Les Françaises sur le podium de Rio
L'équipe de France féminine de handball sur la deuxième marche du podium aux JO de Rio | AFP - FRANCK FIFE

Rio 2016 - Handball: L'argent fait presque le bonheur des Françaises

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Inconsolable, Allison Pineau tentait de se persuader que la médaille d'argent de l'équipe de France de handball, la première aux JO, lui convenait: "Je vais savourer le moment en temps venu. Pour l’instant, c’est assez difficile mais j’y arriverai. Je suis émue, frustrée, je suis inconsolable." A ses côtés, d'autres ont franchi le cap: "Pour cette équipe, l’argent est extraordinaire", affirme Olivier Krumbholz, l'entraîneur.

"Elles nous ont fait rouler à 180 sur la corniche, et à un moment donné, on rate un virage." Le constat est limpide de la part d'Olivier Krumbholz. Son équipe de France s'est inclinée quelques minutes avant (22-19), mais l'entraîneur avoue l'infériorité de ses troupes face aux Russes. "On a perdu contre une équipe qui nous a battus deux fois, qui est meilleure que nous. Dans les conditions du jour, si on joue cette équipe russe dix fois, ont perd dix fois. En revanche, si on est au complet, en pleine forme, il y aura une possibilité." Les blessures d'Alexandra Lacrabère et Amandine Leynaud ont probablement affaibli le collectif. Mais ce n'est pas tout.

Vidéo: La réaction d'Olivier Krumbholz

Pour prendre conscience de la performance des Bleues, il faut revenir fin janvier, lors de l'éviction d'Alain Porte, alors sélectionneur de cette équipe en pleine crise. Quarts de finaliste du Mondial fin 2015 (battue par les Pays-Bas), cette formation ne vivait pas bien. Olivier Krumbholz, son ancien maître d'oeuvre, a été rappelé à la rescousse. "Olivier a su nous amener ici. C’est une grosse satisfaction", lance Camille Ayglon, l'une des anciennes du groupe. "A partir du moment où Olivier a repris l’équipe, on n'a fait que travailler", ajoute Béatrice Edwige. "Je suis très fière du groupe. C’est une sorte de résurrection. On revient de loin, on a beaucoup souffert", souffle à son tour Allison Pineau.

A photo posted by @francetvsport on Aug 20, 2016 at 2:06pm PDT

Double vice-championne du monde en 2009 et 2011, l'arrière gauche, malgré toute son expérience, est la plus déçue de toutes les joueuses. Depuis que le match est fini, elle ne cesse de pleurer. "Je suis émue, frustrée, je suis inconsolable. On a tout donné, même si je pense qu’il y avait de la place pour faire quelque chose. Je suis très fière de cette médaille, du chemin parcouru… Je repense au match, à cette médaille qui nous tendait les bras mais il faut admettre la supériorité des Russes qui n’ont perdu aucun match à ces JO." Mais elle retient, pour le moment, juste ça: "Je suis vice-championne olympique, mais championne olympique ça aurait été bien."

Vidéo: Les Bleues échouent face aux Russes

Béatrice Edwige veut effacer les regrets de son esprit: "J’ai envie de savourer. Je n’ai pas envie de penser à ce qu’on aurait dû faire, ce qu’on n’aurait pas dû faire. Je veux juste penser à ce qu’on a fait, et à la médaille. C’est l’essentiel." Sur le podium, elle a encore versé des larmes, entre quelques rires: "C'était des larmes de bonheur. Je n’ai pas envie d’être dans ce sentiment de tristesse. Je veux ce sentiment de joie, de fierté." Camille Ayglon a également pleuré, mais quelques minutes après la cérémonie de remise des médailles, la jeune maman a retrouvé le sourire: "Je ramène à mon petit garçon une magnifique médaille. Je pense qu’il ne m’en voudra pas pour la couleur." Elle se contente de l'argent, mais elle aimerait tellement l'or: "J'en ai un peu marre de l’argent. Si c’est ma première olympique, j’en ai déjà eue deux comme vice-championne du monde. J’aimerais bien monter sur la plus haute marche de la boîte. C’est merveilleux même si on ne réalise pas encore ce qu’on a fait. C’est encore la déception du dernier match. On aurait vraiment signé des deux mains si on nous avait proposé ça avant de venir aux Jeux."

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Le bras en écharpe, Alexandra Lacrabère veut également voir tout le chemin parcouru: "Il y a la frustration de perdre une finale. Après le Mondial qu’on a fait, qui aurait cru qu’on se retrouverait là aujourd’hui ? A part nous, à part ce staff..." Idem pour Grâce Zaadi: "Dans quelques jours, avec cette médaille d’argent, on sera heureuses parce qu’il y a quelques mois, on aurait signé pour ça. Lorsque tu joues une finale, la médaille d’argent parait petite car on veut forcément l’or." Et toutes l'affirment à l'unisson de Béatrice Edwige: "On n’est plus des collègues, on est devenu un groupe d’amies." Après trois mois de "mode commando", un groupe est sans doute né. Cet argent "doit nous donner l’ambition de travailler, de réussir et surtout de progresser", a annoncé le sélectionneur.

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze