La déception des Français
Earvin Ngapeth, au sol les bras en croix, et toute l'équipe de France prostrée après son élimination des JO | AFP - DPPI MEDIA - JULIEN CROSNIER

Rio 2016 - La fin de l'odyssée olympique pour les volleyeurs français

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En s'inclinant (3-1) contre le Brésil devant son public bouillant, l'équipe de France a été éliminée du tournoi olympique de volley. Depuis quatre ans, ils avaient l'objectif de se qualifier pour Rio, et depuis un an et demi, à force de succès (Ligue mondiale et Euro en 2015), ils rêvaient de podium. Mais tout s'est terminé sèchement, au terme d'un match de très haut niveau.

Antonin Rouzier à genoux, Ervin Ngapeth allongé au sol les bras en croix, Jenia Grebennikov les mains sur les hanches. Et toutes les têtes qui se baissent. L'équipe de France a vécu un cauchemar au milieu de la liesse collective des Brésiliens. Le contraste est frappant. L'ambiance a été incroyable pendant tout le match, mais les Français se trouvent seuls avec leur peine.

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Trois sets perdus, en ayant à chaque fois mené au score, cela laisse des regrets. Ceux de voir le parcours olympique s'arrêter là, alors qu'ils visaient un podium, et s'étaient persuadés, grâce à leurs résultats, qu'ils pouvaient le faire. "Ca se joue à un cheveu sur le premier set, à un cheveu sur le 4e", analyse sobrement Laurent Tillie, le sélectionneur. "Il nous a manqué ce grain de folie qu'on a souvent, qui nous permet de faire déjouer l'adversaire", ajoute Earvin Ngapeth. "On n'a pas réussi contre les Etats-Unis, en tout cas pas tout le temps, et ce soir c'est pareil. On arrive à les faire déjouer, et au moment important, ils sont plus solides que nous. On pensait qu'on était arrivé à maturité, mais quand c'est les JO, on voit que les équipes qui ont l'expérience, l'habitude de les jouer, ça paye."

Vidéo: La perte du 1er set

Pour tous, un mot revient: frustration. Et une équipe concentre leurs regrets: l'Italie. "Les regrets ils ne sont pas sur ce match mais sur le premier contre l'Italie, où on n'était pas dedans", reprend Ngapeth. "En plus, ce soir les Italiens n'ont pas joué le jeu. Ils ont fait exprès de perdre. L'échauffement a été compliqué dans la tête." Car en laissant des joueurs au repos et en ne jouant pas à leur maximum, les Transalpins, battus par le Canada (3-1) juste avant la rencontre et salués par une bronca du public, avaient condamné le perdant du match au sommet.

"Il y a beaucoup de regrets, surtout sur le premier match contre les Italiens. Tous les matches qu'on a perdus nourrissent des regrets. Ca se joue sur de petits détails", estime le libéro Jenia Grebennikov. "On n'a pas vu la vraie équipe de France. Il y avait l'attitude qu'il fallait, mais pas le niveau technique", constatait amèrement Antonin Rouzier, "l'ancien" du groupe. "Il y a énormément de frustration parc qu'on a une équipe pour aller sur le podium. Les Brésiliens n'étaient pas sereins. Il y avait juste un petit truc à faire pour jouer ce 5e set et on aurait gagné le match. Le haut niveau se joue sur des détails. Aujourd'hui, on a fait beaucoup d'erreurs au service, en défense. A ce niveau-là, ça ne pardonne pas." Grebennikov complète la liste des manques: "Il nous a manqué quelques petits points exceptionnels, quelques services, des contres, des choses qu'on avait auparavant et pas sur ces Jeux."

Vidéo: La "spéciale" Ngapeth

Pourtant, dans le jeu, Ngapeth et Rouzier notamment se sont démultipliés, et les Bleus ont montré encore une fois toute leur combativité en défense. En vain. Alors qu'elle menait encore 23-21 dans le 4e set, la France a subi deux décisions vidéos arbitrales en sa défaveur. "Ces deux points au 4e set nous font mal: la balle n'est pas touchée par leur block, la leur si. Il a manqué un peu de chance", regrette Grebennikov. "On fait malgré tout un très bon tournoi, à part le premier match contre l'Italie où on n'est pas dedans", insiste Laurent Tillie. "On a la malchance de voir les USA qui commencent très mal leur tournoi, et les Italiens qui finissent très mal. Du coup, le Canada en profite pour prendre notre place."

Mais il sait aussi que la malchance n'explique pas tout: "On n'est pas encore à ce niveau-là. Les trois équipes qui nous ont battues sont à un niveau vraiment supérieur dans les détails. Il faut qu'on l'accepte et qu'on reparte pour travailler sur ces détails afin que la prochaine fois, on puisse monter sur le podium. Nous on n'a pas de marge, ce qui donne encore plus de valeur aux résultats qu'on a obtenus. Ces équipes là ont une marge. Pour gagner, il faut que tout soit dans le bon alignement, et qu'on soit dans la folie la plus pure. On était dans la folie, mais cela n'a pas suffi dans ce tournoi olympique."

Les larmes de Rouzier

Victorieuse de la Ligue mondiale et de l'Euro 2015, passée par deux Tournois de qualification olympique (janvier et mai) pour valider son ticket pour Rio, sur le pont de la Ligue Mondiale pendant l'été, l'équipe de France a aussi eu la malchance de tomber dans un groupe relevé, avec des équipes qui avaient déjà leur qualification depuis bien longtemps. Pendant que les Français tiraient la langue aux quatre coins du globe, leurs adversaire se préparaient à l'échéance. "On a donné tout ce qui nous restait, tout ce qu'on avait contre une équipe qui, je pense et j'espère, sera championne olympique", annonce Earvin Ngapeth. "C'est un énorme échec pour toute l'équipe et pour moi personnellement", affirme durement Antonin Rouzier. "C'est un gros coup sur la tête. On avait pour objectif de faire un podium. On pensait qu'on en était capables, mais ça s'est mal goupillé sur ce tournoi. Il y avait la pression de l'événement. On n'a pas l'habitude de faire des JO, et ça s'est vu."

Lorsqu'il parle des sacrifices faits depuis des mois, le pointu craque. "J'ai dû voir mon fils vingt jours pendant l'été..." Laurent Tillie, comme tous les joueurs, tout le staff, est marqué: "On est tous atteints." Mais en chef de meute, il veut voir plus loin: "Le tournoi olympique, c'est un autre niveau que les championnats du monde ou d'Europe. Cette équipe est jeune, il y a encore une histoire. Il y aura certainement du renouvellement. Il faut partir sur l'envie de travailler et rebatir."