Mehdy Metella, Fabien Gilot, Florent Manaudou, les relayeurs français
Les relayeurs français Mehdi Metella, Fabien Gilot et Florent Manaudou lors de la finale olympique du 4x100m nage libre | AFP - GABRIEL BOUYS

Rio 2016 : Le relais 4x100m nage libre tourne une page avec sa médaille d'argent

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La médaille d’argent du relais 4x100m nage libre tricolore derrière les Etats-Unis a suscité des émotions mitigées chez les nageurs tricolores. Déception de la défaite, mais sentiment du devoir accompli et première médaille pour les Bleus. Une première qui restera aussi comme la dernière de Fabien Gilot.

Il est resté de longues secondes assis, hagard, sur le plot de la ligne d’eau numéro 6. Il est minuit et quelques et Fabien Gilot reste seul juste à côté des Américains qui célèbrent leur succès. Dans une piscine olympique transformée en volcan par les cris du public, Gilot et ses potes (Florent Manaudou, Mehdy Metella et Jérémy Stravius) viennent de perdre leur titre olympique. L’âme bleue de ce 4x100, lui qui avouait "bander plus pour les relais" lors de l’Euro 2014 après sa médaille d’argent sur 100m nage libre, pense sûrement à son aller-retour face à la légende vivante, Michael Phelps. Avec son 48’’20 lancé, le Marseillais n’a rien pu faire face au 47’’12 de l’homme qui pèse désormais 19 titres olympiques. Une seconde, une goutte d'eau ou une éternité, comme on veut, qui a enterré les ambitions françaises. 47’’12, soit deux secondes de moins que le seul chrono de Phelps sur 100m avant Rio (49’’49), un chrono qui donnait à l’Américain aux bilans, le 121e temps de la saison et le 19e de son pays. Mais le nageur aux 23 breloques olympiques est exceptionnel, Gilot en a une nouvelle fois la confirmation.

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"Tu serres les dents quand il passe devant toi, déclare le Français, aujourd’hui je me fais un peu décrocher, ça fait partie du sport". Pour l’anecdote à Londres, Gilot avait déjà été le deuxième relayeur face à Michael Phelps, mais l’issue avait été différente. Plus heureuse. Pas cette fois. "On les battait tout le temps depuis quatre ans, aujourd’hui ce sont eux, malheureusement c’est le jour des Jeux".

Fataliste, déçu mais aussi heureux de ramener cette première médaille tant attendue par le clan français, le capitaine était tout cela à la fois. "Après la course, il m’a fallu du temps pour accuser le coup, mais une première médaille c’est bien. Elle a forcément un goût amer, mais 3’10’’53 ça reste un temps très rapide, plus rapide que lors du titre mondial à Kazan l’an dernier (3’10’’74, ndlr). Ils (les Etats-Unis) ont été très forts, juste un poil plus que nous. L’addition des quatre, ce qui faisait notre force ces dernières années, a joué en leur faveur. Mais cela reste tout de même une médaille d’argent olympique, on peut en être fier".

"Ma dernière à ce niveau"

Cette deuxième place à Rio marque la fin d’un cycle pour ce relais, superbe pourvoyeur de médailles. Fin de cycle car l’invincibilité qui durait depuis 2012 (titre olympique à Londres, titres mondiaux 2013 et 2015, titres européens 2014 et 2016) se termine. Fin de cycle car Gilot, à 32 ans, a annoncé qu’il tournait la page : "C’était ma dernière à ce niveau, ce sont mes quatrièmes Jeux, j’ai 32 ans, je vais laisser ma place. Il y a de beaux visages français qui sont en train d’arriver et je suis persuadé que le 4x100 va briller dans les années à venir".

Gilot, sur le départ, il faudra bien un nouveau visage pour incarner le plus beau fleuron de la natation tricolore. Logiquement, les regards se tournent vers Florent Manaudou, champion olympique du 50 mètres nage libre, qui a tout gagné avec ce relais – sauf l’or olympique -. Le nageur marseillais, auteur d’un troisième relais convaincant en 47’’14, ne s’est pas arrêté en zone mixte, avançant le prétexte de la récupération. Tout juste a-t-il eu le temps de dire que personne n’était "imbattable" et qu’il aurait "préféré offrir une Marseillaise" à la France. En passant devant les journalistes, le frère de Laure, avait le regard fermé, au contraire de Jérémy Stravius, plutôt souriant malgré ce revers.

Stravius, nouveau capitaine ?

Le nageur d’Amiens a su trouver les mots, tâche qui revenait habituellement à Gilot, pour parler de cette médaille d’argent. "Fab’ nous a dit qu’il était désolé, mais il n’y a pas de coupable dans l’histoire. On a fait une belle course, on peut être fier et il y a de belles défaites", assure-t-il. Il n’oublie pas d’y associer Clément Mignon et William Meynard, les relayeurs des séries du dimanche matin, en saluant "l’esprit de cette équipe de France". "Cette médaille d’argent, on la partage à six", insiste-t-il. Dans l’eau, on l’a vu tout tenté malgré le retard. Dernier relayeur, il a encore fait une coulée dont il a le secret, provoquant les vivas d’une foule en délire, mais face à lui, il n’avait pas le premier venu. Nathan Adrian, champion olympique du 100m en titre, a été le seul des 32 nageurs de la finale a passé sous la barre des 47 secondes (46’’97).

Même à bloc, même avec l’envie de faire "la course du siècle", de réaliser un hold-up et rendre la monnaie de sa pièce à Jason Lezac, l’Américain, qui avait privé Alain Bernard et sa bande d’un titre qui leur était promis en 2008 à Pékin, même avec la conviction au moment de plonger que c’était possible, même avec tout ça, Stravius a échoué. Car les Etats-Unis étaient trop forts. Après la course, il n’avait aucun regret pour la demi-finale du 200m nage libre qu’il a laissée de côté pour se concentrer sur cette finale. "J’entends des commentaires comme quoi ça ne sert à rien de s’engager, ‘a-t-il fait le bon choix,’… Basta, c’était mon choix, assène-t-il. Si j’avais fait le 200, est-ce qu’on serait deuxième et pas troisième ?". La question restera sans réponse, mais en privilégiant la chance collective plutôt que sa carte personnelle, il se pose en digne successeur de Fabien Gilot. Un Gilot qui peut partir tranquille, son "bébé" est entre de bonnes mains. Et puis, on ne se refait pas, il veillera au grain. "Je serai peut-être pas très loin pour leur donner un conseil ou deux", promet-t-il… On veut bien le croire.

Benoit Jourdain @BenJourd1