Tony Parker, Rudy Gobert et Boris Diaw, les joueurs de l'équipe de France
Tony Parker, Rudy Gobert et Boris Diaw, les joueurs de l'équipe de France | AFP - EMMANUEL DUNAND

Rio 2016 : France-Espagne, les enjeux d'un classique de la génération Tony Parker

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France-Espagne, un rendez-vous incontournable du basket européen et mondial ces dernières années. Un classique qui se répète en quarts de finale à Rio ce mercredi (19h30, heure française). Une rencontre qui pourrait être la dernière pour la génération Parker. Un match sur lequel flotte l'ombre de l'histoire récente du basket français et qui comprend différents enjeux. Présentation.

Des retrouvailles inévitables dans un contexte particulier

2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014 et 2015. Avant ces JO, cela faisait sept ans que Français et Espagnols se croisaient en compétition internationale. Et quasiment à chaque fois lors de matches couperets (seul le Mondial 2010 échappe à cette règle). Donc quand le tirage au sort a désigné l’Espagne comme adversaire des Bleus pour la huitième fois en huit ans, personne n’a été surpris. "J’étais presque certain qu’on allait les affronter, je ne voyais pas l’Argentine les battre", révèle Vincent Collet. Tellement convaincu qu’il a débuté la préparation du remake du quart de finale de Londres lundi matin, sans attendre le verdict de la poule B. "On les joue tous les ans, c’était écrit, normal. Il fallait un match couperet sur terrain neutre après ce qu’il s’est passé ces deux dernières années", enchérit Nicolas Batum.

L’historique entre les deux nations est plein de revanches, de coups d’éclats et de cruelles déceptions de part et d’autre. En 2012 aux JO, la France joue pour la première fois "les yeux dans les yeux" face à la Roja, affirment Boris Diaw et Nando De Colo, mais s’effondre à la fin (59-66). En 2013, Tony Parker et les siens remontent un déficit de 20 points en demie de l’Euro pour s’imposer en prolongation (75-72). L’année suivante, en quart, ils récidivent en éliminant les Espagnols de "leur" Mondial (62-52). En 2015, Pau Gasol et ses coéquipiers rendent la pareille aux Bleus en demie de l’Euro organisé en France. Mais à Rio, ce match aura une saveur particulière. Un goût de page qui se tourne avec les départs annoncés de Tony Parker, Florent Piétrus et Mickaël Gelabale. "Ca peut être le dernier match de plusieurs légendes", estime Nicolas Batum en englobant les cas des Espagnols Juan Carlos Navarro et Pau Gasol. Un quart de finale, la pire rencontre lors d’une compétition internationale. "Ca sera la grande dernière", selon Nando De Colo, un match pour boucler la boucle. "Ca a commencé avec l’Espagne, souffle le joueur du CSKA Moscou, ça devait se terminer avec eux". L’heure de l’ultime revanche a sonné.

Ne pas se laisser gagner par l’émotion

Tony Parker a vécu ce match contre les Etats-Unis sur le banc
Tony Parker a vécu ce match contre les Etats-Unis sur le banc

Ménagé pour le match contre les Américains, en raison d'une contusion au gros orteil, Tony Parker sera bien présent contre l'Espagne, pour ce qui pourrait être son dernier match en Bleu en cas de défaite. Cette éventualité, et cette atmosphère de fin de cycle qui rôde, sont des pièges dans lesquels les Bleus ne doivent pas tomber. Songer aux conséquences d’une éventuelle défaite ferait peser une pression supplémentaire sur les épaules tricolores. "Il ne faut même pas y penser, lance Collet, parce que ça peut nous faire basculer émotionnellement". Les Bleus devront rester concentrés et bannir des sentiments "qui ne servent à rien", poursuit-il. Boris Diaw confirme : "ce n’est pas quelque chose auquel on pense, on le verra après, aujourd’hui on se concentre uniquement sur la qualification". Nicolas Batum appelle aussi à beaucoup de concentration, mais concède que "ça serait cruel de terminer l'histoire contre eux".

Toujours se méfier

L’erreur quand on rencontre un adversaire que l’on connaît par cœur serait de ne pas préparer le match à fond. Vincent Collet et ses ouailles ne la feront pas. Ces Espagnols, ils les ont affrontés, avec de l’appréhension, de la peur au départ, puis en prenant confiance au fil des années. Si l’Espagne n’avait pas humilié les Bleus plusieurs fois de suite, est-ce que la bande de ‘TP’ serait arrivée là où elle est aujourd’hui, avec son palmarès ? Pas sûr. Les deux équipes se sont vues grandir. "Jose Calderon disait que la seule chose qu’on ne connaît pas d’eux, c’est le prénom de leurs parents. Ouais… Et encore", assure Nando De Colo. Une proximité qui n’empêche surtout pas la méfiance.

Les deux courtes défaites espagnoles en ouverture contre la Croatie (70-72) et le Brésil (65-66) sont autant de trompe-l’œil. "Cette équipe n’a pas beaucoup de faiblesses, c’est la même que celle qui termine championne d’Europe l’an passé. Il ne faut pas se baser sur leur entrée de tournoi qui n’était pas aussi ratée que la nôtre (face à l’Australie, ndlr)", juge le sélectionneur. Les Bleus ont connu trop de désillusions pour se laisser berner. "On se souvient de tous les matches, assure Boris Diaw. Le pire souvenir ? Chaque défaite n’est pas un très bon souvenir, mais celle de 2012 nous avait beaucoup touchés parce qu’on avait fait la course en tête une bonne partie du match". Pour Nicolas Batum, celle à domicile en 2015 est encore plus terrible. Pour la rencontre de mercredi, le joueur de Charlotte estime qu’il n’y aura pas de favori car "quand il y en a un, il perd".

Ne pas céder face à la provocation

Les France-Espagne ont souvent eu lieu dans une ambiance électrique. Tout le monde se souvient du geste d’humeur de Nicolas Batum contre Juan Carlos Navarro à Londres en 2012. "Ma plus grosse erreur", regrette aujourd’hui l’ailier tricolore. C'est encore le symbole de rencontres où les nerfs sont mis à rudes épreuves. "C’était chaud", sourit Diaw, mais cette animosité sur le parquet n’était souvent qu’une réponse aux comportements des Espagnols. "On n’a jamais voulu être méchant face à eux, mais le respect doit être réciproque. Pendant des années, ils nous ont pris de haut. Lors de la demi-finale en 2013, quand on est à -20, ils savaient très bien qu’on parlait espagnol et n’hésitaient pas à nous chambrer", rappelle Nando De Colo.

La gueulante de Tony Parker à la mi-temps de cette rencontre est restée dans les annales. Il appelait à "jouer dur". Une agressivité qu’il faudra conserver sur le parquet mercredi, mais cette fois sans débordement ou petites piques lancées avant la rencontre. "Cela ne sert à rien de parler en dehors", précise Batum. Il y aura suffisamment à dire pendant la rencontre puisque la moindre décision devrait être contestée. L’arbitrage justement, qui peut parfois avantager l’Espagne, sera une donnée importante. Vincent Collet a prévenu ses joueurs : "c’est quelque chose avec laquelle il va falloir composer, mais il faudra qu’on soit plus fort que ça".

Quelles solutions ?

Tombée face à un gigantesque Pau Gasol l’an dernier en demi-finale de l’Euro, l’équipe de France a une revanche à prendre. Et plusieurs problèmes à résoudre. Le premier mesure 2m16, a 36 ans, et est indispensable aux succès espagnols. L’aîné des frères Gasol sera encore l’homme à arrêter.

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S’ils trouvent les solutions pour stopper le nouveau coéquipier de Tony Parker chez les Spurs, les Bleus devront remédier à un mal qui leur avait coûté la victoire en 2012 et 2015, leur panne sèche offensive dans les dernières minutes. Il y a quatre ans, ils ne perdaient que d’un point (57-58) à une minute de la fin avant de s’effondrer (59-66). Pire l’an dernier, ils menaient de 11 points à la fin du troisième quart-temps et de 7 à quatre minutes, avec la balle en main, avant de, là encore, s’écrouler. "Il va falloir qu’on attaque encore mieux qu’à Lille (en demi-finale de l'Euro, ndlr)", prophétise Collet. Pour cela, il faudra absolument éviter de réitérer l'erreur argentine. Battue par l’Espagne lors du dernier match de poule (92-73), l’Albiceleste n’a pas su se dépêtrer de la toile d’araignée hispanique. "C’est la façon de jouer qui va primer et notre capacité à trouver des tirs propres", conclut le sélectionneur.

Benoit Jourdain @BenJourd1