement rempli sa mission. Il était de qualité. Tout ce qui envahit ma tête ce soir, ce n’est pas seulement ce qu’il s’est passé ce soir, c’est tout ce qui s’est passé ces deux, trois, quatre dernières années. A mon sens, il y a des choses à revoir. La priorité, c’est l’équipe de France, ce sont les athlètes qui la composent. Le meilleur doit être dans une équipe, ce n’est pas une histoire de changement. (Embarrassé) C’est… Je risquerai de trop en dire. Il y a des gens qui, heureusement, n’étaient pas à Rio. Ils n’ont pas eu le droit de venir, mais ils nous ont porté préjudice. En tout cas à moi, et il va falloir que ça se règle."

Vous teniez déjà ce discours sur le retard pris à Londres il y a quatre ans.
M D A
: "Non ce n’était pas le même discours. A Londres, l’atmosphère était totalement différente. On sortait d’une Olympiade où tout coulait de source. On était un peu des 'bisounours', on était ultra-confiant. Ces quatre dernières années ont été totalement différentes donc ce ne sont pas les mêmes mots."

Vous avez été surpris par le niveau affiché par la Grande-Bretagne et la Nouvelle-Zélande ?
M D A
: "Non, car il ne faut pas aborder la compétition avec ce genre de pensées. Mais ce qui est embêtant, frustrant, c’est le gap entre eux et nous. On n’a jamais fait ces temps-là. L’or se jouait entre eux. On ne pouvait pas espérer autre chose que le bronze. Je ne maîtrisais pas le niveau des autres équipes. J’ai vite compris qu’elles étaient hors d’atteinte et qu’il faudrait battre les autres. Au deuxième tour, on est tombé contre une grosse équipe de Pologne. Le constat est malheureux, mais c’est comme ça. Mais ça nous aidera aussi à savourer cette médaille. Ca fait du bien de quitter le vélodrome 'en ayant gagné'. A Londres, on était sorti perdant. Là on sort vainqueur, ça fait un peu plus de bien au moral.

Avec ce que vous avez réalisé aujourd’hui, vous faîtes le plein de confiance pour le keirin ?
M D A
: "Je vais aborder cette compétition, comme j’ai abordé la vitesse par équipes, en conquérant. Ce que j’ai réussi à faire aujourd’hui, ça ne me surprend pas, ni ne m’étonne. C’est que ce que je valais."