La troupe des supporters français
La troupe des supporters français lors du match des Bleus au rugby à 7 | FRANCETV SPORT

Rio 2016 : Comment le concours complet est devenu le rugby à 7

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Aux Jeux Olympiques, le programme d’un journaliste peut changer du tout au tout. Parti pour couvrir les finales du concours complet en équitation, l’issue du reportage a changé totalement après la rencontre des familles des entraîneurs français de rugby à 7, Frédéric Pomarel et Cédric Laborde. Les Français entraient dans la compétition ce mardi et nous y étions. Récit.

"Vous aimez le rugby ?". Babette Pomarel pose la question… Cinq minutes auparavant, en pleine pérégrination pour trouver le centre équestre, un peu déboussolé, dans ce site de Deodoro, au milieu des animations pour les supporters du monde entier, des échafaudages et sous un soleil de plomb, la rencontre avec ce petit groupe de Français chamboule mon programme. La finale du concours complet d’équitation individuelle et par équipe était le but du voyage. Finalement le spectacle des chevaux a laissé place aux gladiateurs du "seven". Car entre temps, le hasard vous met sur votre route des drapeaux tricolores, une "Marseillaise", des petits, des grands, des tout jeunes, des plus vieux.

Il y Michel, dit "Mich-Mich", dit "papy tutut" ("car il joue de la trompette", précise Babette), le patriarche du groupe et sa femme, Régine. Ce sont les parents de Cédric Laborde. On recense aussi leur belle-fille, Babette, l’épouse, et ses deux enfants Eneko, le garçon (9 ans) et Maïka (7 ans). L’autre entraîneur, Frédéric Pomarel, peut, lui, compter sur le soutien de sa femme Carine ("tu écriras ‘la femme’, ça les obligera à se marier", chambre gentiment Babette) et leurs quatre enfants, deux de chaque côté : Mathieu (12 ans) et Nathan (14 ans) chez Carine, Léa (15 ans) et Antoine (17 ans). Et puis il y a Olivier, l’homme de Rio, un Français et ami d'ami de Frédéric, installé ici depuis deux ans et demi. "Notre ange gardien", assure Babette, qui a aidé à l’organisation de "ce voyage d’une vie".

"Ce n’est pas fini"

Croisé à 500 mètres du stade de rugby à 7, tout ce petit monde se dirige bruyamment et en chantant vers le stade où l'équipe de France va entrer en lice contre l’Australie. Le Brésilien est chaleureux, interpelle par des "bonjour". Ça répond avec le sourire, ça rit, ça vit. Les Wallabies ? Pas un match facile et avant la rencontre, les espoirs sont minces. On s’encourage au son de "la Marseillaise" quand ce ne sont pas les "allez les Bleus" qui résonnent. On évite les dangers, Nathan (Les Pomarel) s’occupe de Maïka (Les Laborde) dans les escaliers de fer, plutôt à pic. Ayant fait des repérages lundi avec les Bleues, la troupe sait où se placer dans les tribunes. En haut, pour glaner un peu d’ombre éviter le cagnard. Le début de match est tonitruant, les deux essais tricolores et la pénalité placent les coéquipiers de Virimi Vakatawa et Terry Bouhraoua, "deux des meilleurs joueurs du monde", dixit Antoine, notre guide durant la rencontre.

Dix-sept à 0 au bout de sept minutes - oui c’est très court une période de "seven" - contre l’une des meilleures équipes du monde, il y a de quoi s’enflammer. En bonne grand-mère raisonnée et raisonnable, Régine tempère : "Attendez, ce n’est pas fini, ce n’est pas fini". Difficile de se faire entendre au milieu de ce joyeux brouhaha. La pause tombe à point nommé pour faire tomber la pression. C’est l’heure où Michel entre en jeu. "Mich-Mich", donc. Le patriarche. "Comment tu as fait pour me reconnaître ?" rigole-t-il, quand on le surnomme comme ça. "J’ai 64 ans, c’est jeune et j’ai déjà plus de cheveux que toi", me lance-t-il. Entre deux blagues, il prend les choses en main pour le ravitaillement : "Qui veut des bières ?". Il repart avec une belle commande : quatre boissons pour les grands, des sodas américains et de l’eau.

De gauche à droite, Mathieu, Nathan, Carine, Léa, Eneko, Maïka, Régine et Antoine
De gauche à droite, Mathieu, Nathan, Carine, Léa, Eneko, Maïka, Régine et Antoine

Les clichés

La seconde période débute sans lui. Les Australiens ne l’attendent pas pour revenir à trois points (14-17). Ca tourne au vinaigre, l’arbitre, l’Ecossais Mike Adamson, prend cher : "C’est lui qui ne nous aime pas, il nous poursuit", peste Carine. Prise par le jeu, elle rigole : "Ca y est la caricature du supporter : les bières, l’arbitre…". Des bières qui n’arriveront pas d’ailleurs puisqu’elles sont "chaudes", regrette Michel. Sur le terrain, les Bleus ont au bord de la rupture, la fatigue commence à se faire sentir. Personne dans ce groupe ne passera ses vacances avec cet arbitre qui "(les) ent.... à chaque fois". Le troisième essai, confus, sonne le réveil du clan. "J’ai rien compris, on dirait qu’ils ont joué au foot", observe Babette. Ca s’agite tellement que les voisins de tribune tentent des rappels au calme. Au coup de sifflet final, c’est l’explosion. Ca saute, ça se tombe dans les bras. Au bord du terrain, Frédéric sert le poing en leur direction. Après le match, la tension retombe vite, pas la bonne humeur.

"Je botte en touche"

Cette joyeuse troupe est arrivée samedi dernier pour les trois prochaines semaines. Le départ est prévu le 25 août, "parce qu’après il y a école", explique Nathan. "On vit dans la même maison à Barra de Tijuca. Il y a cinq chambres, une piscine", énumère Babette. Summum du luxe, il y a même une cuisinière. "On nous a demandé si on en voulait une, on s’est regardé… (rires)", explose la Bayonnaise. Les trois sont reconnaissables par leur chapeau rouge acheté aux fêtes de leur ville. "Je savais que ça servirait au Brésil", se félicite-t-elle. A la fin du séjour, la boîte à souvenirs partagés par les deux familles sera remplie.

"C’est notre premier voyage comme ça ensemble", soulignent les deux mamans. C’est le moment de la question qui fâche, le prix de tout ça ? "Je botte en touche, mais ce n’est pas la Fédé qui a payé. C’est Fred et Cédric qui ont géré", prévient Babette. Pour les places pour les compétitions, c’est Olivier, l’homme de Rio, qui les a "achetées au prix fixé pour les Brésiliens". Donc moins cher. La matinée se termine avec deux autres rencontres : Afrique du Sud-Espagne et Kenya-Grande-Bretagne. Cette rencontre est arbitrée par le Français Alex Ruiz, "l’arbitre le plus objectif du tournoi, assure Michel, mais c’est dommage il ne nous arbitre jamais".