Pau Gasol au dunk lors de la demie de l'Euro 2015
Pau Gasol monte au dunk sous les yeux de Michaël Gelabale et Joffrey Lauvergne | AFP - JUAN CARLOS HIDALGO

Rio 2016 : Avant France-Espagne, comment stopper Pau Gasol, le bourreau des Bleus?

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Bourreau de l’équipe de France en demi-finale l’an dernier à l’Euro, Pau Gasol reste, à 36 ans, l’arme numéro 1 de cette équipe d’Espagne. A la veille du quart de finale entre les deux meilleurs ennemis du basket européen, les Bleus vont devoir trouver les clés pour stopper le nouveau joueur des San Antonio Spurs.

Tony Parker et Pau Gasol, deux des trois meilleurs joueurs européens de ces 15 dernières années (avec l'Allemand Dirk Nowitzki). Deux légendes qui vont se croiser sur le parquet de Rio ce mercredi en quart de finale. Le vaincu quittera sans doute sa sélection sur cette défaite. C’est sûr pour Tony Parker – le Français a annoncé qu’il disputait son dernier tournoi international –, pas encore définitif pour Pau Gasol. Ce sera une rencontre particulière pour les deux hommes, qui se retrouveront la saison prochaine sous le maillot des San Antonio Spurs, et un vrai test pour la défense tricolore. Torturée, massacrée par Gasol l’an dernier en demi-finale de l’Euro 2015, elle n’avait pas pu empêcher le récital du double champion NBA (40 points, 11 rebonds). Enfin si, mais pas jusqu’au bout de la rencontre. "Rudy Gobert l’avait très bien contenu l’an passé, jusqu’à sa quatrième faute. Sa sortie à la 36e minute, nous avait mis dans la difficulté", ressasse Vincent Collet.

Les mains et la tête

Pau Gasol est un immense joueur, "le plus dominant du basket européen de ces 10 dernières années", selon l’entraîneur français. Il a porté l’Espagne à deux médailles d’argent olympiques en faisant cravacher la grande équipe américaine (James, Bryant, Wade…) en 2008 et 2012, à un titre de champion du monde (2006) et trois titres européens (2009, 2011, 2015). Quand les extérieurs espagnols Juan Carlos Navarro, Rudy Fernandez ou Sergio Llul peinent, c’est lui qui prend les choses en main et attirent les ballons. Intelligent, imposant (2m15), doué balle en main, il est un casse-tête pour les défenses adverses. Après la sortie de Rudy Gobert l’an dernier, le match avait tourné et Pau Gasol avait imposé sa puissance et sa science du jeu. Dans les cordes, la défense tricolore avait multiplié les fautes sur lui (11 au total) et offert de nombreux lancer-francs (16/18). Sur le coup, l’équipe de France avait pesté contre un arbitrage trop strict.

"Je ne sais pas s’il est protégé, estime Boris Diaw, mais on va devoir corriger le nombre de fautes. Ce sera à nous de nous adapter et peut-être moins laisser les gars en un-contre-un face à lui et plus aider". La prise à deux, une solution. Mais pas LA solution comme l’a constaté la Lituanie, qui au passage, a été écrabouillée 109-59 par l’Espagne (23 points, 5 passes et 5 rebonds pour Gasol), lors du troisième match de poule à Rio. "L’an passé, éclaire Collet, les Lituaniens avaient fait des prises à deux systématiques, mais comme il mesure 2m15 et qu’il est bon passeur, il les voit arriver et il ressort les ballons". "Face à lui, il faut être plus subtil, prévient le sélectionneur, prévoir le premier, mais aussi le second danger". Une équation très difficile à résoudre pour les Bleus qui devront veiller à limiter Gasol comme à Londres en 2012 (10 points) mais aussi à couper sa relation avec les joueurs extérieurs.

Gardien du temple

Prépondérant en attaque, Pau Gasol l’est aussi de l’autre côté du terrain. Il est la pierre angulaire d'une défense espagnole si particulière. Elle s’articule autour du Catalan qui "ne sort jamais (de la raquette, ndlr)", dixit Collet. "C’est le gardien du temple. Il protège le cercle", insiste le sélectionneur. A la manière de Rudy Gobert et ses 2m16 et ses 2m37 d’envergure de bras, l'Espagnol sait se montrer dissuasif sous le panier. "Le petit flotteur (tir en cloche, une des spécialités de Tony Parker, ndlr) que tu vas mettre contre la terre entière, face à lui, c’est plus dur parce qu’il faut lui passer par-dessus", illustre-t-il. Franchir les Pyrénées n’est pas chose aisée. Cela peut fonctionner de temps en temps, mais Vincent Collet ambitionne plus de constance et de mouvement en attaque. Comme il reste le plus souvent planté sous le cercle, il faut l’amener à se déplacer, "à le faire aller là où il ne veut pas aller", précise le sélectionneur.

Le rôle des intérieurs français Rudy Gobert, Joffrey Lauvergne, Boris Diaw, Kim Tillie et Florent Piétrus sera primordial. Le joueur des Nuggets aime prendre des shoots loin du cercle, ‘Babac’ lui aime organiser au poste haut. Autant de variations qui pourraient gêner Gasol. En demie de l’Euro, la France, pourtant en tête de 7 points à quatre minutes de la fin, "avec la possession", précise Collet, avait sombré par manque d’efficacité offensive. Un scénario qui faisait écho à celui de Londres en 2012 où les Bleus avaient connu une panne en attaque dans les dernières minutes. "Il va falloir qu’on trouve des solutions en limitant son impact", résume Collet. Une mission très compliquée mais pas impossible puisque les Bleus y sont déjà parvenus par le passé. C’est la condition indispensable si les Bleus veulent éviter à Tony Parker, une fin précoce et des retrouvailles délicates avec Pau Gasol dans le Texas.

Benoit Jourdain @BenJourd1