Le Français Gauthier Grumier
Le Français Gauthier Grumier | AFP - KIRILL KUDRYAVTSEV

Rio 2016: Gauthier Grumier, un N.1 mondial sur ses gardes

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Pour ses deuxièmes Jeux Olympiques, quatre ans après le fiasco de Londres (zéro médaille pour l’escrime française), l'épéiste Gauthier Grumier fait profil bas malgré son statut de N.1 mondial. « Ca n’assure rien du tout, et ça peut ne rassurer en rien », tranche-t-il. Il a déjà payé pour savoir qu’être favori ne garantit aucune médaille.

Il est N.1 mondial, vice-champion du monde en 2015 en individuelle comme en 2010. Mais Gauthier Grumier ne veut pas entendre parler d’un statut de favori à Rio : « L’essentiel, c’est d’arriver aux Jeux », scande-t-il. « Le classement importe peu. Ce sera l’épreuve d’un jour, et il faudra être le meilleur cette fois-là. Etre N.1 ou N.50, cela ne change rien : du moment qu’on est aux Jeux, on est un champion olympique en puissance. Il faudra faire la performance le jour J. »

Imaginez-vous un Novak Djokovic ou un Usain Bolt tenir un tel langage avant le début d’une finale ? C’est peu probable. Mais en escrime, tout est possible. Brice Guyart, champion olympique au fleuret en 2004, rappelle ainsi : « Ce ne sont jamais les favoris qui gagnent, et je suis bien placé pour le savoir. » Gauthier Grumier est également bien placé pour le savoir. En 2012, pour ses premiers Jeux en tant que titulaire, après avoir été remplaçant à Pékin où il avait « juré de ne jamais plus faire de la figuration, d’arrêter de faire le gentil, donc de ne jamais plus vivre les Jeux des tribunes », il avait été éliminé dès le 1er tour à Londres. « J'étais venu pour gagner la médaille d'or, et à 10h j'ai fini », disait-il alors avec amertume.

Londres, "une blessure ouverte"

Et de raconter encore aujourd’hui qu’il « faut du temps pour digérer. Ca reste une blessure ouverte en moi. Se qualifier pour les JO, c’est dur, mais une fois qu’on y est, de par l’histoire de notre discipline avec ces 115 médailles gagnées et par rapport à nos partenaires d’entraînement qui nous accompagnent pour préparer l’échéance, j’avais un sentiment de honte. J’espère ne pas le retrouver au Brésil. » Il n’a donc pas oublié mais il a tout de même eu droit à une piqure de rappel lors des championnats d’Europe, fin juin, avec une élimination au 1er tour. A Rio, l’escrimeur de Levallois sera donc sur ses gardes. S’il a été terrassé d'entrée en Pologne, son compatriote Yannick Borel a décroché l’or, et Jean-Michel Lucenay le bronze. « On a maintenant les athlètes sélectionnés qui ont les habitudes des podiums, ils ont retrouvé la confiance », estime le N.1 mondial. « Les entraîneurs nous ont fait redoubler d’efforts à l’entraînement, il a fallu retrouver la confiance qu’on pouvait avoir les olympiades précédentes. Quand on fait des médailles, quand on gagne des épreuves de Coupe du monde, c’est sûr qu’on arrive aux championnats du monde avec plus de certitudes. Idem pour les Jeux quand on y arrive avec des médailles des championnats du monde, on a plus de confort, on est un peu plus frais dans la tête. »

Car depuis cet échec collectif en 2012, des choses ont changé dans l’escrime tricolore. « Ce qui a changé, c’est que les étrangers avaient moins peur de nous », résume-t-il. « Et nous on doutait de nos capacités à réussir. Pour ma part, j’ai toujours pensé que ce cycle de victoire à l’international a redémarré le jour ou Enzo Lefort a remporté le CIP en 2014. Ca a redonné confiance à beaucoup d’entre nous. »

Une médaille fera son bonheur

A 32 ans, Gauthier Grumier fait figure d’ancien dans cette équipe de France, et il compte le mettre à profit : « A Pékin, j’avais eu l’expérience du village très rapidement. A Londres, j’étais moins surpris par tout ce faste. Avec cette expérience, j’irai peut-être plus à l’essentiel à Rio. » Car la France a un affront à laver. Jamais depuis Roma en 1960, elle n’était repartie des JO sans la moindre breloque. « Rio c’est une médaille et ce sera bien », glisse-t-il. « Si c’est en or, ce sera génial, si c’est en argent ce sera très bien, si c’est en bronze je ne serai pas le mec qui aura perdu deux fois dans la journée, et donc ce sera déjà bien. » En toute humilité, Gauthier Grumier est prêt pour son plus bel assaut, à Rio.