Cyclisme sur piste
Médaille d'or pour les Britanniques à la poursuite | Odd Andersen / AFP

Rio 2016. La Grande-Bretagne, pour remettre en question l’ordre établi

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Il ne reste que 5 jours de compétition olympique et le Royaume-Uni caracole à la deuxième place au classement des médailles, derrière les Etats-Unis et devant la Chine, habitués à se partager les deux premières positions depuis 2004. Décryptage.

Le petit "à toi, à moi" des États-Unis et de la Chine dure depuis 12 ans. Depuis les Jeux Olympiques d’Athènes. Cette année-là, les Américains finissaient premiers avec 101 médailles dont 35 en or devant les Chinois avec leur 63 médailles dont 32 en or. La Grande-Bretagne pointait elle à la dixième position, derrière la France, l’Allemagne ou l’Italie avec 30 médailles dont 9 en or.


Mais ça, c’était avant. Depuis 2008, la Grande-Bretagne a toujours fait partie des meilleures nations mondiales. 4e en 2008 à Pékin puis 3e chez elle à Londres en 2012. Et cette année, elle semble avoir décidé d’aller encore plus loin. Avec 50 médailles dont 19 en or, la voilà désormais 2ème. Mais comment l’expliquer ?

 

  • La défaillance chinoise

La défaillance chinoise

La Chine pointe à l’heure actuelle à la troisième place avec 51 médailles dont 17 en or. Une belle performance à ce stade de la compétition mais qui est loin de ravir la presse chinoise. Si, en première semaine, le départ poussif de leurs sportifs n’inquiétait pas plus que ça, les journalistes se sont montrés beaucoup plus acerbes depuis le début de la seconde. "Même la Grande-Bretagne a plus de médailles d’or que la Chine", a écrit sur son compte Twitter l’agence de presse du pays. En gymnastique par exemple, la Chine a largement déçu. L’empire du milieu ne remporte aucun titre et doit se contenter de deux médailles de bronze par équipes. Une première depuis de très nombreuses années.

 

  • La Russie pénalisée

La Russie pénalisée

La Russie en 2012 était le concurrent direct de la Grande-Bretagne. Le pays se classait alors juste derrière le pays hôte avec 81 médailles et 23 en or. Mais il y a eu le scandale révélé par le rapport McLaren assurant que Moscou a triché avec un système de dopage d’État sécurisé de ses sportifs. Le pays, qui a longtemps craint de ne pouvoir représenter aucun sportif aux Jeux olympiques en a finalement présenté un peu plus de 276 pour en perdre 68. Un nombre d’athlètes en nombre réduit, surtout en athlétisme. La Grande-Bretagne avait d’ailleurs terminé 4e en 2012 dans cette discipline derrière les Américains, les Russes et les Jamaïcains.

 

  • Le loto pour relancer les sports olympiques

Le loto pour relancer les sports olympiques

Nous sommes en 1996, à Atlanta. La Grande-Bretagne termine à la 36e place au tableau des médailles avec une toute petite breloque en or. Un véritable fiasco. Une décision va tout changer : le sport olympique britannique sera désormais financé par la loterie nationale qui lui reversera une partie de ses profits. Et année après année, ce programme va s’intensifier. Près de 76 millions d’euros entre 1996 et 2000, 302 en 2008 puis 340 en 2012. Les résultats suivront, de façon impressionnante et en très peu de temps. Un constat certainement lié à la répartition des fonds de la loterie nationale. Car plutôt que de diviser équitablement les sommes, le pays va décider de favoriser les disciplines qui gagnent. Ainsi, l’aviron qui totalise avant 2012 54 médailles va recevoir 35 millions d’euros alors que le tennis de table, n’ayant accumulé aucun résultat ne reçoit qu’1,5 million d’euros.

 

  • La puissance du cyclisme sur piste britannique

La puissance du cyclisme sur piste britannique

C’est certainement le cyclisme qui symbolise le mieux cette montée en puissance du Royaume-Uni. Si l’argent a permis de professionnaliser les athlètes, qui peuvent se consacrer exclusivement à leur sport, il a également permis d’avoir les équipements les plus modernes et des nouvelles technologies pour développer les performances des sportifs. Plus celles des cyclistes se sont améliorées, plus l’argent a afflué. Et ces fonds ont été utilisés à bon escient. "Dans l’approche scientifique de la performance", explique Frédéric Magné, le directeur du Centre mondial du cyclisme et consultant lors de ces jeux de Rio pour France télévisions. "Rien n’est laissé au hasard. Ces milliers de seconde accumulés font des centièmes, puis des dixièmes", poursuit-il.

Leur stratégie est également différente de celle des Français par exemple qui totalisent une unique médaille de bronze en vitesse par équipes à Rio. D’un seul titre aux JO de Sydney en 2000, la team GB est passé de deux à Athènes puis à sept à Pékin et à Londres. À ce stade de la compétition olympique le cyclisme sur piste britannique totalise 6 médailles d’or dont trois pour le seul Jason Kenny, lors du keirin, de la vitesse individuelle et de la vitesse par équipes. Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines. Comme les derniers mondiaux, pourtant dominés par les Français mais qui ne représentent pour les Britanniques qu’un test en vue des JO. 

Et si le Royaume-Uni est aussi haut placé, c’est peut-être tout simplement grâce à cette stratégie du "tout pour les JO".

Boris Courret