Le bonheur partagé de Gauthier Grumier avec Hugues Obry
Hugues Obry et Gauthier Grumier laissent exploser leur bonheur avec le bronze olympique en individuel à Rio | AFP - FABRICE COFFRINI

Rio 2016 - Gauthier Grumier redonne le sourire à l'escrime française

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En décrochant la médaille de bronze à l’épée, Gauthier Grumier a effacé le zéro pointé de l’escrime française à Londres en 2012. Et c’est tout le camp tricolore qui a été transporté de bonheur, ému à l’image de son entraîneur, Hugues Obry. Plongée dans une libération collective.

Les larmes ont failli couler. Mais Hugues Obry est parvenu à les retenir. Mais si elles avaient coulé, elles auraient été celles du bonheur. L’entraîneur des épéistes tricolores est ému. Terriblement. Avec gourmandise aussi. C’est tout un poids qui a disparu d’un coup, sur une touche, celle qui s’était refusée à Manon Brunet hier au sabre ou à Lauren Rembi samedi à l’épée. « On pourrait croire que ce n’est que du bronze, mais c’est notre médaille d’or à nous », avoue-t-il la voix basse, presque inaudible, pour ne pas se laisser submerger par l’émotion. Les yeux sont humides. Mais il tient et explique : « J’avais peur car, je me demandais s’il allait tenir le coup, si on n’avait pas la scoumoune. »

Car depuis les JO de Londres 2012, les escrimeurs français n’entendent parler que d’une chose : le zéro pointé. Pour un sport qui a ramené tant d’honneur et de médailles à la France (115 aux JO avant cette édition 2016), c’était une blessure. Alors, quand Gauthier Grumier est entré sur la piste, pour ce match pour la médaille de bronze, tout le monde était là en tribunes. Toute l’escrime française voulait, avec lui, casser la dynamique négative. Enzo Lefort, Cecilia Berder, Auriane Mallo, Lauren Rembi, Erwann Le Pechoux, qui ont tous échoué en individuel dans cette quête de médaille, étaient là. Les autres aussi. Ils sont tous crispés.

Une joie sous contrôle pour Grumier

Daniel Jerent, éliminé ce matin, est le premier à se manifester bruyamment en se levant lorsque son coéquipier revient à (2-3). Lorsqu’il passe devant (4-3), il saute de son siège. Le match est serré, le camp tricolore tendu. Des « Gauthier, Gauthier », tombent parfois. Mais il faut attendre cette ultime touche victorieuse pour que tout le monde explose. Dans une libération collective. Hugues Obry fait des bonds sur la piste, le médaillé d’argent contient sa joie par respect pour son adversaire. « Je ne voulais pas exploser devant lui. Je préfère vivre ma joie avec mon entraîneur, avec l’équipe de France et ne pas lui mettre ça en pleine gueule. C’est indescriptible comme émotion. »

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Mais lorsqu’il descend de la piste, après avoir encore étreint son coach, c’est dans les bras de Yannick Borel, battu en quarts de finale, qu’il se jette. Puis, c’est le « gros » des troupes françaises, qui le hissent au-dessus d’eux dans les tribunes. La joie est immense, réelle. Elle est individuelle, mais tellement collective.

Gauthier Grumier porté en triomphe par ses coéquipiers de l'équipe de France
Gauthier Grumier porté en triomphe par ses coéquipiers de l'équipe de France

« Certains ont pensé que j’étais terminé en 2013 après mes blessures », rappelle le médaillé. « J’ai réussi à sortir la tête de l’eau grâce à Hugues, grâce à Stéphane Leroy à l’Insep, grâce au groupe d’entraînement à l’Insep. J’ai changé de personnalité pour eux, pour m’intégrer davantage par rapport à ce que j’étais auparavant. » Et il y a sa famille, bien évidemment, sa femme et son enfant, restés en France « parce que je ne voulais pas qu’ils viennent. Au final, cela aurait été pas mal qu’ils soient là. » Préférant leur confort, il attendra pour partager pleinement son bonheur avec eux.

Vidéo: La réaction de Gauthier Grumier

« C’est la concrétisation de quatre ans, et ça m’aurait fait ch… qu’il n’ait rien du tout », accentue Hugues Obry. « Il y avait 38 gars, 20 pouvaient gagner, être sur la boîte, c’est énorme. Je suis fier de lui. Il finit là-dessus. » Il ne peut en dire plus. Car lorsqu’il a fini sa carrière, Hugues Obry a vu arriver le jeune Gauthier Grumier, et à la fin de ces JO, le nouveau médaille olympique raccrochera ses lames. Leur relation est intense, belle. Lorsqu’on dit à l’élève que son coach est très ému, il sourit. « Je l’ai connu gamin, il finit avec moi, c’est top », ajoute le technicien, qui prendra la direction de la Chine après les Jeux. « C’est pas facile d’emmener des gars tout là-haut. Je l’ai récupéré après Londres, il pouvait à peine marcher. Des gens l’ont assassiné. J’ai toujours cru en lui parce qu’un talent, ça se voit. Il a la grinta pour ça. J’ai juste fait mon job, aidé par tout mon staff, l’Insep, et tous les gars. C’est grâce à tous qu’il est là. »

Vidéo: La fin du match pour la 3e place

« J’ai gagné ma finale », scande Gauthier Grumier. « Après sa demi-finale, il s’est remis dedans comme s’il était programmé pour la disputer », souligne Hugues Obry. « Après la demi-finale, je n’ai pas voulu m’arrêter. Je ne voulais pas que vous me posiez des questions sur ma déception. J’étais vraiment axé sur cette médaille de bronze », acquiesce son élève. « Je suis très très heureux. C’est énorme. J’aurais aimé être médaillé d’or. Médaillé de bronze ou médaillé d’argent, je prends quand même, je n’en ai rien à faire. Celle-là, on ne pourra pas me l’enlever. Je suis allé la chercher tout seul. » Avant les Jeux, il nous l'affirmait: peu importe le métal, une médaille fera son bonheur. Il le confirme ce soir à Rio.

Tout seul, mais avec tous les escrimeurs tricolores derrière lui. « C’était difficile car beaucoup nous attendaient », rappelle Obry. « On avait une pression énorme. Tu te prends tout sur les épaules, mais heureusement on a un bon sac à dos. » En ayant mis le zéro médaille de Londres derrière elle, Gauthier Grumier a peut-être redonné une dynamique positive aux escrimeurs français : « Je suis très satisfait d’avoir débloqué le compteur de l’escrime, et j’espère que ça va s’enflammer sur le reste des épreuves. Il n’y a pas de raison que cela ne nous sourie pas. On va envoyer du steak. » Parole d’un nouveau médaillé olympique, futur retraité, bien décidé à faire encore mieux en équipe.